
- Credit : Elodie Perriot/SC
Depuis l’apparition du choléra en Haïti, les programmes d’assainissement et d’hygiène d’Inter Aide, une organisation soutenue par le Secours Catholique, sont mieux intégrés par la population.
Le Centre de santé de Pérodin est le seul à offrir des soins à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. Perché au sommet de la chaîne des Cahos, dans les Montagnes Noires, ce territoire délaissé par les autorités haïtiennes et les autres ONG est émaillé de petites cases aux toits de tôle où vivent 15 000 habitants.
10 heures de marche
En octobre 2010, avec l’apparition des premiers cas de choléra, Inter Aide a créé un Centre de traitement du choléra (CTC) et a accueilli des centaines de malades. Depuis juin dernier seulement et jusqu’au 15 octobre, 697 personnes ont été traitées dans ce centre. Pour 27 d’entre elles, leur arrivée a été trop tardive. Le plus proche hôpital est à 10 heures de marche. En saison sèche, les visiteurs motorisés peuvent s’approcher à une heure et demie du village. Mais en saison des pluies, saison où la maladie est en recrudescence, la piste faite de mauvaises caillasses est impraticable en voiture et il faut près de six heures d’une marche hasardeuse pour atteindre le centre.
L’organisation française Inter Aide, présente dans huit pays, concentre ses efforts dans les régions les plus fragiles de la planète. Implantée en Haïti depuis 1983, ses programmes tendent à améliorer la vie des populations les plus démunies. À Pérodin, ces programmes visent à accroître la scolarisation des enfants, à accompagner les agriculteurs vers des productions rentables et à améliorer l’hygiène des habitants.
Se laver les mains avec une eau chlorée
Prophète Pierre, l’un des quelque quarante employés d’Inter Aide sur la zone (six seulement ne sont pas Haïtiens), avait l’habitude de parcourir les montagnes pour promouvoir des règles d’hygiène. Le programme de lutte contre la diarrhée, une des principales causes de mortalité enfantine, l’avait amené à « conscientiser », comme il dit, ses voisins. Depuis le choléra, il continue à clamer dans son mégaphone des recommandations. Il explique qu’il faut se laver les mains avec une eau chlorée et qu’il faut désinfecter les maisons à l’apparition de chaque cas de choléra, égrenant la procédure.
Le choléra, maladie inconnue en Haïti avant octobre 2010, a été un choc pour la population des Mornes, ce coin de montagnes qui alimentent de ses myriades de ruisseaux la rivière Artibonite d’où est venue l’épidémie. Du coup, les familles n’hésitent plus à suivre les consignes de Prophète. Elles installent des latrines familiales, et envisagent d’aller chercher leur eau aux prochains captages de sources que prévoient les programmes d’Inter Aide. L’organisation dont la politique est de se désengager chaque fois que la population est capable de se prendre entièrement en charge, avance progressivement et n’entend laisser personne à l’écart.
Tout comme à Pérodin, Inter Aide intervient sur des zones tout aussi isolées de Chenot et Médor. Le Secours Catholique, qui a envoyé deux missions d’observation à Pérodin (la première en juillet dernier était conduite par Bernard Thibaud lors de sa première visite en dehors de France en tant que Secrétaire général), soutient le volet santé des programmes d’Inter Aide.
Jacques Duffaut



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