La conférence épiscopale colombienne est devenue le centre d’attention des médias colombiens depuis que Alvaro Uribe, répondant à une demande personnelle de Nicolas Sarkozy, a ordonné la libération inconditionnelle de ce responsable des FARC, présenté comme le ministre des Affaires étrangères de la guérilla. Rodrigo Granda semble un peu perdu dans les couloirs de la conférence épiscopale. Entre une visite de ses avocats et de responsables politiques, il grille cigarette sur cigarette dans une cour à l’abri des regards. L’effervescence extérieure qui se manifeste par une présence militaire accrue et les cameras qui campent devant la porte d’entrée ne modifie pas les habitudes du personnel de la conférence. Rodrigo Granda se refuse toujours à tout commentaire médiatique en dehors du communiqué de presse du 5 juin dans lequel il remerciait “Nicolas Sarkozy pour son intervention en faveur de sa libération” et réaffirmait qu’il serait “toujours un infatigable artisan de la paix avec la justice sociale et en faveur de l’échange humanitaire sur la base de l’égalité entre les parties” mais que son rôle, aussi modeste soit-il, doit être défini par le secrétariat des FARC”. Discipline oblige. Dans ce contexte, l’intervention et l’aide de l’Eglise colombienne doit se lire comme un pari risqué. En effet, une large majorité des Colombiens rejettent les libérations d’ex-guérilleros et en particulier celle de Granda. Le père Dario Echeverri, secrétaire général de la Commission de conciliation nationale, admet que la position n’est pas facile. Mais “pour l’Eglise, explique-t-il, l’option humanitaire reste prioritaire. Recevoir ici Rodrigo Granda est un geste prophétique avec tous les risques que cela comporte. Mais nous espérons qu’il produira des résultats et qu’il permettra au pays d’avancer vers la paix.” Cet investissement pour la paix n’est pas nouveau de la part de l’Eglise colombienne. Elle a bien souvent joué un rôle de facilitateur du dialogue entre le gouvernement et les différents acteurs du conflits armé. La Commission de conciliation nationale par exemple est née il y a une dizaine d’années alors que le pouvoir en place avait renoncé au dialogue et ne proposait que la solution armée pour sortir du conflit. L’Eglise colombienne a créé cette commission, composée de 16 représentants de la société civile venus d’horizons politiques différents. L’objectif premier de la commission est de trouver une solution politique négociée en essayant de rapprocher les parties en conflit. Un chemin difficile sur lequel “on avance pas à pas” explique le père Dario. Mais insiste-t-il, “en Colombie, la paix se fera avec tous, ou bien elle ne se fera pas”. D’ou ce parti pris, parfois controversé, “de discuter aussi bien avec les guérilleros les plus terribles qu’avec les paramilitaires les plus infâmes”. Petit à petit, la commission de conciliation nationale a ainsi gagné la confiance de tous les acteurs du conflit et a permis souvent de renouer le dialogue. En accueillant le commandant de l’ELN, Francisco Galan, dans les locaux de Bogota de la conférence épiscopale ou aujourd’hui en recevant Rodrigo Granda. Pour Dario Echeverri , “l’engagement de l’Eglise pour la paix est un engagement avec le pays tout entier”.
Par notre envoyé spécial en Colombie, Stephane Fernandez |