D’intenses bombardements et tirs d’obus ont fait fuir la population civile et détruit nombre d’infrastructures lors de la bataille pour reprendre la province du Vanni des mains des Tigres de libération du royaume tamoul (LTTE) au nord-est du Sri Lanka.
Exposées à l’intensité des combats, 300 000 personnes qui les ont fuis, se retrouvent piégées et souffrent d’un manque d’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins. Les locaux de la Caritas diocésaine de Kilinocchi, capitale du Vanni ont été détruits, privant les équipes de base logistique. « La situation humanitaire est catastrophique. D’un côté, les gens refusent d’intégrer les camps organisés par le gouvernement parce que, considérés comme des terroristes tamouls, ils y sont parqués et n’ont pas le droit d’en sortir. Mais s’ils vont se ravitailler aux points de distribution que nous organisons, les jeunes risquent d’être enrôlés de force dans les rangs du LTTE. La population est prise au piège », témoigne Valentina Ferraboschi, chargée de programme à Caritas. À Vavunya, au sud de Kilinocchi, les équipes Caritas peuvent encore, malgré les combats, acheter sur place de la nourriture et en faire la distribution. Mais en l’absence de corridor humanitaire, l’accès aux victimes est très difficile.
Droit humanitaire bafoué. L'Église déplore également que la population soit prise en étau entre les forces gouvernementales et les Tigres du LTTE et qu'elle soit ainsi utilisée comme bouclier humain, contre toute règle humanitaire. Les gens ne savent plus où fuir pour se mettre à l'abri puisque même la zone de sécurité mise en place par le gouvernement n’en est plus une. Les bombardements se poursuivent tous les jours. Ainsi, le 18 février, 10 morts et 280 blessés, dont 80 enfants, ont été dénombrés uniquement dans cette zone. Vingt religieuses et 15 prêtres poursuivent leur action de secours dans des conditions extrêmement précaires.
Evacuation des blessés. L’hôpital du CICR (Comité international de la Croix Rouge) de Puthukkudiyiruppu, a été touché à plusieurs reprises par des tirs d’obus qui ont tué 16 patients le 4 février. Se trouvant dans l’incapacité de soigner les blessés, le CICR a demandé aux deux parties au conflit de pouvoir les évacuer en vertu du droit international humanitaire qui stipule l’obligation d’épargner en tout temps les blessés et les malades ainsi que le personnel et les établissements médicaux. Le CICR a obtenu d’évacuer par la mer plus de 240 blessés et malades. Le 10 février, ils ont été embarqués par des pêcheurs qui eux-mêmes, les ont remis à bord du ferry arborant le pavillon du CICR. Le ferry a mis le cap sur Trincomalee (sur la côte est de l'île). Des soins leur sont prodigués à l'hôpital de cette ville.
Selon le CICR, ce n’est qu’à la fin des combats que le nombre total des victimes pourra être dénombré. Un décompte macabre qui devra s’ajouter aux quelque 70 000 morts depuis 1983, date du début de la guerre entre le mouvement séparatiste du LTTE et le gouvernement du Sri Lanka.
Emmanuelle Dethomas
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