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Crise alimentaire - Ruée sur l’or vert
mise en ligne : 24-06-2009

Alors que les effets de la crise alimentaire mondiale se font toujours sentir dans les pays les plus pauvres, les pays en développement voient se profiler une nouvelle menace : l’accaparement de leurs meilleures terres agricoles par des sociétés privées ou même par des pays étrangers plus riches. L’Afrique notamment est en première ligne de cette nouvelle frontière agricole que se disputent les riches pays du Golfe ou les pays asiatiques. La République démocratique du Congo par exemple a annoncé la location de 10 millions d’hectares à des agriculteurs étrangers. Un rapport récent de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) révèle par ailleurs que les transactions foncières ont concerné 2,5 millions d’hectares dans 5 pays africains (Éthiopie, Ghana, Madagascar, Mali and Soudan), depuis 2004. Le Malawi vient d’accueillir des investisseurs chinois et le Soudan a passé des accords avec l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis, l’Inde et la Chine pour un total de 2,5 milliards d'euros. Enfin, la récente crise politique qui a touché Madagascar trouvait, entre autres, son origine dans la décision d’accorder à la société sud-coréenne Daewo 1,3 millions d’hectares. Au total, depuis trois ans, 15 à 20 millions d’hectares de terres arables auraient fait l’objet de transaction.

Une situation paradoxale pour un continent qui peine pourtant à nourrir sa propre population. En ce sens, l’exemple du Mali est emblématique. Ce pays est devenu importateur de riz alors qu’il en exportait encore récemment. Il faut dire que son président a accordé à la Libye le contrôle de quelque 100 000 hectares au cœur de la principale zone de riziculture du pays, en échange d’investissements dans les infrastructures. La Libye, comme les riches pays du Golfe, cherche surtout à échapper à la dépendance vis-à-vis des filières mondiales de la production agricole, contrôlées par les multinationales. Les pays asiatiques, quant à eux, cherchent également à assurer d’autres sources de productions afin de nourrir leur nombreuse population. L’étude de la FAO révèle que de nombreux pays n’ont pas de mécanismes appropriés afin de garantir les droits locaux, notamment le droit de propriété des populations locale, ni pour prendre en compte les intérêts et les moyens de subsistance de ces populations. Ces accords se font au détriment des petits paysans locaux et remettent en cause la sécurité et la souveraineté alimentaire des pays concernés. Ils prouvent également qu’après le pétrole et l’eau, les terres cultivables constituent un véritable enjeu d’avenir (et potentiellement une source de conflit) pour les puissances du monde.

S.F.

La FAO reste en alerte
Malgré la baisse des cours des principales céréales ces derniers mois, les prix des aliments restent dramatiquement élevés dans de nombreux pays, s’inquiète l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Ainsi, une analyse récente des prix des aliments dans 58 pays a montré que ceux-ci restaient plus élevés que l’an dernier à la même époque dans 78 % des cas. Les pays les plus touchés par ce phénomène se situent en Afrique subsaharienne. L’organisation internationale avertit que des crises alimentaires persistent dans 31 pays (20 en Afrique, 9 en Asie et 2 en Amérique latine et Caraïbes). Afin de répondre à cette situation d’urgence, la FAO a mis en place des missions d’évaluation et a lancé l’Initiative sur la flambée des prix des aliments. Enfin, l’Union européenne a passé à la mi-mai un accord avec la FAO qui prévoit un don de 106 millions d’euros à destination des agriculteurs des pays pauvres, ainsi qu’une assistance technique à 10 pays d’Afrique, d’Asie et des Caraïbes qui ont été les plus touchés par la flambée des prix alimentaires en 2007 et 2008.

En savoir plus :
- Lutter contre la faim
- Le rempart de l’agriculture familiale




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