Avec l’intensification des combats au Nord de l’île et l’évacuation des équipes expatriées du Secours catholique de Jaffna et de Killinochchi, les activités de reconstruction post-tsunami sont considérablement ralenties dans la zone, voire suspendues, du fait de l’inaccessibilité des sites et de la pénurie de matériaux. L’équipe du Secours Catholique, aujourd’hui à Colombo, étudie les possibilités de poursuivre certains projets à distance. Le point sur la situation par Alexis Adam, notre coordinateur des programmes pour la région du Nord, évacué hier sur Colombo. Le week-end précédant le 15 août, de violents combats ont opposé l’armée Sri Lankaise aux tigres tamouls pendant plus de 48 heures dans le Sud et l’Est de la Péninsule de Jaffna. Si les combats ont décru en intensité après les premiers jours, les échanges de tir de mortier se sont poursuivis à l’Est, dans la zone qui délimite la frontière entre la Péninsule, contrôlée par les forces gouvernementales, et le Vanni, sous administration tigre. Des affrontements ont aussi eu lieu entre les forces terrestres autour de l’aéroport et les forces maritimes à Point Pedro, l’un des sites de construction du programme tsunami de Caritas, au Nord de la Péninsule. La reprise du conflit a eu pour conséquence de couper la Péninsule du reste du monde. La route qui relie Jaffna à Kandy est fermée aux deux points de passage qui permettaient d’entrer et de sortir du Vanni. Les deux compagnies aériennes qui assuraient la liaison Colombo-Jaffna estiment que le trajet n’est pas sécurisé pour reprendre des vols. Il ne reste que la voie maritime afin d’atteindre Jaffna. Mais depuis un mois, seuls deux bateaux ont pu obtenir les autorisations et les garanties nécessaires pour relier Jaffna. Un ferry a permis d’évacuer 150 ressortissants étrangers (plus d’une centaine de tamouls ainsi qu’une vingtaine d’expatriés travaillant pour des ONGs, parmi eux deux salariés de Trocaire et un salarié du Secours Catholique) alors qu’un transporteur a permis d’acheminer de la nourriture et des médicaments. Les besoins en denrées de première nécessité sont importants et la situation humanitaire dans la Péninsule de Jaffna est alarmante.
Les affrontements des premiers jours ont provoqué le déplacement de près de 50 000 personnes fuyant les zones de combats (principalement les côtes, la presqu’île et les îles du Sud de la Péninsule) alors que les civils habitant plus à l’Est se sont trouvés pris sous le feu des deux belligérants et ont du attendre plusieurs jours avant de pouvoir se déplacer dans des zones plus sûres. Si la majorité d’entre eux ont trouvé refuge dans des églises, des écoles ou des temples hindous, d’autres ont été accueillis par des proches habitants dans des zones moins exposés. Les organisations humanitaires capables de répondre immédiatement à l’urgence, les agences ONU, le CICR, World Vision et Caritas Hudec, se sont organisées très rapidement afin d’apporter nourriture et vêtements. Durant la première semaine, un certain nombre de villages et hameaux, théâtres d’affrontements, ont été interdits aux organisations humanitaires. Le couvre feu permanent imposé les premiers jours n’a pas non plus facilité l’accès aux bénéficiaires. Ainsi, seuls les prêtres et les religieuses liés au réseau Caritas ont pu accéder aux trois îles du sud de la Péninsule, particulièrement exposées aux bombardements. Ils ont soigné les blessés légers et pu apporter de la nourriture ainsi que des vêtements à plus de 2000 déplacés. Ils ont également pu accéder à l’Est de la Péninsule, complètement isolée pendant plusieurs jours, apportant là aussi des rations et les premiers soins. Les membres de Caritas, avec l’appui des paroisses et des communautés religieuses, se sont ainsi montrés d’un courage et d’une efficacité exceptionnels. Ils ont aussi été sollicités pour s’occuper du campus universitaire où plus de 400 étudiants se sont trouvés piégés, ne pouvant rejoindre leur famille dans d’autres zones de la Péninsule. Alertés par l’UNICEF, ils ont également permis l’évacuation d’une cinquantaine de jeunes filles d’un orphelinat géré par Caritas, alors que les filles s’étaient retrouvées coincées sous le feu des bombardements.
Mais la situation humanitaire ne se limite pas à l’afflux de réfugiés dans la ville de Jaffna. Le couvre feu, levé chaque jour à des heures différentes suivant les zones d’habitation, la coupure totale du réseau de téléphonie mobile et partielle de l’électricité, ainsi que le brouillage de certaines chaînes de radio et de télévision participent à l’isolement d’une population déjà géographiquement coupée du reste de l’île. L’essence est rationnée (un membre de Caritas a du attendre plus de trois heures pour obtenir trois litres d’essence), réduisant de facto une liberté de mouvement déjà limitée. La pêche a été interdite, affectant directement 25 000 familles de pêcheurs, soit un cinquième de la population de la Péninsule privé de toute ressource, et l’ensemble de la population civile puisque les produits de la mer constituent l’une des principales denrée alimentaire de cette région, cruciale à un moment où les celles-ci se font de plus en plus rares dans la Péninsule. Alors qu’un seul bateau a pu acheminer de la nourriture, il n’est déjà plus possible de trouver de la farine et du sucre dans les magasins de Jaffna. Un bateau chargé de denrées devait partir cette première semaine de septembre, mais aucun accord n’a été trouvé pour assurer qu’il parvienne à destination. L’évêque de Jaffna, Mrg Thomas, a lancé un appel urgent aux deux parties afin de permettre l’acheminement de l’aide humanitaire sous peine d’un début de famine. Plusieurs collègues de Caritas joints par téléphone ont confirmé n’avoir des provisions de riz que pour seulement quatre à cinq jours, et se préparer à continuer à se nourrir avec du pain les jours suivants.
Caritas Hudec continue de distribuer des denrées alimentaires dans les camps de déplacés dont elle a la charge –principalement dans les îles mais aussi à Jaffna- ainsi qu’à l’hôpital de la ville et sur le campus universitaire. Mais ses stocks, comme ceux des agences de l’ONU avec lesquelles elle travaille en étroite collaboration, diminuent cruellement. D’un point de vue psychologique, le manque de nourriture accroît le sentiment d’insécurité d’une population déjà en proie à l’isolement et à la peur des bombardements. Car la description générale de la situation humanitaire ne saurait masquer les histoires individuelles, additions de drames et de souffrances quotidiennes. Pour ne donner qu’un exemple, le cas de ces pêcheurs qui étaient en mer la première nuit des combats et ont du trouver refuge sur les côtés du Vanni pour échapper aux bombardements, laissant derrière eux femmes et enfants sans savoir quand ils pourront rentrer chez eux (des semaines, des mois… ?) Caritas ne se contente pas d’apporter des denrées, ses membres sont présents au sein des communautés de déplacés, partageant leur quotidien, assurant animation des camps, premiers soins et, par leur seule présence, un réel réconfort.
Par Alexis Adam, coordinateur du programme tsunami pour Caritas Hudec à Jaffna Colombo, le 6 septembre 2006.
Caritas Sri Lanka vient de lancer un nouvel appel aux dons auprès de ses partenaires Caritas afin d’alimenter son programme de soutien aux victimes de la guerre. Un programme lancé début 2005, qui se voit aujourd’hui étendu afin de venir en aide aux 200 000 nouvelles personnes déplacées au cours des dernières semaines. Nombre d’entre elles avaient été touchées par la catastrophe du tsunami.
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