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La crise que traverse actuellement l’Europe ne se réduit pas à une crise financière et économique. Elle est également politique. « Cette crise de l’euro est aussi celle de l’Europe », affirme Michel Camdessus, la plus grave et la plus complexe, selon lui, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
Spirale de la désespérance
L’ancien patron du Fonds monétaire international analyse deux phénomènes inquiétants et concomitants. D’une part, une « spirale de la désespérance » provoquée par une interprétation systématiquement négative des événements ou des décisions annoncées, à laquelle s’ajoute « la rumeur destructrice », qui rend la sortie de crise encore plus difficile.
Michel Camdessus en veut pour preuve l’écart grandissant des taux d’intérêt auxquels France et Allemagne empruntent. « En juin, il n’y avait que 35 centimes d’écarts, aujourd’hui, la France subit un différentiel de 200 centimes ».
Restaurer la confiance
La priorité est donc de restaurer la confiance, sans se voiler la face sur la nature et l’ampleur de la crise. Certes, il y a bien une crise conjoncturelle, qui provient justement du fait que « nous avons beaucoup tardé à prendre des mesures de redressement ». Plus on attend et plus ces mesures sont lourdes à porter, dans un contexte mondial où plusieurs pays sont amenés à prendre des mesures d’ajustement. Pour l’ancien gouverneur de la Banque de France, il s’agit donc d’adopter « des mesures énergiques, avec le bon tempo ».
Crise fondamentale de valeurs
La difficulté se double d’une crise plus profonde marquée par « l’effondrement européen du modèle de développement économique ». L’Europe a été fondée sur deux piliers : la démocratie sociale de marché, avec une entrée dans le marché commun basée sur des valeurs de solidarité et de justice. Or, l’impact de la révolution néolibérale des années 1970-80 a ébranlé ces valeurs. Le deuxième pilier de l’Europe était la démocratie participative. Et là, les institutions européennes et les gouvernements ne s’en sont pas souciés, alors même que les institutions européennes ne sont pas armées pour faire prévaloir les réformes qu’elles prétendent imposer. « Nous sommes donc dans une crise fondamentale de valeurs », estime Michel Camdessus.
Un effort important partagé par tous
Pour lui, la priorité immédiate est d’apporter des solutions à la crise de l’endettement. En France, on ne pourra en sortir que par un effort important qui devra durer plusieurs mois. Cet effort ne sera acceptable que s’il est partagé par tous, martèle encore l’économiste, qui prône un changement de régime fiscal et de système de rémunération, « afin de réduire l’écart entre les plus riches et les plus pauvres ».
Une tranche fiscale à 60 %
Parmi les pistes qu’il propose, l’établissement d’une tranche fiscale à 60 % des revenus, ou encore la retenue de l’impôt à la source. Michel Camdessus se prononce également pour la fin de toutes les niches fiscales, sans exception, quitte à ce que le parlement réexamine au cas par cas celles qui sont utiles à l’emploi et à la lutte contre la pauvreté.
Pas question en tous cas d’envisager une sortie de l’euro pour les pays qui le souhaiteraient. Cela les mènerait tout droit à la faillite. Quant aux « eurobonds », ils ne peuvent être utilisés que dans un contexte de rétablissement de la confiance des marchés, avec donc des budgets en cours de redressement.
Il en va de la survie de l’Europe, insiste Michel Camdessus, dont la construction a été « l’événement le plus porteur d’histoire depuis trois siècles ».
Catherine Rebuffel
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