La proclamation probable de son indépendance par les autorités du Kosovo ce week-end (16-18 février 2008) attire à nouveau notre attention sur les pays des Balkans occidentaux qui, pour le malheur de ses peuples, avaient dramatiquement occupé l’actualité durant la dernière décennie du siècle passé. De 1991 à 1999, guerres et recomposition avaient accompagné durant 9 ans l’éclatement de l’espace ex-yougoslave. De 1999 à nos jours : 9 ans de stabilisation, ce n’était pas la paix, mais ce n’est pas non plus la guerre ouverte.
Indépendance du Kosovo : occasion de prendre du recul, de mesurer le chemin parcouru et de regarder avec un optimisme raisonné l’avenir.
Un chemin considérable a été parcouru depuis 1991 par des pays devenus indépendants et dont la vocation européenne n’est plus aujourd’hui un sujet de débat ou de contestation au sein de l’Union Européenne. La comparaison avec la situation qui prévalait encore en 1999, à l’issue de la guerre du Kosovo, illustre les changements positifs intervenus dans tous les domaines. A l’heure actuelle, la Croatie et la Macédoine ont accédé au statut de candidat à l’entrée dans l’Union européenne et entamé leurs négociations d’adhésion, Bosnie-Herzégovine, Monténégro et Albanie en sont à l’étape préliminaire de l’Accord de Stabilisation et d’Association. La Serbie, la plus peuplée et qui occupe une position-clé au centre de la péninsule, a atteint ce stade mais devra au préalable prouver sa détermination à coopérer pleinement avec le Tribunal pénal international. Quant au Kosovo, il n’est pas question de le laisser de côté et l’Union Européenne se prépare à assumer les responsabilités confiées jusqu’alors aux Nations-Unies en envoyant une mission pour accompagner les premiers pas du nouvel Etat indépendant.
L’aide de préadhésion de la Commission européenne qui s’ajoute à celle que dispensent par ailleurs les grandes organisations internationales et de nombreuses ONG atteindra 3,5 milliards d’euros sur la période 2008-2011. C’est un effort spectaculaire qui a été consenti et continuera à l’être pour permettre aux Balkans de l’Ouest de rejoindre le reste de l’Union Européenne.
Dans le même temps, les pays de la région ont accompli un travail d’adaptation et de réformes de leurs structures impressionnant : lutte contre le crime organisé, la corruption et le blanchiment d’argent, reconversion des industries et personnels militaires, formation des fonctionnaires de police et de justice, privatisation d’un secteur public hypertrophié et obsolète, promotion de l’investissement étranger, introduction des mécanismes de l’économie de marché…
Pourtant, les résultats sont encore fragiles. Les Balkans occidentaux ne sont pas à l’abri de tout retour en arrière et de tout risque de déstabilisation. Sur le plan politique, la coexistence des trois communautés qui constituent la Bosnie-Herzégovine ne va pas sans heurts et compromet souvent la poursuite des réformes. La Macédoine connaît des problèmes similaires avec sa minorité albanaise. La Serbie ne s’est pas encore libérée d’un nationalisme parfois schizophrénique qui handicape ses relations avec Bruxelles. Enfin, au Kosovo, une indépendance mal gérée peut replonger la région tout entière dans un véritable chaos.
L’image négative qu’offrent traditionnellement ces pays, n’a pas disparu et est certainement pour beaucoup dans le peu d’empressement des investisseurs et hommes d’affaires à s’implanter dans la zone.
Il faut enfin avoir à l’esprit que les retombées positives de la future intégration européenne de la région seront inévitablement précédées, dans un premier temps, de sacrifices et d’adaptations douloureuses dont les victimes seront d’abord les catégories de la population les plus vulnérables. La marche à un rythme élevé vers l’économie de marché laisse de côté les plus faibles. Elle aggrave des situations de précarité qui touchent des minorités souvent mal intégrées et victimes des discriminations du régime précédent.
Les organisations internationales comme les gouvernements locaux sont conscients de n’être pas en mesure de répondre totalement aux besoins des personnes en situation de vulnérabilité ou d’injustice. Avec d’autres ONG internationales et associations locales, le Secours catholique continuera d’être présent et d’apporter sa contribution au redressement de la région et à sa marche vers une société pluriethnique respectant les valeurs de tolérance et de respect de l’autre.
Ce serait une grave erreur de conclure hâtivement, au vu de progrès réels mais encore fragiles, que ces pays balkaniques sont tirés d’affaire et peuvent désormais suivre tranquillement le sort des voisins hongrois, slovènes ou bulgares.
La direction générale prise par l’Union est claire : l’intégration à terme de ces sept entités des Balkans occidentaux comme membres de l’Union. Les orientations officielles sont claires, les milieux politiques sont conscients de ce futur et le préparent. Il n’est pas sûr que l’opinion publique en France soit très convaincue de cela. La « fatigue de l’élargissement » ne doit pas occulter notre devoir de solidarité.
Antoine Sondag |