
- D.R
Depuis six ans, la Société Saint-Vincent-de-Paul lance chaque année une campagne de sensibilisation pour lutter contre la solitude. Pourquoi avez-vous choisi ce thème ?
La canicule de l’été 2003, qui a fait beaucoup de victimes parmi les personnes isolées, nous a fait réagir. En menant une enquête, nous avons pris la mesure de l’ampleur du phénomène de la solitude qui touche tous nos bénéficiaires. Nous avons également constaté qu’elle est à l’origine de toutes les pauvretés et qu’il s’agit d’un phénomène généralisé contre lequel il faut lutter. Nous lançons donc toujours nos campagnes de sensibilisation avant l’été, le lundi de Pentecôte.
Quels sont les moments où les personnes se sentent particulièrement seules ?
C’est assurément le soir et les week-ends. Les vacances sont également un moment pesant pour les personnes seules. Elles renforcent le sentiment d’abandon, car les villes se vident de leurs habitants et les personnes isolées restent plus que jamais seules. D’ailleurs, la plupart des activités de visites et d’accompagnement de la SSVP fonctionnent surtout en été.
Selon vous, la solitude peut-elle être un facteur dissuasif pour partir en vacances, au même titre que la pauvreté ?
Assurément. Les personnes qui souffrent de la solitude ne savent pas comment partir, où, et avec qui. Il arrive parfois que des connaissances éloignées les invitent à partir avec elles et que les personnes seules refusent par peur de déranger ou simplement parce qu’elles ne veulent pas partir avec des gens qu’elles ne connaissent pas assez. Nous entendons souvent ces objections chez nos bénéficiaires. Ils se laissent disparaître dans leur solitude. C’est pour cette raison que nous essayons de développer des départs en vacances.
Vous avez lancé un appel au président de la République, Nicolas Sarkozy, le 1er mai dernier, lui demandant de faire de la lutte contre la solitude une grande cause nationale. Avez-vous des pistes de travail à lui soumettre ?
Trois mots symbolisent la République française : liberté, égalité et fraternité. Or ce dernier mot est oublié de tous. L’unique piste de travail que nous soumettons à Nicolas Sarkozy est de redonner son importance à ce mot. Il ne s’agit pas d’annoncer un plan national de lutte contre la solitude. Nous souhaitons simplement que soit rappelée aux Français la valeur républicaine du mot fraternité. Le fait que des personnes autour d’eux souffrent de la solitude. Près d’un tiers des Français disent en souffrir, comme l’a indiqué un sondage réalisé par TNS-Sofres pour notre association et publié le 21 mai dernier. Alors, rappelez-vous que la Fraternité n’est pas qu’un mot sur le fronton de la République !
Propos recueillis par Clémence Richard

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