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Les paradis fiscaux au ban de la communauté internationale

04/11/2011

En clôture du G20, Nicolas Sarkozy a annoncé la « mise au ban » prochaine de onze pays abritant des paradis fiscaux. Analyse et commentaire de notre envoyé spécial au sommet de Cannes.

Crédit : présidence du Conseil européen/Flickr   JPEG - 168.1 ko
Crédit : présidence du Conseil européen/Flickr

Le président français Nicolas Sarkozy a assuré vendredi 4 novembre que les pays qui continuent à abriter des paradis fiscaux, dont une liste de 11 pays devrait être publiée, seraient « mis au ban de la communauté internationale », en conclusion du sommet du G20 à Cannes.

« Antigua-et-Barbuda, La Barbade, Botswana, Brunei, Panama, Seychelles, Trinidad-et-Tobago, Uruguay et Vanuatu ne se sont pas dotés d’un cadre juridique adapté à l’échange d’informations fiscales », a-t-il révélé, ajoutant que « la Suisse et le Liechtenstein ne sont pas encore qualifiés » parmi les pays qui ont mis en place un tel cadre.

Le communiqué final du sommet estime que ces territoires présentent « de sérieuses carences », mais se borne à les appeler à « remédier aux défaillances ».

M. Sarkozy a précisé qu’il y aurait une « publication systématique à chacun de nos sommets de la liste des pays qui ne font pas ce qu’il faut pour sortir d’un comportement inadmissible ».

Scepticisme et déception des ONG

Les organisations non gouvernementales ont toutefois jugé décevantes ces avancées. Le représentant du Secours catholique sur place retrace le bilan de ce G20, le dernier sous la présidence de Nicolas Sarkozy et nous livre son commentaire :

On entend de toutes part que ce G20 de Cannes est dominé par l’actualité de la zone Euro, par la crise grecque. Pris en otage en quelques sorte par des problèmes de riches au point qu’on en oublierait les populations pauvres de la planète, dont quelques centaines de millions vivent dans les pays du G20 qui sont certes puissants mais pas forcement riches !

C’est en partie vrai : les Européens ont comme préoccupation principale de sauver la zone euro, avec ou sans la Grèce… Et pour cela toutes les contributions sont bienvenues : le président Obama apporte son soutien, et on ne refusera pas les milliards d’Euros de la Chine qui pourrait abonder le fonds de stabilité de la zone Euro.

Importance de la zone euro

Première leçon : la zone euro est trop importante pour qu’on tolère son naufrage. Too big to fail (trop gros pour échouer) : tout le monde souffrira d une crise majeure de la zone euro, y compris les émergeants et même les pays pauvres. D’ou ce paradoxe : les plus pauvres sont prêts a venir au secours des plus riches, le monde à l’envers.

Deuxième leçon : on ne peut pas parler de tous les sujets en même temps. Si à Cannes, on passe son temps a régler les questions de l’Euro, on ne discutera pas (sérieusement) des autres points à l’ordre du jour. Qui sont pourtant fort importants et préparent le monde de demain : l’agriculture, les changements climatiques, la régulation monétaire, la protection sociale… L incendie européen qu’il faut évidemment éteindre est un mauvais service rendu à la gouvernance mondiale.

Troisième leçon : on ne peut pas négocier sur tous les sujets. Comme le disait Nicolas Sarkozy lors de l’entretien avec les représentants de la société civile le 2 novembre, juste avant le sommet de Cannes, « On ne peut pas mener deux combats en même temps ». Autrement dit : avant de lancer des réformes mondiales, les Européens doivent régler leurs problèmes domestiques. Quelle pression exercer sur les pays émergents qui rechignent à mettre en place un socle de protection sociale si on est soi même affaiblis ?

Quatrième point : à cause des déficits publics dans nombre de pays développés, on entend de plus en plus le discours suivant : il faut faire des économies partout, y compris dans les transferts sociaux, les dépenses médicales, les dépenses sociales… Les gouvernements des pays à bas revenus entendent ces discours, cela devient la mode et la norme, indispensable pour être un bon élève des agences de notation et des institutions financières internationales. Alors dans des pays ou l’État social n’a jamais été très développé, on entonne cette nouvelle chanson, et on coupe dans les dépenses sociales alors qu’elles sont minimales et que la croissance du pays permettrait une augmentation des dépenses publiques.

La crise grecque et/ou la crise de l’Euro est une mauvaise nouvelle pour les autres sujets de l ordre du jour du G20. Et parmi ceux ci : la volatilité des prix des produits agricoles et de l’énergie, le socle universel de protection sociale. Or tous ces points sont bien plus importants pour le « bottom billion », le milliard d’habitants le plus pauvre de la planète, que les déficits des États européens ou la santé des marchés financiers. Ce milliard de pauvres n’est pas vraiment affecté par la crise, ils ont toujours vécu dans la misère, pour eux c’est la crise depuis toujours. Ils souffrent bien plus des plans d’austérité mis en place par les États suite à la crise que de la crise elle-même.

Les thèmes développement et protection sociale du G20, les sujets qui tiennent à cœur au Secours Catholique ont été de fait relégués à l’arrière plan à cause de l’incendie financier qui fait rage. Raison de plus pour exiger plus de régulation financière. Raison de plus pour demander que le produit de la taxe sur les transactions financières à venir soit affectée au développement. Sur tous ces points, rien n’est gagné.

Antoine Sondag

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