La manifestation du 5 mai contre le plan d’austérité annoncé par le Premier ministre grec, Georges Papandréou, a été endeuillée par la mort de trois employés d’une banque d’Athènes. Ceux-ci se sont trouvés avec une vingtaine d’autres personnes, pris dans l’incendie d’une agence bancaire. Ils sont morts asphyxiés. Le feu a été provoqué par un cocktail Molotov lancé, semble-t-il, par des « casseurs » ayant infiltré la manifestation organisée par les syndicats.

- ©Pierre Marsaut/PHOTOSHOT/MAXPPP
Les manifestants protestaient contre le plan d’austérité draconien imposé au pays en contrepartie de l’aide financière massive de plusieurs capitales européennes et du Fonds monétaire international (voir ci-dessous).
Il s’agit de sauver la Grèce surendettée de la faillite. Son déficit budgétaire a atteint un sommet de 14% l’année dernière, alors que les recettes ne couvraient que les deux tiers des dépenses de l’Etat. Les dépenses publiques de la Grèce ont doublé en dix ans, pour atteindre 120 milliards d’Euros en 2009.
Parmi les explications avancées, les fonds accordés à l’armée pour se maintenir au niveau des forces turques seraient en cause, avec les dépenses de protection sociale et de santé. Mais devant le Parlement, les manifestants s’en sont pris aux politiciens corrompus aux cris de « Voleurs, voleurs ». La Grèce est notamment accusée d’avoir falsifié ses comptes publics pour masquer son gigantesque dérapage financier.
La confiance de Caritas
Frère Andreas Voutsinos, vice-président de Caritas Grèce, (l’homologue hellénique du Secours Catholique) s’associe aux protestataires pour demander que les hommes politiques qui ont « volé l’argent du peuple soient arrêtés, jugés et que cet argent soit restitué ». Il fustige également l’évasion de fortunes grecques vers des paradis fiscaux. Frère Andreas s’attend à une forte augmentation du chômage. Et il pense que les salariés vont devoir réduire fortement leur train de vie. Certains ont par exemple vu leur rémunération fondre de 800 à 600 euros mensuels tandis que les prix augmentaient. L’essence vaut à l’heure actuelle 1,60 € le litre, précise Frère Andreas. Il s’inquiète tout particulièrement pour les jeunes, très nombreux à rester sans travail. « Où est leur futur ? », s’inquiète-t-il. « Beaucoup veulent émigrer vers d’autres pays d’Europe », précise-t-il.
Ils sont nombreux dans les manifestations qui se renouvellent presque quotidiennement pour tenter d’infléchir le plan d’austérité avant son vote par le Parlement. Andreas Voutsinos pense, lui, que ce plan devra être appliqué pour éviter une situation encore plus catastrophique. Le religieux veut d’ailleurs garder confiance et poursuivre le travail de Caritas en faveur des personnes âgées, des migrants, des réfugiés ou des chômeurs, tous très nombreux en Grèce.
Les Français favorables à l’aide
Les syndicats jugent cependant inéquitables les mesures d’austérité décidées par le gouvernement de Georges Papandréou. Les petits salariés et les retraités modestes vont souffrir plus que les autres d’une baisse d’environ 15% de leurs ressources, constatent-ils.
En France, l’opinion a évolué en faveur de l’aide financière à la Grèce, selon un sondage Ifop publié le 5 mai. Les deux tiers des Français sont désormais favorables au soutien financier apporté par Paris, contre 53% en mars. « C’est par intérêt bien compris, alors que le château de cartes [européen] menace de s’effondrer », analyse Jérôme Fourquet, de l’Ifop. Les cadres et les professions libérales sont les plus enclins à aider Athènes tandis que les ouvriers et les employés ne sont respectivement que 52 et 55% à y être favorable, précise l’étude.
Les conditions de cette aide pourraient toutefois être améliorées, si l’on en croit le secrétaire général du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Il a regretté dans une interview au Parisien du 5 mai, que les taux d’intérêt auxquels les pays européens prêtent à la Grèce soient plus élevés que ceux consentis par le FMI. « Moins on prête cher, mieux on aide les Grecs », a-t-il affirmé.
Le plan d’austérité
L’aide financière des pays européens et du Fonds monétaire international à la Grèce – 110 milliards d’euros en trois ans – est accordée en contrepartie d’un plan d’austérité très sévère, visant à économiser 30 milliards d’euros pendant la même période. Principales mesures de ce plan :
Salaires : Suppression des 13ème et 14ème mois dans la fonction publique et pour les retraités TVA : hausse de 2% la TVA, portée à 23% contre 19% en début d’année Essence : Hausse des taxes sur le carburant, en augmentation de 50% par rapport au début de la crise grecque Retraites : quarante annuités de cotisations contre trente-sept actuellement ; âge minimum de départ à 60 ans contre 45 actuellement pour certaines personnes Flexibilité : remise en cause de l’interdiction pour les entreprises de licencier plus de 2% de leur personnel chaque mois (mais maintien du 13ème mois dans le secteur privé) Ouverture de professions protégées à la concurrence.



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