Pourquoi avoir décidé de consacrer une année aux Outre-mer ?
L’objectif était de donner un coup de projecteur sur ces zones et ces réalités que l’on observe trop souvent à travers le prisme déformant du paradis ou de l’enfer. Paradis de carte postale : soleil, mer, plages, et enfer des catastrophes naturelles : cyclones, éruptions volcaniques, tsunamis. À cela s’ajoutent les cyclones de l’histoire : colonisation, esclavage, traite, qui composent un tableau très sombre où se retrouvent toutes les souffrances de l’humanité. L’Outre-mer n’est pas seulement cela : c’est une addition de paradis et d’enfers que l’on appelle tout simplement l’humanité. Cette année a donc pour vocation de sortir des clichés et de faire connaître toutes les réalités des Outre-mer, dans leur diversité. Car Océanie, océan Indien et Atlantique n’ont rien à voir ensemble, même s’ils se situent dans un ensemble commun, celui de la République. Or celle-ci propose aux Outre-mer une forme de flexibilité, en réponse aux vœux exprimés par les communautés ultramarines dans leur relation avec la métropole, avec des statuts à la carte. Il y a donc à la fois une demande de proximité, par exemple pour le partage de citoyenneté, et en même temps le besoin d’affirmer une identité spécifique, une singularité à laquelle les communautés sont attachées car c’est le fondement de leur être. C’est ce qui s’exprime notamment à travers les cultures des Outre-mer, dans leurs pratiques artistiques, dans leur rapport à la nature, dans leur gastronomie, leurs danses, leurs chants. Ce coup de projecteur est en outre l’occasion de montrer la présence ancienne et pérenne de l’Outre-mer dans l’histoire et la culture de la France. Les mondes créoles existent depuis le début de la France contemporaine, née avec la Révolution de 1789, à laquelle ils ont participé, notamment à travers la bataille pour cette première liberté qu’a été la fin de l’esclavage.
Les manifestations proposées sont principalement à vocation culturelle et artistique. Ne risque-t-on pas de masquer des réalités socio-économiques nettement moins positives ?
La culture n’est pas là pour cacher les problèmes, mais au contraire pour les révéler. Nos chants, nos musiques, aussi bien traditionnelles que contemporaines, sont des révélateurs de situations sociales, économiques et politiques. Ce sont des cultures engagées, y compris dans la poésie ou le roman. Il ne s’agit pas d’un folklore d’évitement. La culture est le fondement des identités. Par exemple, au cours de cette année, il y a bien sûr des expositions, des festivals, mais aussi de nombreux débats et réflexions sur les institutions, sur le politique, sur la manière dont les gens résolvent leurs propres problèmes ou en prennent la mesure. Il faut rappeler que cette Année des Outre-mer a été décidée lors des États généraux de 2009, à la suite du grave conflit social aux Antilles, à la Réunion et en Guyane. Ces événements ont révélé les énormes dysfonctionnements dans la société, avec des écarts de richesse supérieurs à ceux de la métropole.
Que pouvons-nous apprendre de l’Outre-mer ?
Si on prend l’exemple de l’écologie, les risques naturels particulièrement importants dans ces zones génèrent un rapport à la nature dont on peut s’inspirer en France et en Europe, en conservant à l’esprit que la nature est avec nous et non pas à nous. Face à ce défi du XXIe siècle, l’équilibre culture/nature observé dans les Dom et les Tom est riche d’enseignements car les populations ont su résister à la tentation de faire dominer l’homme sur la nature.
Propos recueillis par Catherine Rebuffel
