Revenir à l’accueil de la rubrique

Grèce : la population paie très cher le sauvetage du pays

15/02/2012

+ Cet article a été publié en février 2012

En échange de l’adoption d’un plan d’austérité impitoyable, le Parlement grec a obtenu dimanche 12 février la promesse d’un prêt international de 130 milliards d’euros destiné à sauver le pays de la faillite. Mais le prix payé par les plus pauvres et les migrants est très élevé, constate la Caritas grecque, membre du réseau européen des Caritas (1) dont fait aussi partie le Secours Catholique.

© Marios Lolos/Landov/Maxppp  Des milliers de manifestants sont descendus dans la rue, le 9 février, pour protester contre les mesures de restriction décidées par le Parlement grec. -  JPEG - 63.1 ko
© Marios Lolos/Landov/Maxppp
Des milliers de manifestants sont descendus dans la rue, le 9 février, pour protester contre les mesures de restriction décidées par le Parlement grec.

La population soumise à une baisse de 22 % du salaire minimum (qui passe à 586 € brut sur quatorze mois) et à de nouvelles réductions des pensions de retraite, ne sait plus comment faire face à l’augmentation du coût de la vie induite par celle des taxes et par l’inflation.

Le taux de chômage atteint 20 % (45 % chez les jeunes). Le million de personnes sans emploi voit ses allocations baisser à 360 € mensuels au lieu de 461 € précédemment.

Solidarité des nantis

Face à cette situation, les Grecs qui le peuvent mobilisent leurs moyens. La fondation Stavros Niarchos annonce pour le 1er mars l’ouverture d’un centre d’accueil de jour et l’organisation de distributions de nourriture, en collaboration avec les ONG. De son côté, le ministère de l’Éducation offre un repas léger gratuit aux élèves qui ont faim.

Des Grecs au centre des migrants

Ce qui n’empêche pas le centre des réfugiés de la Caritas d’Athènes d’accueillir depuis peu des demandeurs d’aide grecs déjà ruinés par les précédentes mesures d’austérité, note Begoñia Kalliga Castiella, une responsable bénévole de cette structure.

Les personnes aidées par le centre restent cependant en grande majorité les migrants. La structure caritative a d’ailleurs vu ces derniers mois un nouvel afflux de familles afghanes et de sans-papiers du Moyen-Orient et d’Afrique. Le centre sert 300 repas par jour. Il donne aussi des cours de grec et d’anglais, organise des programmes de vaccination pour les enfants, distribue des kits de secours avec notamment du lait infantile, des vêtements, des couvertures…

Le gouvernement grec a cessé de soutenir financièrement le centre. Celui-ci ne compte plus que sur les dons et a dû réduire les heures de travail de ses cinq salariés : gardien, cuisinier, secrétaire, assistante sociale et personne chargée du nettoyage. Ces salariés sont secondés par de nombreux bénévoles.

Extrême rigueur ou faillite…

De nombreuses voix s’élèvent contre la terrible rigueur imposée aux Grecs. Au Parlement européen, le chef de file des élus socialistes, l’Autrichien Hannes Swoboda, estime que « nous contribuons à la fragilité du système économique et social grec » et compare la « troïka » financière (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) à des « criquets » prédateurs qui exercent un « chantage » pour accorder leur aide.

… et disparition des médicaments

Pour Begoñia Kalliga Castiella, toutefois, si le plan de la « troïka » est « une mauvaise solution, ce n’est pas la pire ». La faillite qui résulterait d’un rejet de ce plan aurait des conséquences encore plus dramatiques pour les personnes dépendantes des services sociaux et des prestations de santé de base, assure-t-elle. « Revenir à la drachme (l’ancienne monnaie nationale) signifierait la quasi-disparition des médicaments et du pétrole qui sont entièrement importés », illustre-t-elle.

Conditions suspensives

Rien n’est encore définitif. Le nouveau prêt international attendra pour être débloqué que la Grèce trouve 325 millions d’économies supplémentaires dans son budget 2012 et apporte aux autorités européennes l’engagement écrit de ses responsables politiques sur leur soutien au plan de rigueur.

François Tcherkessoff (avec AFP)

(1)

Position de Caritas Europa

« Si aucune mesure n’est prise, la crise va accroître la vulnérabilité de la population et mettre l’avenir du pays en jeu. Il est évident qu’avec des ressources négatives, la vie d’une part considérable de la population grecque est en jeu : pauvres, personnes âgées, jeunes, personnes sans emploi, etc.

Nous craignons aussi que les émeutes en cours aient de sérieuses répercussions sur l’économie grecque. Tous ces scénarios peuvent conduire à plus de pauvreté, de chômage et même à une dégradation du système social.

Les leaders politiques grecs et de l’Union européenne ne peuvent pas laisser un pays tomber dans un trou noir de pauvreté. Ce serait une honte pour l’ensemble de l’Union européenne. Le présent et le futur du peuple grec, principalement ceux des plus pauvres, doivent être prioritaires dans les décisions politiques. »

Sur les mêmes thèmes

Laisser un commentaire


Un modérateur est susceptible de ne pas publier toute contribution qui ne serait pas en relation avec le thème de l’article, la ligne éditoriale du site, ou qui serait contraire à la loi. Vous ne pouvez pas indiquer de lien vers des sites Web ni dépasser 800 caractères. Vous disposez d'un droit d'accès, de rectification et de suppression de vos contributions.
Une question ? Utilisez le formulaire de contact pour recevoir une réponse.

Qui êtes-vous ? (optionnel)
Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

  • * Champs obligatoires

haut

Communiqués de presse icone

Évasion fiscale : analyse des chiffres publiés par les banques françaises

Alors que le G20 s’apprête à annoncer des mesures contre l’évasion fiscale et que l’Union européenne est ébranlée par le scandale du “Luxleaks”, la (...)

Rapport statistique annuel sur la pauvreté : le Secours Catholique Caritas-France lance un appel au Président de la République et à la société française

Comme chaque année, le Secours Catholique-Caritas France publie son rapport statistique qui rend compte de l’évolution de la pauvreté en France et (...)

Sécurité alimentaire : les investissements agricoles toujours hors de contrôle

A la veille de la journée mondiale de l’alimentation, et après deux ans de négociations, le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) de l’ONU a (...)
Tous les communiqués de presse
haut

Nos reportages icone

Bande-annonce Action Internationale : un engagement sans frontière

Parce que « notre prochain est dans le monde entier », (...)

Clip de la campagne d’action internationale "Food for All"

De décembre 2013 à septembre 2015, le Secours Catholique-Carit
haut

Actualité dossiers icone

Philippines : un an après, le réseau Caritas mobilisé

Douze mois après le passage du typhon Haiyan, le Secours Catholique-Caritas (...)

Rapport statistique : ces pauvretés que l’on ne voit plus

À travers son rapport statistique annuel, le Secours Catholique-Caritas (...)