Dans le Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, la sécurité alimentaire doit trouver toute sa place dans les programmes d’urgence. Depuis l’âge de 10 ans, je n’ai jamais vécu plus de deux ans consécutifs à Butaro, dans le groupement de Busanza d’où je viens. Il faut toujours partir, fuir la guerre, les groupes armés, l’insécurité. Je suis déplacé dans le camp de Kassasa, sans toit ni terre », déplore Chiza, un jeune agriculteur de 27 ans. La situation de la sécurité alimentaire dans le Nord-Kivu, pour 1,2 million de personnes qui vivent comme Chiza, est extrêmement difficile. Exactions et pillages provoquent des mouvements massifs de populations qui, abandonnant leurs champs, engendrent une chute des productions agricoles et des revenus. L’insécurité alimentaire se généralise, empêche tout retour dans les zones d’origine, accroît la dépendance à l’aide humanitaire. De surcroît, l’afflux de déplacés dans les zones urbaines crée des tensions avec la population d’accueil. Dans un contexte aussi instable, des actions à long terme et une politique agricole ambitieuse s’avèrent difficiles à développer. Aussi l’intervention en matière de sécurité alimentaire doit-elle fournir en urgence nourriture et revenus. Pour y parvenir, de petites surfaces agricoles mobilisant peu de main-d’œuvre et requérant peu de technicité, tout en ayant un accès facile au marché demeurent les critères essentiels auxquels seules répondent les cultures maraîchères.
Appui technique.
Jusqu’en 1965, la RDC réalisait 60 % de ses recettes en devises grâce aux exportations de produits agricoles et forestiers. Le reste était couvert par les recettes d’exportation des productions minières. Le potentiel agricole national est important, avec une étendue de terres arables énorme dont une infime portion est cultivée. Aujourd’hui, au Nord-Kivu, les paysans ne récoltent que 350 kilos de riz à l’hectare emblavé, alors que l’on peut atteindre des rendements de 3 500 kilos avec des semences améliorées. Les très nombreuses saisons agricoles manquées ont empêché tout renouvellement des stocks de semences. Bénéficiaire du programme mis en œuvre par Caritas, Chiza a récolté des aubergines dont il a pu vendre une partie. Et il se prend à rêver. « J’attends maintenant tout, la nourriture, la sécurité pour aller enfin vivre sur ma colline. Là, je pourrai cultiver sur les terres de mes parents. » Caritas poursuit la seconde phase d’un programme cofinancé par Echo (Office d’aide humanitaire de la Commission européenne) et le Secours Catholique pour consolider les acquis de l’action d’urgence et atteindre à moyen terme l’amélioration des revenus des ménages. La première phase, d’un montant de 230 000 euros, a duré trois mois, de décembre 2007 à février 2008. La seconde, de 376 000 euros, a commencé en mai 2008 et se terminera en mars 2009, soit une durée de dix mois. Distribution de kits agricoles, extension de la fabrication de compost et de bio-pesticides, formation auprès des ménages déplacés et d’accueil, consolidation des productions maraîchères par un appui technique, augmentation de la proportion de femmes bénéficiaires d’aide, création de comités de maraîchers sont autant d’objectifs poursuivis et lissés avec la première phase du programme. Le nombre de ménages bénéficiaires directs, déplacés et d’accueil, s’élève à 11 220 (7 214 déplacés, 4 006 d’accueil), soit 67 320 personnes.
Emmanuelle Dethomas |