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INSERTION - Le retour à la confiance
mise en ligne : 23-05-2008

Le succès du parcours des personnes en insertion relève de leur volonté et de leur détermination.

Pas un faux pli sur le drap que Sakina repasse. La pile de linge monte, impeccable. Pas un gramme de poussière ne résiste au chiffon énergique passé dans les moindres recoins des étagères. Pas un mouton n’échappe à l’aspirateur. Livres, CD, bibelots, meubles sont déplacés, nappes et couvre-lits secoués par la fenêtre. L’énergie et le savoir-faire d’une vraie professionnelle.

Pourtant, huit mois auparavant, Sakina n’avait jamais tenu un fer à repasser dans les mains ni même un balai-brosse. Devant sa situation sociale difficile, l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) l’avait adressée à Ménages 95, une entreprise d’insertion par l’économique. Malgré son manque de savoir-faire, la détermination de Sakina a impressionné Dominique Tournaire, la directrice de l’entreprise et. Elles ont donc entrepris de la former aux rudiments du métier de femme de ménage dans un temps record avant de la présenter à un premier client. En moins de deux séances, Sakina avait acquis les bases. Une question de volonté dont regorge Sakina, attestent les deux formatrices. « Les trois premiers jours ont été difficiles. C’était la première fois que je travaillais. J’avais peur de ne pas bien faire. J’avais tellement de choses à maîtriser d’un coup, » reconnaît Sakina maintenant.

Estime de soi. Le constat en 2001 du nombre élevé de femmes seules, immigrées et sans ressource à Pontoise, a poussé Bernard Noizet à créér Ménages 95 pour ces femmes qui, éloignées de l’emploi, n’y avaient pas accès en raison de leur manque de formation doublé souvent d’illettrisme. Une entreprise d’insertion par l’économique s’imposait. Sept ans après la création, le profil des femmes est toujours le même. Souvent seules, célibataires, veuves, séparées ou en instance de divorce, avec ou sans enfants, immigrées, un niveau scolaire faible ou inexistant, rarement avec une formation professionnelle et une mauvaise connaissance du français.

La première mission, et la plus importante, pour Nadia Renaud, responsable de l’insertion, est de redonner confiance à ces femmes et de leur rendre l’estime de soi. Sur les 15 salariées actuelles, seules deux ont le soutien de leur mari. Les autres, sans pension alimentaire ou sans revenu, ont toutes un besoin urgent de travailler. L’enjeu est de les aider à repérer les compétences personnelles et professionnelles développées par leur expérience de femme au foyer. « L’insertion doit commencer dès qu’elles entrent dans l’association. Elles ont fait la démarche de sortir de chez elles et de quitter leur isolement pour prendre leur vie en main, » affirme Nadia Renaud.

Qu’elles soient venues là par le bouche-à-oreille, recommandées par l’ANPE ou par d’autres associations, le premier entretien fixé par Ménages 95 est important car ces femmes éprouvent le besoin de parler, d’être écoutées. Leurs intérêts et leurs prédispositions détermineront leurs choix de projet professionnel et la formation qu’elles devront suivre. « Je les incite à trouver ce qu’elles aiment, sinon sur le long terme, le projet d’insertion ne tiendra pas la route, ajoute Nadia Renaud. Je leur explique l’importance d’élaborer un projet ensemble, réaliste et durable. » Mesurer la pertinence du projet permet de limiter les risques d’échecs, insupportables pour des femmes déjà fragilisées. Alors la confiance établie au fur et à mesure des rendez-vous ponctuels et l’assurance retrouvée par l’exercice d’un métier vont avoir un impact psychologique indéniable sur leur moral. « Et puis je m’efforce de les convaincre qu’il y a une place pour elles dans la société. Je les incite à s’informer de la vie de la ville, de la société pour mieux s’y insérer, » poursuit-elle.

Assurer la pérennité. Sakina éprouve une véritable passion pour la cuisine et rêve d’en faire son métier sans pouvoir y prétendre pour le moment. Sa maîtrise encore incertaine de l’écriture et de la lecture y est un frein. Mariée à un Français au Maroc, Sakina est arrivée dans le Val d’Oise en 2005 sans même connaître un mot de français. À force de persévérance, elle maîtrise bien la langue maintenant. Quant à son projet professionnel, elle y croit : « j’y arriverai. Même si c’est par nécessité que j’ai commencé à travailler, j’ai acquis une autonomie précieuse et j’aime trop travailler pour abandonner. »

La pérennité de Ménages 95 tient à sa structure et à des finances saines. Mais Bernard Noizet, son président, toujours à la recherche de nouveaux financements, espère que la disposition de la loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat d’août 2007 apportera un complément (1) au vu des résultats probants des entreprises d’insertion. « Notre valeur ajoutée sociale est la résolution des problématiques concrètes des salariées. Le ménage est le support mais l’insertion est l’objectif central, » affirme-t-il.

Emmanuelle Dethomas

(1) Libération de 75 % de l’impôt sur l’ISF en cas de dons au profit d’organismes d’intérêt général agissant dans l’insertion par l’activité économique.

Contact :
Dominique Tournaire
Directrice de Ménages 95
01 30 30 94 32
menage.95@orange.fr

Repères
597 entreprises d’insertion
35 585 salariés en insertion
À la fin de leur contrat, 40 % des salariés occupent un CDI ou un CDD.
88 % des personnes accueillies retrouvent un niveau d’employabilité équivalent aux standards de leur profession. Résultat similaire à l’Unedic mais supérieur à l’ANPE malgré un public nettement moins qualifié.
Sources : Comité national des entreprises d’insertion (CNEI




 
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