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Asie du Sud : être présent dans la durée
mise en ligne : 10-01-2005

" Au-delà de la première urgence qui s'estompera dans quelques jours ou semaines, il faudra alors rebâtir des projets, avec les habitants, pour à nouveau reconstruire un habitat, remettre en route l'agriculture, redonner aux pêcheurs un outil de travail. C'est donc sur la durée que notre solidarité doit s'organiser. "

La terrible tragédie qui a frappé l’Asie du Sud et du Sud-Est rappelle la fragilité de notre condition humaine. Le bilan est aujourd’hui difficile à chiffrer. Sans doute cent mille hommes, femmes et enfants ont perdu la vie dans des conditions apocalyptiques. Sans doute ont-ils dû vivre ces derniers instants comme ceux de la fin du monde. Plus d’un million de personnes se trouvent sans abri. Pour bon nombre d’entre-elles, l’outil de travail est également détruit, dans cette région qui vit de la pêche et du tourisme. Des touristes français et de l’Europe du Nord ont été durement touchés dans une région très souvent décrite comme paradisiaque (…)

Le Secours Catholique sait qu'il faut maintenant s'organiser pour une véritable course de fond. En effet, si cette fraternité universelle, cette solidarité mondialisée se mobilisent au lendemain des catastrophes, c'est dans la durée qu'il faudra apporter secours à ces populations durement touchées. Depuis trois ans, nous étions mobilisés au Sri Lanka, pays touché à la fois par le conflit entre tamouls et cingalais et des inondations désorganisant le pays. Caritas Sri Lanka, avec notre appui, venait de terminer un programme de reconstruction de 4 000 maisons. D'autres projets permettaient à des groupes de femmes de s'organiser sur le plan agricole ou à des petits pêcheurs de valoriser leur travail.

Au-delà de la première urgence qui s'estompera dans quelques jours ou semaines, il faudra alors rebâtir des projets, avec les habitants, pour à nouveau reconstruire un habitat, remettre en route l'agriculture, redonner aux pêcheurs un outil de travail. C'est donc sur la durée que notre solidarité doit s'organiser.

Ce travail se fera alors dans la discrétion, loin des caméras de télévision et donc sans l'appui médiatique. Cette solidarité au quotidien, les chrétiens doivent la promouvoir et se battre pour une mondialisation qui respecte la vie humaine. Il est frappant en effet d'observer que les pauvres paient un lourd tribu aux catastrophes naturelles. Celles-ci s'ajoutent à la pauvreté endémique et aux conflits oubliés. Les exemples de l'année 2004 sont nombreux : la guerre du Soudan et la famine au Darfour, l'instabilité du Congo Kinshasa, les cyclones de l'Arc Caraïbes et la situation dramatique d'Haïti, les inondations au Bangladesh…

La catastrophe d'Asie touche à la fois, de façon bien sûr inégale, les populations locales et les touristes des pays riches. Elle montre l'inter-dépendance de notre monde. Puisse-t-elle servir à démontrer l'urgence d'une solidarité mondialisée, l'urgence de mettre en œuvre les fameux Objectifs de Développement du Millénaire qui doivent d'ici 2015 combattre la faim et la pauvreté de la moitié de l'humanité, et rappeler avec force la responsabilité des pays riches face à la situation dramatique.

Face à la catastrophe, nous devons agir en rappelant sans cesse l'universalité du monde et de ses biens, l'égale dignité de chaque Homme et travailler à une mondialisation d'une humanité réconciliée.

Pierre LEVENÉ
Secrétaire Général du Secours Catholique
crédit : E. Perriot / SC


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