Quelle est la situation humanitaire en Haïti ?
La situation humanitaire en Haïti, un an et demi après, reste toujours complexe pour trois raisons essentielles :
• Important nombre d’acteurs humanitaires en Haïti, ce qui pose problème pour la coordination de l’action d’urgence.
• Beaucoup de défis à relever (défis sanitaires, défis en termes d’organisation et aménagement du territoire, etc.).
• Fragilité de l’État Haïtien : Haïti subit un certain nombre d’urgences quotidiennes liées à sa situation géographique notamment le climat, mais également liées à l’état historique du pays à savoir un État faible. Peu d’infrastructures de service public existent, la plupart ayant été détruites lors du tremblement de terre, de ce fait les populations se tournent principalement vers les ONG.
Quelles sont les priorités humanitaires ?
Les principales priorités se situent à trois niveaux :
• Santé : la réponse au choléra a été rapide, les organisations de santé du pays ont été réactives et organisées, mais le le travail n’est pas fini si on veut endiguer l’épidémie, il faut continuer dans cette dynamique.
• Communauté rurale : les zones rurales sont difficiles d’accès, et de ce fait elles se retrouvent oubliées et isolées, alors qu’elles auraient besoin que des actions soient menées sur leur terrain dans des domaines comme la sécurité alimentaire, l’eau, l’hygiène et l’assainissement.
• Camps de réfugiés dans les zones urbaines : la saison cyclonique approche et un grand nombre de déplacés sont toujours sous des tentes 18 mois après. Si la situation perdure ainsi, on pourrait assister à un désastre humain. Même si depuis un an et demi, un grand nombre de déplacés bénéficient d’un abri, il va falloir envisager d’autres types d’abris, plus durables que de simples tentes. Toutefois les problématiques liées notamment au foncier, à l’aménagement du territoire et à bien d’autres paramètres, freinent la dynamique de reconstruction d’abris durables.
Ces trois domaines sont les priorités d’actualité, mais Haïti est un contexte multidimensionnel où toutes les failles sont interdépendantes, il faut donc associer dans nos actions plusieurs domaines pour tendre vers un développement global.
La variété des acteurs sur place et leur nombre permettent qu’une réponse à la crise soit donnée, mais un grand travail de fond pour pallier les différents problèmes du pays reste à mener avec la société civile.
Selon moi, le défi global en Haïti serait d’aider Haïti à atteindre l’autosuffisance alimentaire qui n’est à l’heure actuelle pas viable. L’agriculture reste une agriculture de subsistance, il n’existe pas de production agricole à vocation commerciale. De plus, les infrastructures routières n’étant pas assez développées pour permettre une véritable distribution des produits issus des récoltes, les produits agricoles locaux sont dépréciés à l’inverse des produits internationaux venant des États- Unis, Saint-Domingue ou encore la Chine qui sont, eux, présents sur tous les marchés du territoire haïtien.
Qu’est ce qui différencie l’action d’aide de Caritas de celle des autres ONG en présence sur le terrain ?
Caritas est une organisation proche des acteurs locaux. Elle travaille avec eux pour les appuyer et les renforcer au quotidien, sur les projets qu’ils mettent en place. Elle a une vision d’autonomisation des partenaires locaux afin que les activités soient menées par eux–mêmes avec une perspective de durabilité : permettre que la dynamique mise en place tout au long du travail avec le partenaire perdure, même après le départ du Secours Catholique. En outre, Caritas bénéficie d’un réseau assez large en Haïti, ce qui étend ses actions sur l’ensemble du territoire, et constitue de ce fait un avantage certain.
Comment s’établissent les partenariats ?
Nous travaillons avec des personnes que l’on a identifiées en fonction de la cohérence de leurs actions, des valeurs de leur organisation et de la stratégie de notre action. Nous mettons un point d’honneur à travailler, dans la plupart des cas, avec des partenaires haïtiens, car nous pensons que les Haïtiens sont les premiers acteurs de l’aide, qui permettra le relèvement d’Haïti. De surcroit, ils ont une certaine connaissance du contexte, des approches de l’action, des solutions apportées tout à fait pertinentes qui enrichissent le partenariat franco-haïtien.
Comment se passe le partenariat concrètement ?
Il est important de faire la distinction entre l’homme de passage, que je suis et l’homme du pays qu’est le partenaire, car cela influence la dynamique de travail et les activités du projet. Les cultures de travail, françaises et haïtiennes, sont différentes : il m’a fallu un temps d’adaptation pour observer les déterminants et les spécificités haïtiennes, et ensuite comprendre quelle influence cela aurait sur notre travail conjoint. Au final, c’est un travail riche et fructueux avec les partenaires qui s’est construit.
Quel serait votre message aux délégations du Secours Catholique qui se sont investies pour Haïti ?
Je connaissais Haïti car je l’avais visité avant ma mission et cela m’avait donné envie d’y travailler, de m’y impliquer et surtout de comprendre une culture qui m’avait fortement intéressée de par sa diversité. Mon expérience en tant que volontaire cette année a été à tout point de vue extrêmement riche sur le plan humain, relationnel, culturel, et professionnel. J’ai pu découvrir un pays émouvant, marquant dans lequel on découvre et apprend sans cesse sur l’histoire du pays. Haïti est un puits de richesse marquée par son passé, toujours aussi présent ! L’apprentissage du créole a été une clé pour comprendre Haïti, être plus proche de la population et construire des relations profondes et durables. L’implication, l’intérêt et le travail des délégations françaises pour Haïti, ont été extrêmement forts ! Leur engagement, leur mobilisation nous ont permis de mener au mieux les actions sur le terrain, ils ont clairement participé à l’effort commun et c’est une vraie force et je les en remercie !




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