Les 15 600 détenus ayant répondu cet été au questionnaire de l’Observatoire international des prisons (OIP) et d’une dizaine d’organisations, se prononcent massivement pour de meilleures conditions de détention, a-t-on appris vendredi 20 octobre lors de la présentation des résultats de cette consultation inédite à la presse. Ils sont 9 sur 10 à demander « des installations sanitaires (douches, toilettes) préservant l’intimité de la personne ». Ce n’est pas un point de détail. L’ancien ministre de la Justice, Robert Badinter, présent à la conférence de presse, a dénoncé la promiscuité comme contraire au respect du minimum de dignité humaine. Les détenus demandent également de façon prioritaire un accès quotidien au travail, à la formation et à l’activité avec un revenu minimal équivalent à celui existant à l’extérieur.
La demande de respect des droits fondamentaux, notamment dans les mesures de sécurité (fouille corporelle intégrale, placement en cellule d’isolement…), va de pair avec l’appel au contrôle extérieur de ces droits par une autorité indépendante. Le ministère de la Justice a tout récemment déclaré y « réfléchir ». Robert Badinter a, de son côté, beaucoup insisté sur ce point, vendredi : « Il le faut, cela va de soi, a-t-il martelé. Il faut qu’une autorité extérieure indépendante puisse intervenir en prison, en tous lieux, pour s’assurer que les normes des conventions internationales sont appliquées, que les exigences de la dignité humaine sont respectées ». « Cette vision est diamétralement opposée à celle des surveillants de prison », relève l’Institut BVA, chargé de l’analyse de la consultation. Des surveillants qui ont d’ailleurs très peu répondu au questionnaire, façon, sans doute de bien marquer leur différence, explique Gabriel Mouesca, président de l’OIP.
Des « Etats généraux de la condition pénitentiaire » se tiendront en novembre. Les propositions qui en sortiront seront rendues publiques le 14 novembre. Ce jour là France Inter ouvrira largement son antenne au problème carcéral et Canal + diffusera un documentaire qualifié d’« explosif » par l’OIP : « Prisons, la honte de la République ». Ensuite, tous les regards se tourneront vers les candidats à l’élection présidentielle. « C’est là que va se jouer le sort d’une vraie réforme, pas d’un bricolage », avertit Robert Badinter. Comme il y a vingt-cinq ans, celui de la peine de mort.
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