
- Crédit : Christophe Hargoues/Secours Catholique
- Le député Étienne Pinte, président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, lors du colloque.
La créativité, l’innovation, l’avenir de la société, ce sont eux. L’ardent désir de travailler, de se rendre utiles, ce sont eux qui le portent. L’optimisme, la confiance dans l’avenir malgré la terrible crise que nous traversons, ce sont encore eux, les jeunes.
Rejetés, ignorés
Et pourtant, ces jeunes sont les laissés-pour-compte de la société. Les employeurs ne leur proposent que des contrats précaires qui leur interdisent tout projet de vie, les bailleurs de logements les rejettent, au prétexte, précisément, de leur manque de stabilité. Les procédures du logement social les ignorent. Le coût du permis de conduire rend ce sésame pour l’emploi inaccessible à la majorité d’entre eux.
Sans statut
Pire, un quart des 5 000 jeunes soutenus par la Mission locale de Tourcoing avouent avoir eu faim sans pouvoir se nourrir. Un tiers ont des amendes non payées au service de transports de Lille, faute de ressources. Ne rentrant pas dans les critères permettant d’avoir un « statut », ils n’ont pas droit aux réductions tarifaires. Au total, 38 % de ces jeunes nordistes s’estiment en situation de pauvreté.
Surexposés à la pauvreté
De fait, les jeunes de 18 à 25 ans sont plus exposés à la pauvreté que le reste de la population, relève Dominique Saint-Macary, responsable du rapport statistique 2010 du Secours Catholique : Jeunes, une génération précaire. 30 % de ceux que le Secours Catholique soutient sont d’ailleurs sans ressources (contre 13 % seulement des plus âgés). L’instabilité et la mauvaise qualité de leurs emplois, l’absence d’indemnités de chômage, la rareté des prestations sociales, les difficultés rencontrées par leurs familles, expliquent en grande partie cette situation.
Un tabou doit tomber
Concernant l’indemnisation de la perte d’emploi, Patrick Boulte, de l’association Solidarités nouvelles face au chômage, ose la mise en cause du « tabou » de l’absence de cotisations chômage de la fonction publique.
La question de confiance
Cause et conséquence de leur profond malaise, les jeunes souffrent du manque de confiance des employeurs, des bailleurs de logements, de la société tout entière. Ce qui provoque en retour leur manque de confiance envers la société et pour eux-mêmes. « Comment pourraient-ils avoir confiance en une société qui ne leur fait pas confiance », résume Dominique Saint-Macary.
Étienne Pinte, député, président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, cite l’exemple d’un jeune en alternance dans un grand hôtel qui travaille de 6 h du matin à minuit, sans récupération. Comment avoir confiance, dans ces conditions, s’indigne-t-il.
Les politiques, avoue M. Pinte, sont parfois loin des préoccupations des jeunes. « Ils ont besoin d’être sollicités, interpellés, invités à venir dialoguer avec les jeunes », encourage-t-il.
Message reçu 5 sur 5 tant par le Secours Catholique que par la JOC ou la Mission locale jeunes de Tourcoing, tous porteurs d’initiatives de rencontres et de dialogue à l’occasion des prochaines élections nationales.
Pascale Dietrich-Ragon, prix de la Fondation Caritas
Chantal Delsol, membre de l’Institut, remet le prix 2011 de la Fondation de recherche Caritas à Pascale Dietrich-Ragon, sociologue et auteure d’un ouvrage, Le Logement intolérable (éd. PUF, 2011), sur les logements insalubres à Paris et les stratégies tentées par les familles pour en sortir.
« L’impérieuse nécessité de se mobiliser »
Bernard Thibaud, secrétaire général du Secours Catholique, conclut le colloque en appelant à « l’impérieuse nécessité de se mobiliser auprès de notre jeunesse ». Il s’appuie pour cela sur les propositions de l’association en faveur des familles et celles plus spécifiques aux jeunes, avec, notamment, la création d’une allocation de soutien à l’autonomie des jeunes, investissement d’avenir, sur le modèle des pays du nord de l’Europe. Cette allocation serait complétée par le soutien à un parcours d’accès à l’emploi.
Le RSA complément d’activité serait par ailleurs étendu à tous les jeunes en situation de travail dès 18 ans. Les jeunes majeurs sortant de l’Aide sociale à l’enfance ne seraient plus livrés à eux-mêmes mais auraient droit à un accompagnement social de l’État.
Des chameaux pour la traversée du désert
Concernant le point crucial du logement, le Secours Catholique en appelle, notamment, à la réservation d’un contingent préfectoral de logements sociaux pour les jeunes et à un effort pour les foyers de jeunes travailleurs et les résidences universitaires.
Ces logements de « transition » permettent à la fois une prise d’autonomie progressive et une vie sociale tout en conservant un soutien des parents. Ces merveilleux « chameaux » évoqués par Dominique Saint-Macary, qui sont trop seuls pour accompagner leurs jeunes dans la traversée du désert débouchant sur la vie d’adulte.
François Tcherkessoff



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