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Solidarité : L’insouciance des vacances n’est pas pour tous

16/07/2010

Un Français sur deux ne part pas en vacances, souvent pour des raisons financières. L’été est une période difficile pour ceux qui se retrouvent livrés à eux-mêmes, lorsque services sociaux ou simples connaissances ont mis la clé sous la porte.

Crédit : E.Perriot  JPEG - 32.4 ko
Crédit : E.Perriot

Selon une étude du Credoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) publiée en mars dernier, 54 % des Français sont partis en vacances entre juin 2008 et juin 2009, contre 52 % l’année précédente à la même période.

Une faible variation qui masque un taux en baisse progressive depuis plusieurs années chez les plus démunis. « Ce mouvement d’érosion des taux de départ des catégories populaires, et en particulier de certains publics défavorisés, est engagé depuis une dizaine d’années », précise l’étude.

Autrement dit, la crise ne change pas fondamentalement la donne, mais elle contribue à creuser les inégalités. Si un Français sur deux ne part pas en vacances, c’est surtout en raison de contraintes financières. Ainsi, moins de 40 % des classes populaires ont pu partir en 2009, contre… 80 % dans les classes favorisées. 23 % des Français affirment n’être jamais partis.

Pourtant, échapper à la routine du quotidien en allant respirer un autre air, en profiter pour réfléchir, se ressourcer, est essentiel. A fortiori pour ceux qui vivent en permanence dans les difficultés. « Lorsqu’une personne est dans la précarité, elle perd confiance en elle. Les vacances sont un excellent moyen de se reconstruire un peu », assure Brigitte Alsberg, responsable du département Enfance famille au Secours Catholique. C’est pourquoi le Secours Catholique, comme d’autres associations, aide 3 500 personnes chaque année à partir une à deux semaines. Il permet en outre à 3 000 enfants d’être accueillis dans des familles durant quelques semaines. Une participation très modeste leur est demandée, calculée selon leur revenu.

Emplois précaires.

À 34 ans, Belinda [1] aura cette chance pour la première fois de sa vie cette année, grâce à la délégation du Secours Catholique du Limousin. Ses trois enfants l’accompagneront. Un « rêve » qui se réalise, et le moyen de s’évader d’un quotidien d’autant plus difficile que son couple bat de l’aile. Un contrat à temps partiel dans une grande entreprise, ajouté au chômage de son conjoint, empêche tout départ en vacances. « Il ne m’est jamais venu à l’idée de partir en vacances, car j’ai toujours pensé que ce n’était pas pour moi », raconte Belinda. La jeune femme n’en revient toujours pas de partir une semaine entière seule avec ses enfants en août. « Je pourrai enfin prendre du temps pour partager des choses avec mes enfants et je n’aurai pas l’angoisse de savoir s’il restera assez d’argent pour la fin de la semaine », confie-t-elle. En France, 55 % des travailleurs précaires, comme Belinda, ne partent pas en vacances.

Pour la famille Dumoulin, du Morbihan, la crise aura eu raison des projets de vacances. « La société de transport dont Philippe, mon mari, était le gérant et dans laquelle je travaillais également, a dû fermer. C’était en juin 2009. Aujourd’hui, nous sommes surendettés », expose Marie Dumoulin, la trentaine.

Chômage.

Comme eux, 59 % des chômeurs ne sont pas partis en vacances en 2009, contre 43 % en 2008. Pourtant, les Dumoulin aimaient passer quelques jours chez leurs proches, dans l’Indre et le Gard. « Nous pouvions nous permettre de partir loin avant 2008 », se rappelle-t-elle. Si Marie est toujours au chômage, Philippe, lui, vient de retrouver un emploi en CDI. « Peut-être que nous pourrons nous évader de nouveau dans quelques années », espère cette mère de trois enfants. En attendant, depuis deux ans, elle envoie son fils Alexis, 9 ans, et sa fille Laura, 8 ans, dans une famille d’accueil du Secours Catholique, dans les Deux-Sèvres. « Cela leur fait beaucoup de bien », ajoute Marie, qui profitera de leur absence pour se reposer.

Sans-abri.

S’il est une catégorie de population qui souffre particulièrement pendant les vacances, ce sont bien les personnes sans abri. Pour celles qui restent le plus souvent dans les grandes villes, les congés d’été sont synonymes de solitude et de galère. Une grande majorité des associations qui leur viennent en aide habituellement ferment leurs portes, par manque de bénévoles.
« C’est un moment difficile pour les sans-abri car ils sont totalement oubliés », observe Florence Dauthuille-Rguige, responsable de l’antenne “Paris sans domicile” du Secours Catholique.
« L’hiver, les Français ont mauvaise conscience vis-à-vis d’eux à cause du froid. Mais très vite, les beaux jours leur font oublier les difficultés que vivent les sans-abri, même en été ! » On sait d’ailleurs qu’il meurt autant de sans-abri en été qu’en hiver.
C’est bien parce que “la précarité ne prend pas de vacances“, comme le rappelle la campagne d’été du Secours Catholique, que l’association s’organise au mieux pour garder des accueils ouverts en juillet et en août. C’est le cas à l’accueil de jour du “11 bis”, à côté de la gare d’Austerlitz à Paris : des bénévoles assurent un petit déjeuner quotidien aux personnes en errance. Sur le planning, chacun note ses disponibilités. Jacques Maury annonce qu’il sera là au mois d’août et qu’il fera « en sorte que les sorties de nuit se maintiennent ».

Même chose à Toulouse, au centre d’accueil de jour l’Ostalada. Alain, bénévole, témoigne : « Ouvert pour la première fois en mars 2009, l’accueil n’a pas fermé pendant l’été. Cela nous a permis de percevoir la nécessité de rester ouverts à cette époque de l’année. » Cet été, de nouveau, l’Ostalada fournira donc douche, café et écoute aux personnes sans abri. À Paris, la délégation du Secours Catholique ira plus loin. Elle proposera à quelques-unes des personnes accueillies durant l’année de passer une semaine de vraies vacances à la mer (voir page 10). D’autres profiteront d’un week-end sur un bateau ancien en septembre.

Clémence Richard

Les articles du dossier « Vacances : un moment pour se reconstruire »

Notes

[1] Les noms et prénoms ont été modifiés.

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