Fondateur de la Fédération nationale des habitants des bidonvilles (National slum dwellers federation, NSDF), Jockin Arputham est l’un des acteurs clé de la lutte contre le projet de développement de Mukesh Mehta. Il explique les raisons de son désaccord. Que contestez-vous dans les propositions de Mukesh Mehta ? Tout d’abord, je ne comprends pas comment un homme comme Mukesh Mehta, qui ne comprend pas Dharavi et qui n’y a jamais vécu, peut mener un tel projet. Il a conçu un produit sans penser à l’histoire de ce bidonville qui est vieille de plus de 70 ans. Son enquête est trop largement insuffisante, elle n’a duré que 100 jours alors qu’il faut aller à la rencontre de 87 000 familles. Deuxièmement, les habitants de Dharavi seront relogés dans des appartements minuscules qui ne leur donneront aucune intimité ni vie privée. Il n’y a pas de transparence dans ce projet. Les habitants n’ont pas été consultés alors que Dharavi a sa propre économie et que ce redéveloppement risque de laisser des milliers de personnes sans emploi. 60 % des résidents sont des travailleurs indépendants qui ont leur propre commerce. Les propositions de l’état doivent donc tenir compte de cet aspect du bidonville et doivent être considérées du point de vue des habitants.
Quelle a été la réaction du gouvernement à la suite de la manifestation du 18 juin 2007 ? Aujourd’hui, le gouvernement s’est radouci. Il a prévu l’ouverture de comités auxquels pourront participer les résidents. L’un avec des intellectuels et le deuxième avec le comité Dharavi Bachao Andolan (sauver le développement de Dharavi). Une nouvelle enquête a été diligentée par le gouvernement pour remplacer celle qui a été réalisée trop rapidement. Peut-être que cette enquête permettra à d’autres personnes que ceux qui sont arrivés à Dharavi avant 1995 d’avoir un logement sur place.
Comment les habitants vont-ils prouver qu’ils résident à Dharavi depuis au moins le 31 décembre 1994 ? Ils possèdent une carte de ration qui leur permet d’acheter des provisions : ce sera une preuve. Ils pourront également présenter leur carte de vote mais souvent la date est faussée sur ce document car c’est celle de l’obtention de la carte et non de l’entrée à Dharavi. Mais il faut savoir qu’après la manifestation du 18 juin, la décision de changer la date limite a été prise. Je pense qu’à terme nous arriverons à la date limite de 2007.
Pensez-vous que les habitants de Dharavi sont prêts à vivre dans des immeubles ? Je pense qu’ils sont prêts pour le développement de Dharavi mais vont-ils savoir gérer ce qu’on leur donne ? Prenez un exemple. Un homme rêve d’avoir deux femmes mais saura-t-il les gérer ? Il ne faut pas trop gâter les habitants avec des logements suréquipés car nous ne sommes pas sûrs qu’ils sauront les entretenir. Propos recueillis par Clémence Richard |