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Gilles de Robien représente la France au Conseil d’administration du Bureau international du Travail.
Quels seraient les avantages d’un socle mondial de protection sociale ?
Il n’y aura pas un mais des socles adaptés à la situation de chaque pays. Deux tiers de l’humanité vivent sans protection sociale. Il faut leur apporter un minimum de services élémentaires pour leur dignité : lutte contre la pauvreté, santé, chômage ou même accès à l’eau… La Chine, par exemple, développe un socle depuis trois ans avec l’Organisation internationale du travail (OIT), en commençant par la santé. Par ailleurs, la protection sociale est un amortisseur de crise et un facteur de développement de l’économie, de cohésion sociale et de stabilité politique.
Concrètement, comment cela pourrait-il devenir opérationnel ?
Le G20 s’est emparé du sujet pour le pousser, en convergence avec les travaux de l’OIT. Il y aura des échanges d’expériences et des financements avec l’aide de la communauté internationale, de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international. Le socle se construira au cas par cas dans des pays souverains. Le Burkina Faso, le Brésil, le Mexique, le Maroc ont déjà commencé à le faire.
Le projet existe depuis des années à l’OIT. Quels sont les obstacles restant à surmonter ?
Il y a des préjugés, des malentendus. Le socle serait une forme de protectionnisme des pays riches. Ce n’est pas le cas. En revanche il permet d’éviter une explosion sociale dans les pays où les peuples demandent la justice sociale. La mise en place de la couverture santé chinoise va dans ce sens. Il faut aussi savoir que la protection sociale nourrit le développement. Des gens « bien dans leur peau », qui peuvent aller à l’hôpital, avoir une pension de retraite, y contribuent mieux. L’obstacle financier peut être surmonté en commençant modestement, sans doute par la santé, tout en prenant la résolution d’y consacrer un certain pourcentage du PIB du pays.
Le socle mondial est une vieille histoire. Pourquoi devient-il si urgent de le réaliser ?
La crise a démontré que c’est un amortisseur et que la situation de ceux qui n’ont pas cet amortisseur est encore plus catastrophique dans la débâcle économique et financière. De plus, le monde a vu sa richesse progresser durant la dernière décennie. C’est donc le moment d’agir.
Compte tenu de ses acquis sociaux, la France a-t-elle un rôle particulier à jouer ?
Il ne s’agit pas de plaquer notre modèle mais plutôt d’aider financièrement et d’apporter notre expertise, comme au Burkina Faso, pour créer une inspection du travail. Mais la France elle-même n’est pas exempte de réformes pour optimiser son propre système : médicaments, hôpitaux…
La question du salaire minimum est-elle sur la table ?
Elle n’est pas dans le socle, ce n’est pas de la protection sociale mais la notion de “travail décent” promue par l’OIT comprend une juste rémunération.
Quels sont les pays moteurs de ce projet, à part la France ?
Les pays d’Amérique du Sud, qui s’appuient sur leurs expériences, comme celle du Brésil et du Mexique où les prestations familiales sont versées sous condition de scolarisation et de vaccination des enfants.
L’OIT, le G20 poussent en avant le socle mondial pendant que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international le freinent ?
Les ministres du travail et de l’emploi du G20 ont recommandé fin septembre [à l’intention du prochain sommet des chefs d’État de Cannes, ndlr] que les organisations compétentes en matière sociale et d’emploi soient consultées sur l’impact social des propositions d’organisations économiques et financières comme l’Organisation mondiale du commerce ou la Banque mondiale.
Propos recueillis par François Tcherkessoff



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