Vingt à trente personnes se pressent, dès l’ouverture, tous les mardis après-midi et jeudis matin à la permanence du centre d’accueil des demandeurs d’asile du Secours Catholique d’Annecy. «Même si je n’ai pas de démarche nouvelle à faire, je viens au moins une fois par semaine pour discuter, revoir tout le monde. Nous sommes devenus des amis. » Emrallahu, jeune Kosovar albanais de 24 ans, attablé avec cinq autres jeunes gens de son âge, raconte l’histoire de sa famille. En 1999, alors qu’il se trouvait en Macédoine pour fuir les bombardements, son père avait été évacué sur Paris pour un double pontage cardiaque par la Croix-Rouge. Sa mère et lui l’avaient accompagné pendant les trois mois de soins. Mais à leur retour, les difficultés de la situation d’après-guerre au Kosovo ont fini par avoir raison de la santé de sa mère, devenue elle aussi cardiaque. Ses parents ont donc décidé de demander l’asile médical à la France. Emrallahu les a suivis, demandant l’asile au titre de réfugié. Ils sont en attente de statut. Sanin, Bosniaque de 21 ans, a suivi ses parents en octobre 2004 venus rejoindre leur fils aîné arrivé en France en février 2004 et régularisé en août suivant. Cependant, entre-temps, la Bosnie a été classée “pays sûr” en raison de la fin de la guerre ouverte. Leurs demandes d’asile piétinent depuis. Eux aussi sont en attente de statut. « Une communauté appelle la même communauté », atteste un bénévole. Cependant, malgré une majorité de demandeurs d’asile en provenance des pays de l’Est, d’autres origines se retrouvent dans la grande salle d’accueil où les attendent cafés, jus d’orange, gâteaux secs. Un espace derrière des parois à claire-voie est aménagé avec toutes sortes de jeux pour accueillir les enfants, les distraire et les faire patienter, le temps pour leurs parents de rencontrer leur bénévole référent ou d’assister aux cours de français dispensés par niveaux dans une grande salle attenante partagée en différents modules. En dehors de ces plages horaires, une équipe de 15 bénévoles assure également des rendez-vous ponctuels avec les accueillis pour les aider à entreprendre leurs démarches administratives. Constituée en 2002 pour faire face à l’arrivée importante de réfugiés originaires de Bosnie, une moyenne de 800 par an, cette équipe de bénévoles s’est enrichie de personnalités aux parcours différents et complémentaires. L’accueil d’Annecy accompagne les personnes qui se présentent dès leur arrivée. Ils leur permettent de réunir les conditions réglementaires d’une admission au séjour, de remplir leur demande d’admission provisoire au séjour à la préfecture puis de saisir l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) d’une demande d’asile.
> Une approche globale De fait, l’accueil d’Annecy accompagne les réfugiés dès le début de leurs démarches administratives, jusqu’à leur insertion par l’obtention d’un travail et d’un logement une fois leur statut confirmé, dans le meilleur des cas. Une approche globale qui induit une bonne connaissance de toutes les étapes du parcours, une maîtrise des meilleures méthodes pour franchir les obstacles ou emprunter les méandres de l’administration difficiles à appréhender pour tout étranger ne parlant pas encore suffisamment le français. Formés par l’association Forum Réfugiés à Lyon sur les problématiques liées à l’asile (accompagnement juridique, sanitaire, social et socio-professionnel), les bénévoles demeurent en lien étroit avec les juristes de cette association quand cela est nécessaire afin de saisir les subtilités des formulations des questionnaires, respecter les délais, encourager, rassurer, écouter les demandeurs d’asile. Les bonnes relations établies avec la préfecture sont essentielles pour débloquer des situations ou comprendre des décisions. De même, les liens avec les entreprises de Haute-Savoie sont précieux. L’économie de cette région étant tournée largement vers le tourisme, les secteurs de la construction et de l’hôtellerie ne trouvent pas la main-d’œuvre dont ils ont besoin. Le Groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification du Bâtiment et travaux publics (GEIQ BTP) du pays de Savoie et le Secours Catholique ont noué un partenariat informel fondé sur le respect des contraintes de chacun. Cette opportunité permet de trouver un emploi aux demandeurs d’asile qui ont obtenu leur statut, ou aux déboutés par la commission des recours qui peuvent prétendre à un réexamen de leur dossier grâce à leur contrat de travail. À la condition de retourner dans leur pays d’origine, de demander un visa auprès de l’ambassade de France et de faire valoir une promesse d’embauche. Par Emmanuelle Dethomas
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