Voici les témoignages de familles frappées par la vague monstrueuse de dimanche dernier en Asie du Sud. Ils nous sont envoyés par la Caritas de Jaffna, au nord du Sri Lanka (ex Ceylan), une zone très éloignée de l’épicentre du séisme qui a déclenché le tsunami. " Une vague haute comme un palmier " Dimanche matin, Mary Reginamalar a participé à la messe de six heures et demi puis elle est rentrée à la maison pour préparer le repas. Elle faisait cuire un plat quand elle a entendu comme un coup de canon. Elle est sortie de la maison pour voir s’il s’agissait d’un tir de la marine. A ce moment, sa fille s’est précipitée de la maison voisine et lui a crié : " Amma (Maman), l’eau arrive, cours, cours ! ". Anala, 14 ans et ses deux frères de 18 et 25 ans, prennent leur mère par la main et commencent à courir. " Quand je me suis retournée, j’ai vu une vague haute comme un palmier arriver sur notre maison, raconte Mary. En nous tenant toujours par la main, nous avons couru aussi vite que possible. L’eau nous a engloutis jusqu’au nez. " Appa (Papa), ai-je crié à mon mari, ne me sauve pas, sauve ma fille ! ". " Amma, je ne te laisserai pas mourir ", a crié ma fille. " Nous avons vu un palmier, poursuit la mère. J’ai demandé à ma fille de s’y accrocher et de grimper : sauve toi, lui ai-je hurlé, mais elle a tenu ma main fermement et ne m’a pas laissée partir. Elle m’a tirée et j’ai grimpé à l’arbre. L’eau de mer engloutissait Appa. On lui a crié d’attraper le tronc de l’arbre. Il ne nous a pas lâché la main. Nous nous sommes tous tenus par la main et nous avons crié : "Seigneur Jésus, sauve nous ". L’eau a reflué, laissant derrière elle une masse de boue de sable. Alors nous nous sommes réfugiés sur une hauteur et nous avons été emmenés plus loin par des jeunes ".
Les enfants découvrent les corps de leurs parents " Papa pêchait quand la mer est montée très haut, maman faisait la cuisine, témoigne Regica, 12 ans. Nous étions en train de jouer dehors avec mon frère Reginthan (5 ans) quand nous avons vu notre frère aîné courir sur la route et crier que l’eau arrivait. Il nous a attrapés et nous avons couru jusqu’à une dune. Nous avons retrouvé les corps de papa, maman et de ma sœur Agilda, qui avait 8 ans. Ceux de mon autre sœur et de mon plus jeune frère ont disparu dans l’eau ". Les trois enfants ont été recueillis par leur grand-mère. Leur tante avait déjà succombé à l’attaque d’un bombardier des forces gouvernementales dans cette région contrôlée par les forces tamoules.
" Encore une attaque de bombardier " Annamary, 58 ans : " j’étais dans la cuisine. J’ai entendu un grand bruit. J’ai dit : encore une attaque de bombardier, mais j’ai tout de suite vu beaucoup d’eau. Je me suis accrochée à la maison avec mes dix enfants et petits enfants serrés autour de moi. Nous avons tous réussi à fuir, petit à petit, vers un terrain en hauteur ".
Le palmier ne les a pas tous sauvés Mariya pleure. Elle vient d’enterrer son fils de 8 ans. " Je tenais mes trois enfants par la main. Nous étions emportés. J’ai violemment heurté le tronc d’un palmier. Les enfants ont réussi à s’y accrocher mais l’un de mes fils a lâché prise. Il a été noyé ".
Kavilraj, seul rescapé sur cinq enfants " Maman avait son bébé de dix jours dans les bras et soudain, l’eau les a entourés. Un tronc a frappé maman et elle a perdu le bébé. On ne l’a pas retrouvé. Mon frère aîné a rattrapé un autre petit frère mais il est mort dans ses bras. On a retrouvé maman, elle avait de l’eau plein la bouche. Elle est morte. Mon frère de 4 ans est mort aussi, dans les bras de ma grand-mère. Elle le serrait tellement fort sur sa poitrine que les infirmières ont été obligées de le lui arracher des bras. L’eau ne m’a même pas touché, j’ai couru très très vite ", réussit à conclure fièrement Kavilraj, 9 ans, seul rescapé de sa famille de cinq enfants, avec son père, parti en ville et sa grand-mère.
Accrochés aux poutres de la maison " Nous avons entendu un grand bruit et nous avons tout de suite pensé à un bombardier. Quelqu’un a dit de se coucher au sol, raconte Mary Flora, 55 ans, mère de 5 enfants. Quand on a relevé la tête, l’eau arrivait très vite, on ne pouvait plus sortir. Soudain, on a été soulevés jusqu’au toit de la maison. On a attrapé les poutres et on est resté pendus comme ça pendant environ un quart d’heure, jusqu’à ce que l’eau redescende ". La mère de Mary Flora est morte noyée. |