Revenir à l’accueil de la rubrique

Pour une réforme du système financier et monétaire international

03/11/2011

Alors que s’ouvre ce 3 novembre le G20 à Cannes, le Conseil Pontifical Justice et Paix a publié un document de réflexion sur la crise actuelle financière et économique d’ampleur mondiale. Il propose une gouvernance mondiale.

© Sebastien LAPEYRERE / MAXPPP Ouverture du G20 à Cannes le 3 novembre. -  JPEG - 58.3 ko
© Sebastien LAPEYRERE / MAXPPP
Ouverture du G20 à Cannes le 3 novembre.

« Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle »

Document de douze pages publié le 24 octobre 2011 par le Conseil Pontifical Justice et Paix. (Pd : Cardinal Turkson, ghanéen). Disponible à http://www.pcgp.it/ (site de Justice et Paix).

Résumé

La crise économique et financière actuelle incite à s’interroger sur les principes et valeurs à la base de la vie sociale en commun. Discernement et solutions à mettre en œuvre. Le document est une contribution offerte aux responsables politiques, et à tous.

Le point 1 (développement économique et inégalités) évoque la crise économique et financière et ses causes. Erreurs des politiques, faiblesses structurelles des institutions, fléchissements éthiques… Le document insiste sur les inégalités qui vont croissantes, à l’intérieur des États et entre États, et portent ainsi atteinte à la durabilité du système économique et politique. Le document met en particulier en cause un libéralisme sans règles ni contrôles. L’utilitarisme et l’individualisme sont aussi critiqués comme idéologies qui refusent de se confronter à la réalité. Il y a un manque de régulation publique dans le monde actuel. La racine de la crise est cependant avant tout morale.

Le point 2 (le rôle de la technique et le défi éthique) met en garde contre une dérive technocratique qui estimerait qu’il existe des solutions purement techniques à la crise actuelle. La solution relève bien plus d’un sursaut éthique, la promotion d’une éthique de la solidarité qui vise le bien commun mondial.

Pour une Autorité publique mondiale

Le point 3 (le gouvernement de la mondialisation) en appelle à une maîtrise de la mondialisation par le développement d’une Autorité publique mondiale. La logique des marchés à l’œuvre dans le système économique et financier n’est pas refusée à condition que ces marchés soient libres, stables et au service de l’économie réelle.

Comme les questions qui se posent sont mondiales, et qu’aucune autorité nationale à elle seule ne peut mettre en œuvre de solutions à la mesure des problèmes, il faut s’orienter progressivement vers une autorité mondiale pouvant mettre en œuvre des solutions mondiales pour les problèmes mondiaux, en visant le bien commun universel : questions économiques mondiales, gestion des flux migratoires, sécurité alimentaire, stabilité et systèmes monétaires et financiers, sauvegarde de l’environnement, désarmement, contrôle des armements, promotion des droits fondamentaux de l’homme, etc. Dans tous ces domaines, il y a une interdépendance croissante entre États de la planète.

L’autorité publique mondiale doit servir le bien commun. Pour la mettre en place, c’est un processus complexe et délicat, à construire progressivement, de façon réaliste. Qui ne peut être imposée par la force. Cette mise en place d’une autorité mondiale doit respecter les principes de subsidiarité, de solidarité, de pluralisme (tenir compte des réalités culturelles diverses des diverses nations et cultures), de personnalisme (l’être humain doit être au centre dans la recherche de ce bien commun universel). Cette Autorité mondiale ne doit pas verser dans le paternalisme, la technocratie ou l’hégémonie. Elle peut être développée sous forme de régulation « horizontale » (plus de gouvernance, coordination) ou «  verticale » (un embryon de gouvernement mondial avec un pouvoir de contrainte).

Pour une banque centrale mondiale

Le point 4 aborde des questions spécifiques actuelles : « vers une réforme du système financier et monétaire international apte à satisfaire les exigences de tous les peuples ». Le document se prononce pour une banque centrale mondiale (en fait une réforme du FMI) où la voix d’un nombre plus grand de pays puisse se faire entendre ; un organe de régulation des flux monétaires ; pour une taxation des transactions financières (c’est aussi pour financer le développement) ; une recapitalisation des banques, y compris avec des fonds publics (pour accroître la stabilité) ; un contrôle plus grand des marchés financiers, surtout des « marchés de l’ombre »… Un appel est lancé aux universités pour former les classes dirigeantes de demain avec un sens plus grand d’une éthique de la solidarité. Appel à ceux qui éclairent l’opinion publique mondiale pour expliquer le monde nouveau dans l’espérance et la solidarité et non l’angoisse. Il faut avoir le courage d’aller vers un nouveau modèle de société internationale, passer de Babel à l’esprit de la Pentecôte…

Limites de ce document

Ce document n’est pas vraiment nouveau dans ses principes. L’appel à une autorité publique de compétence mondiale au service du bien commun universel se trouve déjà dans l’encyclique Pacem in Terris (1963) et d’autres documents. Doctrine classique de l’Enseignement Social de l’Église catholique. Soutien aux institutions globales (ONU, agences spécialisées, et même institutions de Bretton Woods si on les réforme), soutien aux institutions régionales, comme étape vers une autorité mondiale, avec mention explicite de l’Union Européenne et de la Banque Centrale Européenne. Se félicite de l’évolution du G7 vers le G20 mais accorde sa préférence pour le système universel de l’ONU. Rappel des principes de subsidiarité, solidarité, pluralisme et personnalisme à respecter dans la construction d’institutions internationales.

Éloigné des réalités

Il trouve ses limites dans le fait qu’aucun pays n’est cité parmi ceux qui auraient une responsabilité particulière ni dans l’origine de la crise actuelle ni dans la mise en œuvre de solutions à la hauteur des problèmes. Ni les USA, ni l’UE, ni la Chine (quand on parle de taux de change justes… on ne mentionne personne). Document un peu éloigné des réalités de ce monde. Entre les lignes, on peut lire qu’on s’adresse aux dirigeants du G20 à l’occasion de leur sommet de Cannes.

Il ne mentionne pas non plus le rôle et les responsabilités des multinationales (TNCs : TransNational Corporations), leur rôle dans la mondialisation, leur refus habituel de la régulation publique, leur rôle dans la gouvernance mondiale (une gouvernance mondiale privatisée ? le sujet n’est pas abordé). Leur rôle dans la survenue des problèmes et dans la mise en place de solutions.

Concernant l’éducation à la solidarité, pour la promotion d’une éthique de la solidarité indispensable dans l’actuel monde globalisé… rien de vraiment précis n’est avancé. On aurait pu parler de la société civile mondiale, des internationales de syndicats, des ONG qui jouent un rôle dans ce domaine… seulement une petite allusion aux universités (et seulement comme formatrices des futures élites).

Si l’élément déclencheur de ce document est la crise financière actuelle, à l’ordre du jour des agendas politiques actuels et du G20, d’autres événements auraient pu le provoquer : la crise chronique alimentaire, énergétique ou environnementale qui touche bien plus les habitants des pays à revenus faibles mais retient moins l’attention des riches et des émergeants du G20. Les plus pauvres sur la terre souffrent plus des plans d’austérité mis en place pour faire face à la crise financière que de la crise financière elle-même…

Antoine Sondag

Voir aussi

Sur les mêmes thèmes

Commentaires

Masquer les commentaires

Laisser un commentaire


Un modérateur est susceptible de ne pas publier toute contribution qui ne serait pas en relation avec le thème de l’article, la ligne éditoriale du site, ou qui serait contraire à la loi. Vous ne pouvez pas indiquer de lien vers des sites Web ni dépasser 800 caractères. Vous disposez d'un droit d'accès, de rectification et de suppression de vos contributions.
Une question ? Utilisez le formulaire de contact pour recevoir une réponse.

Qui êtes-vous ? (optionnel)
Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

  • * Champs obligatoires

haut

Communiqués de presse icone

Campagne internationale : une trentaine de partenaires du réseau mondial Caritas en visite en France pour témoigner de leurs actions

Du 30 mai au 15 juin 2012 se déroulera la campagne internationale du Secours Catholique-Caritas France. Une trentaine de partenaires du réseau (...)

Crise alimentaire au Sahel : le Secours Catholique-Caritas France lance un appel aux dons

Face à la crise alimentaire qui s’intensifie dangereusement dans la région du Sahel, le Secours Catholique-Caritas France se mobilise et lance un (...)

Fiscalité des entreprises du CAC 40 : au-delà des niches, s’intéresser aux secrets bien gardés de l’évasion fiscale

Parallèlement à la publication des résultats pour 2011 des entreprises du CAC 40 (74 milliards d’euros de bénéfices et des dividendes qui (...)
Tous les communiqués de presse

Agenda icone

Calendrier

« mai 2012 »
L M M J V S D
30 1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 1 2 3