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Sahel : les Caritas appellent à la mobilisation contre la crise humanitaire

27/04/2012

+ Cet article a été publié en avril 2012

Les Caritas de la région du Sahel sont fermement convaincues que l’on est au bord d’une grave urgence humanitaire qui exige une intervention coordonnée et robuste de la Confédération dans la région. Le Secours Catholique est déjà engagé auprès des Caritas sénégalaise, burkinabé, malienne et nigérienne.

Nick Harrop/CAFOD/CI

« Le Sahel est gravement menacé à nouveau ces derniers mois par une diminution notable des ressources alimentaires », déclarait le pape Benoît XVI en février dernier, ajoutant que « la crise alimentaire a été causée par un manque de pluie et de plus en plus par la désertification ». « J’exhorte la communauté internationale à se pencher sérieusement sur l’extrême pauvreté de ces gens dont les conditions de vie se détériorent », a-t-il conclu.

Le Sahel au bord d’une crise humanitaire

D’après les Caritas sahéliennes, 15 millions de personnes environ font face à un risque d’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Selon les prévisions, la crise sera plus accentuée entre mars et septembre 2012 au Burkina Faso, au Mali, en Gambie, en Mauritanie, au Niger, au Sénégal, au Tchad, au nord du Nigeria et au nord du Cameroun, en raison de faibles pluies, suivies de fortes sécheresses, occasionnant de mauvaises récoltes, d’une part, et l’augmentation des prix des denrées alimentaires dans la région, d’autre part.

Retour des réfugiés ou migrants

Il ne faut pas non plus oublier l’impact que les retours des migrants de Libye et de Côte d’Ivoire a eu sur les ménages, touchés par cette crise alimentaire. Ainsi, plusieurs millions de personnes souffrent déjà d’insécurité alimentaire, en grande partie à cause des effets de la crise alimentaire de 2010, qui a considérablement réduit leurs réserves alimentaires, sans oublier qu’un million d’enfants sont en danger de malnutrition sévère.

Vulnérabilité chronique

Les périodes de sécheresse et d’insécurité alimentaire fréquentes ou récurrentes, ainsi que la pauvreté, ont progressivement amoindri les moyens de subsistance et les mécanismes de survie de la population, la rendant de la sorte chroniquement vulnérable. Avec une telle vulnérabilité chronique dans la zone sahélienne, la population ne dispose que de très peu de ressources pour faire face à la crise actuelle.

Les États ont déclaré la situation de crise alimentaire

Les premières évaluations montrent que l’insécurité alimentaire est déjà critique au Burkina Faso (1,7 million de personnes touchées), au Tchad (1,6 million de personnes touchées), au Mali (3 millions de personnes touchées), en Mauritanie (700 000 personnes touchées, ou 25 % des foyers ruraux) et au Niger (5,5 millions de personnes touchées, 35 % de la population). Les gouvernements des cinq pays du Sahel les plus touchés ont déclaré être en état de crise alimentaire, et ils ont déjà fait appel à l’aide de la communauté internationale. En 2011, le Niger a été le premier à lancer un appel, suivi par la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso et le Tchad.

Conflit dans le nord du Mali

Qui plus est, cette année, la crise alimentaire et nutritionnelle est aggravée par les récents épisodes de violence au nord du Mali qui ont déplacé entre 107 000 et 200 000 personnes à l’intérieur du pays, et forcé 160 000 personnes à fuir en Mauritanie, au Burkina Faso, en Algérie et au Niger. La situation, dans ce pays, s’est davantage détériorée, après le récent coup d’État et la prise de contrôle de la partie nord du pays par les groupes rebelles touareg et islamistes. En effet, cette crise a mis encore plus à l’épreuve les ressources limitées avec lesquelles les communautés essaient de survivre et a augmenté l’insécurité dans certaines zones de la région, devenues inaccessibles aux acteurs humanitaires internationaux, notamment au Niger et au Mali.

Mobilisation du réseau des Caritas

Face à cette situation alarmante, Caritas Internationalis et les Caritas nationales, assistées de membres de la Confédération, se sont mobilisées pour essayer d’empêcher l’installation d’une catastrophe majeure, et se préparent, par des stratégies d’interventions appropriées, à répondre aux importants besoins d’urgence des populations les plus vulnérables. Les Caritas nationales et diocésaines, en collaboration avec les partenaires internationaux, se préparent et s’engagent donc à :
• Agir rapidement pour promouvoir la production agricole, protéger et améliorer les moyens de subsistance des populations, tout en empêchant le recours à des stratégies pouvant porter préjudice à ces moyens.
• Renforcer la résilience des communautés locales et réduire leur vulnérabilité aux futurs chocs climatiques tant à court terme (démarche orientée vers une réponse humanitaire) qu’à long terme (c’est-à-dire, démarche orientée vers le développement).
• Garantir la participation active et la prise de décision des populations locales dans l’élaboration et la gestion des programmes d’assistance.
• Adopter une approche en différentes étapes pour répondre à cette crise alimentaire afin de mitiger, dans un premier temps, l’impact de la crise, et d’intensifier la réponse, dans un deuxième temps.
• Respecter les principes humanitaires d’impartialité, d’indépendance et de neutralité pour assurer que les programmes soient réellement destinés au bénéfice des plus pauvres et vulnérables.

À cet effet,
Caritas Internationalis et les Caritas nationales, assistées d’autres membres de la Confédération présents dans la région,
demandent aux responsables de l’Église à tous les niveaux :
d’exhorter les gouvernements, les fidèles et les communautés à exprimer leur solidarité agissante avec les populations les plus vulnérables, en ayant un attention particulière pour les enfants malnutris.

À la communauté humanitaire et aux gouvernements concernés de :
• Mettre en place une réponse rapide et appropriée à la crise pour protéger les familles les plus vulnérables et leurs moyens de subsistance.
• Renforcer les moyens d’existence dans les zones marginalisées ou dégradées sur le plan agricole par une intensification, dans la durée, de la production agricole, en utilisant des techniques agro-écologiques, et dans les zones pastorales, par le soutien à l’élevage, à la santé animale, et la commercialisation du bétail.
• Développer et appliquer une stratégie régionale de réduction des risques de catastrophes (RRC) au Sahel, notamment en renforçant les capacités des gouvernements, des partenaires et des communautés locales en matière de gestion et d’adaptation aux changements climatiques.
• Soutenir de manière coordonnée les investissements multisectoriels pour parvenir à une réduction durable du niveau de malnutrition infantile. Il s’agit notamment de procéder à des changements dans la structure de l’aide au développement par la promotion d’un financement souple à long terme, et par l’intégration de politiques humanitaires aux politiques de développement, dans le but de favoriser une approche multidimensionnelle de la malnutrition.
• Renforcer les capacités de résilience des pasteurs, agropasteurs et agriculteurs et, plus généralement, les capacités des segments vulnérables de la population à répondre à d’autres crises et à les prévenir.
• Répondre aux défaillances du marché et à la volatilité des prix par l’adoption d’un cadre réglementaire, visant à développer un système régional de « stocks régulateurs » ou de « stocks de sécurité alimentaire ». La mise en place de ce système renforcerait les filets de sécurité alimentaire et l’aide alimentaire existants qui ne sont pas adaptés, face aux pics des prix alimentaires causés par la sécheresse ou les pratiques déplorables des marchés internationaux.
• Développer des politiques nationales, et mettre en œuvre des programmes de protection sociale qui répondent aux besoins des personnes et des familles les plus vulnérables.

Aux bailleurs de fonds et à la communauté internationale :
• De répondre plus rapidement aux appels d’urgence par des mécanismes de financement plus flexibles afin d’assurer l’acheminement plus rapide et plus souple des fonds nécessaires pour ne pas retarder le démarrage des opérations humanitaires.
• De s’engager à rétablir la paix et la sécurité au Mali, en mettant un terme, par le dialogue, aux affrontements entre les rebelles touareg et l’armée malienne, d’encourager au plus vite un retour à la normalité constitutionnelle après le récent coup d’État, et finalement de protéger les populations tout en leur assurant l’accès à une aide humanitaire appropriée.

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Commentaires

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  • Bonjour, j’ai lu avec grand intérêt votre article. Sensibilisée par ce que je connais du Niger et affectivement liée à la population pour participer à une assoc (scolarisation d’enfants de brousse), je suis habituée à faire des dons à ACF. J’aurais voulu savoir quels étaient vos liens sur le terrain, de façon à "choisir" l’organisme que je pourrais aider. Un don aux 2 est évidemment possible, mais les sommes sont moins importantes pour un salaire moyen. Par ailleurs, nous sommes en France à la veille d’élections présidentielles, est-ce qu’un candidat a évoqué les problèmes des pays du Sahel ? Problème récurrent que les pays riches ont complètement gommé de leur vision. Le Secours catholique ne peut-il pas, un peu , donner des informations à la TV, comme l’avait fait ACF il y a peu ? Cela remue tout de même les consciences. A part les mails, je ne vois pas d’informations sur la situation de detresse des êtres humains, femmes, enfants , hommes, nos frères qui sont à 5 heures d’avion de Roisy. Merci de me répondre, je ne polémique pas, je donnerai aux 2 organismes, de toute façon mais je suis malade de l’immobilisme alentour. On ne peut pas dire "à la Grâce de Dieu" quand les gens meurent sous nos yeux et que nos yeux sont fermés. Bonne journée, Catherine

    Répondre à ce message

    • Bonjour
      merci de votre offre généreuse. Le Secours Catholique soutient ses partenaires des pays du Sud, les Caritas implantées dans chaque pays donc, par des moyens financiers principalement, et parfois par un appui en ressources humaines. L’argent que nous débloquons pour le NIger, Burkina Faso, Mali, entre 200 000 et 300 000 euros pour chaque pays, sert à financer des programmes d’aide à la nutrition des enfants de moins de cinq ans. Il permet également de relancer la prochaine saison agricole et de faire fournir de l’argent en échange d’un travail pour permettre aux familles les pus en difficulté de passer la période de la soudure jusqu’à la prochaine récolte.
      Vous pourrez trouver davantage d’informations en lisant Messages, la revue adressée aux donateurs, qui devrait être mise en ligne sur notre site web dès le 2 mai, en cliquant dans la rubrique "nous connaître", puis nos publications.
      bonne journée.

      Répondre à ce message

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