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Syrie : le président de la Caritas à Paris

14/06/2012

+ Cet article a été publié en juin 2012

Mgr Antoine Audo, évêque des chrétiens chaldéens de Syrie et président de Caritas Syrie, nous a accordé une interview sur la situation dans son pays, à l’occasion de sa venue à Paris. Il célébrera le 17 juin la messe annuelle de l’Œuvre d’Orient, à Notre-Dame de Paris.

crédit : Matthieu Alexandre/SC Mgr Antoine Audo en octobre 2009 sur la terrasse de son église, toute proche d'une mosquée, dans cette ville d'Alep où chrétiens et musulmans se côtoient depuis des siècles. -  JPEG - 38.9 ko
crédit : Matthieu Alexandre/SC
Mgr Antoine Audo en octobre 2009 sur la terrasse de son église, toute proche d’une mosquée, dans cette ville d’Alep où chrétiens et musulmans se côtoient depuis des siècles.

Votre diocèse est-il touché par la guerre civile ?
Oui, sous la forme de la crise économique provoquée par les événements. Le coût de la vie a presque doublé, provoquant difficultés d’emploi, chômage, pauvreté. Caritas apporte son aide à la population pour les soins médicaux, l’achat de médicaments, les frais de scolarité, le soutien aux personnes âgées. Après l’explosion d’une voiture piégée dans un quartier chrétien, qui a fait deux morts, Caritas aide 50 familles à réparer leurs logements.

Bachar el-Assad a-t-il selon vous l’entier contrôle de son armée et de ses services secrets ?
Je ne peux pas le savoir mais il est censé l’avoir, juridiquement parlant. Les troupes, elles, sont certainement en rage face aux victimes qui tombent dans leurs rangs.

Les Églises chrétiennes ont-elles pris position sur les événements ?
Officiellement, les trois patriarches de Damas, catholique, syriaque et grec orthodoxe, appellent au dialogue, à la cessation de la violence, à la réforme de l’État pour la liberté, la démocratie, des élections… Individuellement, certains défendent farouchement le régime, poussés par la peur de l’inconnu, des fondamentalismes religieux, qui peuvent surgir comme en Libye, Tunisie ou en Égypte.

Et les musulmans ?
Le problème de fond provient des ingérences extérieures qui exploitent le conflit confessionnel entre la majorité sunnite, qui veut prendre le pouvoir, et la minorité alaouite, qui le tient. C’est le cœur de la difficulté. Mais bien entendu, les musulmans appellent aussi à la paix.

Quel est le nombre de déplacés à l’intérieur du pays ?
Le phénomène concerne principalement Homs. Sur 1 100 000 habitants, il n’en reste plus que 300 000 après les bombardements et les combats, ce qui signifie que 800 000 habitants ont quitté la ville, dont 90 000 chrétiens. La plupart sont partis dans des villages proches où la solidarité familiale est forte, notamment dans la « Vallée des chrétiens ». Beaucoup d’autres se sont réfugiés à Damas, Alep ou au Liban.

Caritas parvient-elle à aider la population, les enfants, victimes des violences ?
Bien sûr, après avoir surtout soutenu les réfugiés irakiens, qui étaient un million et demi il y a neuf ans et qui ne sont plus aujourd’hui que 200 000, nous aidons principalement des Syriens. Les enfants sont pour nous une priorité. Depuis que le coût de la vie a explosé, nous soutenons les familles pour le paiement de leurs frais de scolarité, leur santé, leur alimentation. Un programme est en cours à Alep, en faveur de 400 familles.

Quelle est la situation des Irakiens réfugiés depuis plusieurs années en Syrie ?
Comme je vous le disais, leur nombre s’est fortement réduit. À Alep, par exemple, le programme de soutien de Caritas concerne une centaine de familles, après un millier de bénéficiaires. Beaucoup de réfugiés irakiens sont partis au Canada, aux États-Unis, en Australie, très peu en France, à cause des restrictions à l’immigration. Une minorité est repartie au nord de l’Irak.

La population a-t-elle besoin d’aide humanitaire extérieure ?
Oui, les médicaments et les loyers deviennent très chers. Des maisons bombardées ont besoin d’être réparées. Caritas oriente ses efforts vers ces trois priorités : santé, loyers, scolarité. Pour cela, nous recevons l’appui financier des Caritas européennes et de la Caritas américaine, CRS (Catholic Relief Services).

Des faits d’enlèvements, de torture (y compris sur des enfants), d’exécutions sommaires (jusque dans les hôpitaux), sont rapportés. Qui en est responsable selon vous ?
Je suis réservé. Il faudrait savoir d’où viennent ces témoignages [Homs et Idleb, NDLR]. En situation de crise, il y a un risque pour la vérité et la transparence.

Quelle solution mettrait fin à la guerre civile ?
Il faut prendre le chemin du dialogue, oser nommer le conflit confessionnel que j’ai évoqué au début de cet entretien, le surmonter pacifiquement et ne pas en faire une cause de guerre civile. Il y a aussi un besoin de réformes politiques, de formation de partis, de liberté de la presse. Il faut dépasser cinquante ans de régime militaire. Ça prendra du temps.

Quelle va être la situation des chrétiens après la fin de cette guerre ? Après l’éventuel départ de Bachar el-Assad ?
Les chrétiens ont peur de cette inconnue. Quand ils regardent ce qui se passe en Irak, Égypte, Tunisie, Libye, ils préfèrent grosso modo garder Assad. Dans l’hypothèse d’un départ consenti, négocié, avec l’arrivée de modérés au pouvoir, ceux-ci donnant des garanties de sécurité aux chrétiens, alors le maintien de cette minorité d’environ un million d’habitants, sur un total de 23 millions, est possible. Mais si les extrémismes religieux prennent le dessus, alors seule une petite minorité survivra, comme à travers les péripéties des siècles.

Et quelle serait la situation des alaouites ?
Tout ce que je souhaite, c’est que l’éventuelle transition politique se déroule dans la paix, sans massacres. Je ne sais pas ce qui adviendra, mais je ne veux pas imaginer une guerre civile qui s’étendrait entre sunnites et alaouites.

Propos recueillis par François Tcherkessoff

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