Géorgie. Août 2008. Des centaines de personnes déplacées par le conflit déclenché le 8 août entre la petite République caucasienne et la Russie s’entassent dans des abris de fortune. Selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ils sont plus de 158 000 à avoir fui leurs villages, laissant derrière eux tout ce qu’ils possédaient. 98 600 ont été déplacés à l’intérieur de la Géorgie, 30 000 sur le territoire d’Ossétie du Sud et 30 000 autres ont fui en Russie, en particulier en Ossétie du Nord. Les Caritas locales ne cessent de se mobiliser. « Ils ne pourront probablement pas retourner chez eux. Beaucoup ont perdu leur exploitation agricole, leurs vaches et leurs vergers. Le choc qu’a provoqué la fuite des bombes et la perte de leurs maisons est aggravé par celui de savoir qu’ils devront probablement tout recommencer dans un environnement urbain étranger, alors que la seule vie qu’ils ont connue est liée à l’agriculture », s’inquiète Laura Sheahen, responsable de la communication pour CRS, Catholic Relief Services (Caritas USA), en mission en Géorgie. Le “président” ossète, Edouard Kokoïty, confirmait ses craintes en déclarant le 15 août dernier au quotidien moscovite, Kommersant, que les réfugiés « ne seront jamais autorisés à rentrer [en Ossétie du Sud]. »
Retour. Pour de nombreuses familles déplacées, le chemin du retour est devenu compromis par la guerre, bien que certaines d’entre elles soient déjà rentrées dans leurs maisons. Selon les autorités russes, 23 000 personnes ayant fui le conflit en Ossétie du Nord auraient regagné leurs villages au début du mois de septembre. En Géorgie, de nombreuses familles déplacées à l’intérieur du pays ont également rejoint leurs maisons mais ont vite été contraintes de les abandonner à nouveau devant la montée en puissance de nouvelles violences.
Au 4 septembre, la capitale géorgienne, Tbilissi, comptaient toujours plus de 50 000 Géorgiens dans ses centres d’hébergement provisoires. Ils ne pouvaient toujours pas rejoindre leurs maisons en Ossétie du Sud et dans la zone tampon. Quant à Gori, à la frontière de l’Ossétie du sud, la ville a retrouvé la quasi-totalité de sa population initiale, gonflée par 5 500 déplacés supplémentaires originaires des villages de la zone tampon. Les personnes déplacées à l’intérieur ont peur de ne pas pouvoir retourner dans leurs villages. Certaines d’entre elles sont séparées de leurs enfants qui restent dans d’autres parties de la ville avec des proches. « La réunification de la famille est donc très importante à assurer. Caritas continuera de supporter les familles dans les abris temporaires et les familles d’accueil », explique Frank Falkenburg, chargé de liaison pour Caritas Allemagne, envoyé en Géorgie pour soutenir la Caritas géorgienne.
Aide d’urgence. Les Caritas locales, Caritas Géorgie et Caritas Vladikavkaz/Russie (Ossétie du Nord), partenaires du Secours Catholique, sont présentes depuis le début du conflit auprès des familles de déplacés hébergées dans des centres d’hébergement temporaires et dans des familles d’accueil, et continuent de fournir une aide importante tant sur le plan alimentaire que de la santé et de l’hébergement.
La distribution de repas chauds et de matériels d’hygiène continue d’être dispensée à de nombreuses personnes en situation précaire. A Tbilissi, des équipes mobiles de santé soignent les habitants temporaires de 22 centres d’hébergement et leur fournit un soutien psychologique. La majorité des victimes du conflit n’ont pour seuls vêtements que ceux qu’ils avaient au moment où ils ont fui leurs villages. En prévision de l’hiver particulièrement dur dans cette région du Caucase et qui débute en octobre, les Caritas locales distribuent des vêtements chauds ainsi qu’une assistance et des activités génératrices de revenus. Du matériel scolaire est également fourni aux écoliers.
Réhabilitation. Bien que l’Union européenne a promis, le 1er septembre, qu’elle « s’impliquera pleinement pour la reconstruction de la Géorgie où [elle] prolongera [son] assistance humanitaire », les organisations d’aide se préoccupent de la réhabilitation des personnes déplacées.
« De manière informelle, le gouvernement géorgien aurait déjà accordé à quelques déplacés l’autorisation de rester à Tbilissi mais il n’y a toujours pas de stratégie officielle concernant les déplacés de l’intérieur. Nous savons seulement que le gouvernement souhaite qu’ils aient tous un hébergement durable et stable avant l’hiver. Ce qui est peu probable », explique Frank Falkenburg.
En réponse à la situation, les organisations humanitaires évaluent actuellement les dégâts sur le terrain afin d’organiser un programme de réhabilitation et de reconstruction. « Dès que nous aurons le feu vert, nous commencerons ce programme dans la zone tampon », affirme Frank Falkenburg. Des négociations sont menées par Caritas avec le Ministère géorgien pour les réfugiés et l’accommodation concernant un projet pilote d’hébergement à long terme pour les déplacés récents et ceux des quinze dernières années, qui ne pourront pas retourner en Ossétie du Sud et en Abkhazie. Une nouvelle vie pour ces personnes victimes de la guerre loin de leurs racines…
REPÈRES GÉORGIE
Population : 4,3 millions dont 69 % de Géorgiens Régime politique : république démocratique présidée depuis le 4 janvier 2004 par Mikheil Saakachvili Nombre de personnes déplacées depuis 1995 : plus de 300 000. Nombre de réfugiés et de déplacés par le récent conflit : 158 000, selon le HCR.
Clémence Richard
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