
- © Francis Apesteguy/Patricia Valicenti /Maxppp
- Seule la Banque postale soutient l’initiative.
Cinq à six millions de Français ont un accès limité aux banques. Ils ont certes un compte bancaire, mais n’ont pas forcément accès au crédit et sont exposés à des frais exorbitants, du fait de leur fragilité.
Les trois présidents François Soulage (Secours Catholique), Jean-François Mattei (Croix-Rouge) et Patrick Kanner (Unccas) proposent aux banques, dans un document « Manifeste », d’aller plus loin que la simple ouverture de compte dans la relation avec leur clientèle modeste.
Exclusion bancaire et exclusion sociale
« L’exclusion bancaire provoque et aggrave la spirale de l’exclusion sociale », a souligné Jean-François Mattei. Car si la législation a instauré le droit à un compte bancaire en 1984, les 99 % de détenteurs en France ne sont pas tous égaux devant son utilisation. « Pour certaines catégories de personnes, il existe un véritable “illettrisme” de l’argent », a ajouté le professeur.
Violence des recouvrements
Les personnes les plus fragiles sont celles qui sont exposées « à la violence des mécaniques de recouvrement qui les mettent dans l’incapacité de rembourser », insiste le président du Conseil économique, Jean-Paul Delevoye.
Renoncements
Les frais bancaires prélevés par exemple dès quelques euros de découvert « enfoncent les personnes dans l’exclusion », constate à son tour le président de la Croix-Rouge. Conséquence, le renoncement à des achats indispensables, à des soins ou à des formations, eux aussi nécessaires.
Certification sociale des banques
Face à cela, le projet d’inclusion bancaire développé par François Soulage mise sur les efforts qui seraient consentis par les banques dans leur relation avec leur clientèle fragile.
Ces efforts seraient reconnus à travers la certification des banques par un organisme indépendant. « Une certification extérieure plus solide que les rapports de responsabilité sociale des banques, un outil non discutable », estime François Soulage.
Une certification qui rendrait public le degré d’implication sociale concrète de la banque sur la base de critères tels que le niveau de frais en cas d’incident, l’intervention précoce en cas de difficulté sur un compte, la formation spécifique des personnels des guichets, voire la présence de conseillers en économie sociale et familiale.
Triple « E »
Les promoteurs du projet voient dans ce dispositif une puissante incitation pour les banques à améliorer leurs pratiques sociales. Le président de l’Unccas, également à la tête du Crédit municipal de Lille, se prend à rêver d’une « certification triple E » », E comme éthique.
Basé sur le volontariat, le Manifeste pour l’inclusion bancaire requiert l’adhésion des grands réseaux bancaires. La Fédération bancaire française, qui les regroupe, ne partage pas tous les éléments du projet, mais se dit prête à en discuter. Seule la Banque postale a jusqu’à présent donné son approbation.
Intérêt des banques
Selon les promoteurs de ce Manifeste, il en va pourtant de l’intérêt des banques, qui voient leur clientèle solvable se fragiliser de plus en plus, en même temps qu’elles ont besoin de nouveaux clients au moment où la crise financière les contraint à relancer leur activité de banque de détail.
François Tcherkessoff



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