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Liban – « Ce n’est pas un pays mais un message »
mise en ligne : 09-01-2009

Très sensible à tout ce qui se passe au Moyen Orient, le Liban fait face à une situation très instable. Les roquettes tirées depuis le sud du pays sur le nord d’Israël ont provoqué une véritable panique au sein de la population qui craint la reprise des hostilités.

Les combats à Gaza exacerbent les frustrations dans les camps de réfugiés palestiniens. La tension est palpable. La crise économique qui frappe le pays et l’attente des élections en Israël, en Iran, au Liban en mai, et l’arrivée de Barack Obama à la présidence des Etats Unis ne sont pas étrangères à cette fragilité. Président de Caritas Liban, le père Samaha dresse le tableau des actions innovantes que les équipes ont mises en place sur le terrain pour venir en aide à la population la plus vulnérable, sans distinction de religion.

Comment la crise économique affecte-t-elle la population libanaise ?
La crise politique et économique que nous traversons a changé la donne. Il n’existe plus de classe moyenne. Certains donateurs en sont même à venir nous demander une aide pour vivre. Les demandes les plus importantes concernent l’aide à l’alimentation, à la santé et à l’éducation. La Bekaa, le nord ou le sud du Liban n’ont rien à voir avec le centre ville de Beyrouth reconstruit.
Il nous faut agir sur le terrain à l’égard des gens très pauvres qui y vivent. Cela doit se traduire par des projets réels et non des messages, si sincères soient-ils, qui ne sont que des paroles dont ils ne peuvent plus se contenter. Au bout de cinq années de présidence de Caritas Liban, je suis las de voir comment les gens vivent. Des villages sans électricité, sans accès à l’eau… est-ce encore possible au XXIème siècle ? Nous nous devons de venir en aide aux plus vulnérables.

Dans ce contexte, quelles sont les actions concrètes que mène Caritas ?
En réponse à la crise plus directement, nous avons créé sur le même modèle que les resto du cœur en France, ce que nous appelons les "repas de l’amitié" dans cinq lieux du Liban. Nous distribuons trois fois par semaine des repas chauds sur place et trois portions supplémentaires que les gens emportent chez eux. Nous sommes très préoccupés d’y voir le nombre de personnes augmenter.
Pour favoriser l’accès aux soins des populations isolées, neuf cliniques mobiles sillonnent le pays. Sur les 1 542 villages que compte le Liban, elles arrivent à en visiter 632, soit le tiers de la zone rurale du pays. La situation actuelle nous pousse à palier le manque de ressources de cette population en proposant des solutions innovantes pour améliorer leur condition de vie. Ainsi, après une enquête et une étude auprès d’agriculteurs, le besoin de pratiquer des analyses de leur terre, de leur eau et de l’atmosphère pour améliorer leurs récoltes, est clairement ressorti. En raison de l’augmentation de l’essence, ils ne se rendaient plus à Beyrouth pour les analyses. Sur le même principe que les cliniques mobiles, avec un ingénieur agronome, nous avons mis en place un laboratoire agricole mobile équipé du matériel technique nécessaire pour pratiquer ces analyses sur place. Le résultat est tout à fait positif et nous comptons en créer un second pour répondre à la demande.
Outre nos actions auprès des handicapés ou des personnes âgées isolées, trop souvent laissés pour compte, nous soutenons l’accès à l’éducation pour les enfants défavorisés pour leur donner leur chance et des projets de développement économique, essentiels à l’heure actuelle.

Comment éduquer les jeunes Libanais pour leur donner conscience de la richesse de la diversité recelée par leur pays ?
Lors de sa venue au Liban en 1979, Jean-Paul II avait effectivement dit de notre pays : « Le Liban n’est pas un pays, mais un message très important », voulant dire par là que les gens vivent, étudient, travaillent ensemble, chrétiens et musulmans. Cela nous confère une mission pour nous aussi Caritas.
Lors de la guerre de 2006, pour financer l’aide alimentaire et sanitaire que nous avons fournie sans discrimination de religion, les pays du Golfe ont pour la première fois envoyé des fonds à Caritas. Nous sommes même cités en exemple par les musulmans de tous les pays arabes comme image de la charité et cette confiance se manifeste dans leur participation à la quête du carême. Pour nous, c’est un témoignage très important.
Nous poursuivons ce dialogue interreligieux auprès des jeunes lors des sessions de trois jours que nous organisons dans l’ancien couvent de Rayfoun (1) que le cardinal Sfeir a mis à la disposition de Caritas. Des jeunes de toute confession entre 17 et 25 ans suivent des ateliers sur le thème de la réconciliation et de la paix, de la rencontre et de la solidarité. Une formation sur l’action humanitaire et sociale leur est dispensée et des travaux pratiques sont proposés sous la forme de visites sur le terrain dans des centres pour handicapés ou dans des prisons ou des visites à des personnes âgées et isolées. 500 ont déjà été recrutés par Caritas dans les écoles et les universités de chaque secteur.
Une façon également de faire de la prévention contre la drogue qu’il est très facile de se procurer.

Depuis les évènements à Mossoul en décembre dernier, les chrétiens d’Irak continuent d’affluer au Liban. Comment le Centre des migrants de Caritas arrive-t-il à faire face à la situation ?
Environ 15 à 20 familles entrent au Liban par jour. Mais il faut savoir que les Irakiens ne sont que de passage. Ils partent pour les États Unis, le Canada ou l’Australie. Le Liban n’est qu’une première étape pour eux. Ils ont besoin de constituer leur dossier pour rejoindre leur destination finale. Nous les aidons à trouver un logement, à obtenir leurs papiers, à accéder à une aide médicale et aux médicaments. Nous veillons à ce que leurs enfants soient scolarisés et bien sûr nous leur apportons une aide alimentaire.  Nous tentons d’apporter aux femmes une formation professionnelle pour qu’elles puissent trouver des "petits boulots".

Les Libanais qui ont fui leur pays lors de la dernière guerre sont-ils revenus ?
Les Libanais partis en 2006 ne sont pas tous revenus. La diaspora libanaise est présente au Canada, aux États Unis, en Australie et au Brésil, elle est forte de 7 millions alors que le Liban ne compte que 3,5 millions d’habitants ! Pour entretenir des relations avec eux et faire en sorte qu’ils aident les Libanais restés au pays, nous avons créé des comités de la diaspora partout où c’était possible.

(1) Le couvent de Rayfoun sur le mont Liban, datant de 1655, était désaffecté. Après quelques travaux et aménagements, des séminaires pour les jeunes y sont organisés par Caritas Liban.

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