
- @Fred Dumoulin/TlS/SC
- Défilé des membres de Tissons la Solidarité qui présentaient leur collection Automne/hiver
Les femmes qui ont participé au défilé de mode d’hier à la Halle Freyssinet, à Paris, ne sont pas des mannequins professionnels. Ce sont des personnes en réinsertion, marquées par des accidents de la vie. Habillées de leurs propres créations, elles ont courageusement défilé devant un public qui ne comptait d’ailleurs pas ses applaudissements. Les spectateurs se sont montrés enthousiasmés par les tenues de la collection, assemblées à partir de vêtements recyclés.
Christian Lacroix salue la créativité
La présentation s’est déroulée en présence du couturier Christian Lacroix, parrain de l’événement. « La démarche me tient d’autant plus à cœur, a-t-il déclaré, que les premiers résultats sont encourageants, que des progrès phénoménaux ont été réalisés, preuve que l’on peut, comme en mode, innover en matière d’économie sociale et de solidarité " […]
Le couturier a salué « la créativité individuelle et l’expression personnelle de celles qui transforment [les vêtements récupérés] en pièces uniques […], des vêtements qui deviennent outils et non plus seuls objets de consommation […], revalorisant la confiance que ces femmes formidables […] peuvent reprendre en elles-mêmes et en leur avenir ».
Modèles uniques
Les modèles uniques portés par les mannequins d’un jour seront mis en vente pour quelques dizaines d’euros dans cinq boutiques solidaires participantes : Vestali à Arras, Pénélope à Montluçon, Tremplin à Bourg-en-Bresse, La Boîte à fringues à Saint-Brieuc, Frip’Pont à Mâcon.
Dix structures d’insertion de la griffe Tissons la solidarité vont maintenant produire en un seul exemplaire des dizaines d’autres tenues fabriquées d’après le style défini pour la présentation d’hier. Les créations sont issues de vêtements récupérés et de pièces de tissu données par des entreprises. Deux professionnels de la haute couture prêtent main forte aux structures engagées dans le projet.
1 700 femmes reprennent pied
Pour la griffe "Tissons" , l’objectif est de présenter le talent des femmes et développer le chiffre d’affaire des boutiques en y accueillant une clientèle plus diversifiée. Ainsi, le nombre de contrats aidés pourra être multiplié.
Au-delà de l’opération phare d’hier, 70 structures d’insertion et plus de cent boutiques du réseau Tissons la solidarité proposent des vêtements de seconde main à tout petits prix. 1 700 femmes en difficulté y reprennent pied.
La fierté de Sergine
C’est le cas de Sergine, mannequin portant lors du défilé une « robe de cocktail noire, drapé en satin et plissé tulle noir », découpée dans deux anciennes robes. « Ma robe a été conçue sur un thème de Manu, ancien styliste de Christian Lacroix, qui supervise notre travail », confie cette couturière de l’atelier d’insertion Vestali, d’Arras.
Sergine aimerait garder son modèle mais « si une cliente l’achète, je serai fière aussi », déclare-t-elle. Ancienne retoucheuse, elle s’épanouit dans la structure d’insertion : « La couture est ma passion et je vis mieux ici qu’avant, parce que je ne fais pas que des retouches mais de la création », s’enthousiasme-t-elle. « Je suis heureuse, c’est le meilleur boulot que j’ai eu jusqu’à présent, reprend-elle et comme j’ai besoin de travailler pour vivre en harmonie avec moi, je vais demander à prolonger mon contrat ».
A 55 ans, Sergine veut encore engranger le maximum de connaissances et d’expérience pour pouvoir poursuivre sur sa lancée, une fois retraitée.
François Tcherkessoff



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