La Journée mondiale des enfants soldats, le 12 février, vient rappeler le sort des enfants recrutés et utilisés par des forces armées à travers le monde. La communauté internationale n'a de cesse de faire pression sur les gouvernements et les factions rebelles dans les pays en conflit pour qu'ils libèrent les garçons et les filles de moins de 18 ans enrôlés, de gré ou de force, dans leurs rangs. L'utilisation d'enfants dans les conflits ne date pas d'aujourd'hui. Mais après la fin des luttes idéologiques des années 80, l’emploi d'enfants soldats comme combattants, tâcherons, bombes vivantes, démineurs ou esclaves sexuels s’est répandu en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique latine par des seigneurs de guerre mus par la soif de pouvoir et n’hésitant pas à exercer brutalement leur autorité sur des populations pour mieux les piller. Coûtant moins cher qu'un adulte, n'ayant ni charge de famille ni bien, un enfant obéit toujours aux ordres donnés. S’adaptant vite à son groupe armé en qui il place sa confiance, il est plus facile à manipuler et à asservir. Devenus des chefs impitoyables, ils tuent sans état d’âme. « Je n’oublierai jamais ces enfants de 12-13 ans qui avaient droit de vie ou de mort sur nous », témoigne de nos jours une rescapée des Khmers rouges. Ishmael Beah, enrôlé à l’âge de 12 ans dans les rangs des forces armées de la Sierra Leone, confirme dans ses Mémoires d’un enfant soldat* : « On ne naît pas violent, on le devient. C’est si facile pour un enfant de devenir soldat, si difficile ensuite de lui faire récupérer l’humanité qu’il a perdue. » Les enfants apparaissent tout à la fois bourreaux et victimes. Grisés par le pouvoir que leur apportent leurs armes et par la peur qu'ils provoquent, ils sont néanmoins victimes de blessures graves et de mort dans la violence des luttes armées. Pour supporter la malnutrition, les infections et les abus sexuels qu'ils subissent, les enfants recourent à la drogue et en deviennent accros. Souvent enrôlés très jeunes, ils n’ont guère fréquenté l’école, la plupart d'entre eux sont illettrés. Défi mondial. Libérer ces enfants et leur offrir un avenir est devenu un défi que la communauté internationale tente de relever depuis la Convention relative aux droits de l’enfant adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1989, qui interdit l’enrôlement des enfants de moins de 15 ans. L’âge a été relevé à 18 ans en 2002. Depuis 1999, six résolutions ont été adoptées par le Conseil de sécurité de l’ONU, condamnant le recrutement et l’utilisation des enfants soldats, et enjoignant aux parties en conflit de démobiliser les enfants pour leur permettre d’intégrer les programmes de démobilisation, de désarmement et de réintégration (DDR) mis en place par l’Unicef. Au nom des menaces de sanctions, la diaspora tamoule tente de persuader les rebelles du LTTE et du mouvement dissident du colonel Karuna d’abandonner les enrôlements forcés largement pratiqués. La signature le 9 mai 2007 d’un accord pour procéder à la démobilisation des enfants soldats dans l’ensemble du Tchad, estimés entre 7 et 10 000, a concrétisé les engagements pris par ce pays lors de la conférence "Libérons les enfants de la guerre" tenue en février 2007. Cette conférence, à laquelle ont participé 60 pays, a débouché sur les "Principes de Paris", un accord multilatéral destiné à mettre un terme dans le monde entier au recrutement des enfants par des forces ou des groupes armés. Après la démobilisation, le temps de la réhabilitation peut prendre des mois, « mais c’est possible, témoigne Ishmael Beah, les enfants ont la capacité à survivre aux souffrances, pour peu qu’on leur en donne la possibilité».
* Le chemin parcouru, mémoires d’un enfant soldat, Presses de la Cité (janvier 2008), 18,70 euros
Emmanuelle Dethomas
Repères : Nombre d’enfants soldats : 250 000, dont plus du tiers en Afrique Nombre d’enfants victimes des mines anti personnel : 10 000 par an Nombre d’enfants réfugiés ou déplacés dans le monde : 23 millions 12 pays sont inscrits sur la liste noire des pays en conflit utilisant massivement des enfants soldats
Sources : Service d’information des Nations unies. |