Une délégation de l'Épiscopat congolais est venue alerter l'opinion publique et interpeler les autorités françaises après une tournée aux États Unis, au Canada, en Belgique et en Angleterre, sur la situation au Nord-Kivu. Lors d'une conférence de presse tenue dans les locaux du Secours Catholique le 17 décembre, la délégation a développé les deux points essentiels de leur démarche. « La situation est trop grave. Les derniers évènements au Nord-Kivu ont tellement bouleversé nos consciences qu’aucune lettre ne pouvait remplacer des rencontres de plaidoyer. » Mgr Fridolin Ambongo, président de la Commission Justice et paix de RD Congo a ainsi expliqué sa venue dans les pays du Nord. Depuis 1996, le conflit en RDC a causé la mort de 5 millions de personnes et entrainé un « drame humanitaire ». Lors des rencontres au plus niveau, Mgr Ambongo a insisté sur « les deux actions nécessaires pour que la guerre cesse et qu’on arrive à une solution pour atteindre les vraies causes qui nourrissent les crises de la zone des Grands Lacs ».
Force occidentale. La première action consiste à envoyer immédiatement une force internationale, opérationnelle au plus vite. Elle serait constituée de soldats occidentaux avec un commandement occidental. Sa mission serait de sécuriser la situation, de permettre aux déplacés de retourner chez eux.. Se faisant l’interprète de la population du Nord-Kivu, Mgr Ambongo a déclaré que la Mission de l’Onu en RDC (Monuc) avait perdu toute crédibilité. « Son mandat de maintien de la paix ne tient pas puisqu’elle n’existe pas », a-t-il poursuivi.
Ressources naturelles. Le Congo est « un "scandale géologique" parce que les ressources naturelles sont la source de tous nos malheurs ». Convaincue que les richesses sont le « nœud du problème parce que c’est le nerf de la guerre dans la zone des Grands Lacs », la Commission Justice et paix plaide en second lieu, pour l’organisation d’une conférence internationale sur l’exploitation pacifique des ressources naturelles de la RDC. Une façon de sortir par le haut cette exploitation, dans un cadre légal et transparent, où tout le monde trouverait son compte, la population en premier lieu.
Elections locales. Les élections locales, très attendues, devraient se tenir en juin 2009. La Commission Justice et paix s’était fortement impliquée dans les élections législatives et présidentielle en 2006. Un réseau de 2 500 Comités locaux a été mis en place fournissant un travail d’analyse des situations locales et des problèmes auxquels est confrontée la population. En la personne des élus, ces élections apporteraient enfin des interlocuteurs légitimes pour débattre des propositions ou des réponses aux problèmes rencontrés dans la vie de tous les jours et causés par l’exploitation des ressources, les violences sexuelles, etc.
Espoir. La France doit assurer la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU au début de l’année 2009. Mgr Ambongo veut croire que l’accueil qu’il a reçu à Paris se traduira par des décisions concrètes et rapides quant à l’envoi d’une force occidentale pour arrêter la guerre et permettre aux déplacés de retourner sur leur terre le plus tôt possible. « Nous sommes en pleine saison des pluies, s’ils ne plantent pas maintenant, ils n’auront rien à manger l’année prochaine, et la crise n’en sera que plus dramatique. »
Emmanuelle Dethomas
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