Au sein du plus grand taudis d’Asie, Dharavi, on trouve toutes sortes d’entreprises. Celle de Mohamad Mustaqueem fait partie des manufactures textiles les plus importantes du bidonville et risque de se voir confisquer ses locaux. Têtes baissées, le regard rivé sur l’aiguille et le fil, des dizaines d’hommes et de femmes travaillent à la confection d’habits dans une immense pièce blanche de Dharavi. Avec bonhomie, le propriétaire, Mohamad Mustaqueem, fait visiter son entreprise. Plus de 500 m² remplis de machines à coudre, de tables à repasser, d’espaces de nettoyage, de vérification et de découpage du tissu. « En 1974, j’étais tailleur et je n’avais que deux machines à coudre. Je savais que si je travaillais dur j’obtiendrais des résultats et le succès. Aujourd’hui, j’en possède plus de 500 et j’emploie plus de 800 personnes », raconte-t-il. Alors que sa manufacture exporte des produits au plus important distributeur américain, Wal Mart, et travaille avec les plus grands noms de l’industrie textile mondiale, la petite manufacture se voit menacée par le redéveloppement de Dharavi. Vaguement informé du projet de Mukesh Mehta, Mohamad Mustaqueem confie qu’il ne souhaite pas céder ses locaux : « Pourquoi devrais-je payer pour garder mon propre terrain ? s’exclame-t-il. Je suis favorable au développement de Dharavi mais avant de se lancer dans un tel projet, il faut interroger la population, les industries, les fournisseurs… » Si, au moment de la reconstruction, il ne peut pas racheter le restant de sa superficie actuelle en plus des 21 m² qui lui seront offerts, son entreprise devra être délocalisée dans les alentours de Mumbaï. Risque qui lui fera perdre une partie importante de ses fournisseurs et donc chuter son chiffre d’affaires annuel qui était de 1,7 millions d’euros en 2007. Clémence Richard |