
- Crédit : E.Perriot
Entourées de leurs enfants, plusieurs femmes disposent, sur l’herbe du parc de bord de mer, les spécialités qu’elles ont cuisinées. Elles s’embrassent et se réjouissent à la perspective de passer bientôt des vacances ensemble, comme l’an dernier. Nous sommes en mai. Fabienne et Patrice, animateurs à la délégation de Toulon, ont organisé un pique-nique à la plage. Depuis des mois, les familles en difficulté du diocèse préparent avec eux la semaine prévue en juillet à Figanières, au nord de Draguignan.
Entre temps, les pluies torrentielles du 15 juin en auront décidé autrement. Le séjour se fera finalement en Savoie, à la station des Karellis, et non pas à Doucy-en-Bauges, comme l’an dernier. « L’endroit avait beaucoup impressionné les familles, raconte Myriam Viollier, animatrice à Chambéry, parce qu’il était très isolé au milieu des bois, et que les téléphones portables ne passaient pas. Au début, l’angoisse de ne pas pouvoir communiquer s’ajoutait à celle de ne pas connaître le lieu, d’avoir quitté ses habitudes et son logis. Mais à la fin du séjour, plus personne ne pensait à son portable. » « C’était un endroit merveilleux, un grand chalet, dans un lieu-dit qui s’appelle « Cul-du-bois », renchérit en riant Anne-Marie. Née en Algérie de parents espagnols, elle est arrivée à Toulon en 1962. Elle avait alors six ans. Mince, la peau hâlée, ses yeux pétillent de joie, malgré une sclérose en plaques qui lui paralyse les jambes. Le séjour en Savoie reste gravé dans sa mémoire. « Nous étions logés à deux ou trois par chambre, selon les familles, et nous partagions les repas dans une grande salle à manger. Nous faisions des promenades dans la nature ; le soir, les femmes s’habillaient dans des robes de leur pays d’origine, elles dansaient, on chantait. Dans la journée, Kelly, ma fille de 13 ans, s’amusait avec les enfants de son âge et on se retrouvait le soir dans la chambre pour se raconter nos journées. Nos rapports ont été excellents », se souvient-elle avec bonheur. Cette année, malheureusement, elle ne pourra pas participer à l’événement en raison d’une opération. Mais elle confiera sa fille à Leïla.
Repos.
On ne saurait donner d’âge à Leïla. Vêtue de noir jusqu’au foulard, elle a le port de tête et le visage impassible des Vierges de la Renaissance. Leïla est algérienne, musulmane, mère de cinq enfants. Elle aussi était du voyage en Savoie l’an dernier : « De par ma culture, je sais ce qu’est le partage ; mais là, c’était plus que partager, nous n’avons pas arrêté de rire ensemble et, surtout, je me suis reposée physiquement et moralement ».
Madame I. est bien de cet avis quand elle dit que « cela laisse un peu les souffrances derrière soi ». Cette Comorienne de 30 ans vit en France depuis onze ans, sans papiers, bien que ses deux adorables petites filles soient nées sur le sol français.
« L’an dernier, c’était la première fois qu’on partait en vacances toutes les trois, relate-t-elle en joignant les mains. On a fêté l’anniversaire de l’aînée : un gâteau d’anniversaire pour 90 personnes, ce n’est pas rien. Cette année, on recommencera puisque le séjour est aux mêmes dates. »
Plus chanceux que Mme I., Khadija et son mari viennent d’obtenir leur permis de séjour. Le couple arrivé d’Algérie il y a dix ans s’exprime dans un français très correct, « grâce aux cours dispensés par une équipe du Secours Catholique de la Seyne-sur-Mer », tient à signaler Khadija en regardant jouer dans le sable Yacine et Zinedine, ses deux jumeaux de trois ans. Yacine souffre depuis sa naissance d’une malformation cardiaque ; il a déjà subi trois interventions chirurgicales. « Là-bas, chacun respecte l’autre, dit Khadija en évoquant les journées à Doucy. D’autres familles ont des enfants en bas âge. Je n’aurais jamais imaginé que ça puisse se passer comme ça. Sortir avec les enfants à la campagne, à la montagne. Yacine n’a pas été malade une seule fois. Pour lui aussi, c’était ses premières vacances. »
Préparer ce séjour a nécessité plusieurs rencontres de l’équipe inter-délégations. « C’est un travail considérable en amont. Heureusement, souligne Patrice, entre Chambéry et nous, le courant passe. »
Tous ces efforts portent leurs fruits. Les animateurs disparaissent pour devenir des amis. Pour Fabienne, ces vacances permettent de mieux accompagner les mères. « Nous sommes près d’elles, nous vivons avec elles et comme elles ; très vite nous faisons partie de leur famille. »
Repos, rupture avec la routine quotidienne, rencontres, oubli momentané des soucis apportent des bénéfices immédiats ; d’autres s’étalent dans le temps : les familles participent à la vie de la délégation et conservent des liens entre elles. Elles mettent leur énergie en commun pour que les vacances reviennent chaque année. Pour cela, elles montent des opérations permettant de collecter des fonds. Chèques vacances et subventions de la caisse d’allocations familiales complète le solde avec la donation d’une fondation et des efforts financiers des deux délégations. Les familles sont invitées à participer à hauteur de 30 euros par personne. Par ailleurs, le produit des ventes d’objets artisanaux, de braderies ou de repas lors de portes ouvertes vient combler en partie les dépenses de la délégation. « L’argent est indispensable, conclut Fabienne, mais l’important est de faire tout cela ensemble. »
Jacques Duffaut

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