Sans surprise Alvaro Uribe a été réélu à la présidence de la République le 28 mai dernier. Une victoire "écrasante" (plus de 60 %) et historique puisque pour la première fois un président colombien est réélu. Mais derrière l'affichage démocratique, la Colombie reste déchirée par la guerre, et cette élection s'est déroulée dans un climat de terreur imposée par des groupes liés aux paramilitaires qui font peser menaces et intimidations sur les organisations de défense des droits de l'homme et sur les communautés paysannes et indigènes.
Quelques jours avant le premier tour de l'élection présidentielle la plupart des organisations sociales de Colombie ont reçu un courrier électronique laissant entrevoir clairement qui était les soutiens principaux au sein de la société colombienne du président sortant Alvaro Uribe :
« Il est temps de choisir, en toute vérité, le présent et le futur de notre patrie bien-aimée, souligne le “communiqué” signé du groupe Colombie libre, bras armé des ex-Autodéfenses unies de Colombe (groupe paramilitaires officiellement démobilisé). Nous sommes attentifs à tout acte que vous pourriez faire en faveur de l’authentique démocratie. Le seul chemin qu’il nous reste, à nous, Colombiens, c’est d’appuyer de façon inconditionnelle la politique de “sécurité démocratique” de notre candidat et président, Avaro Uribe Velez. Nous ne permettrons en aucun cas, que le résultat de l’élection de dimanche prochain soit différent. Nous sommes prêts à combattre à feu et à sang, contre tous les intérêts qui vont à l’encontre de la continuité du mandat présidentiel de notre leader légitime. Nous ne permettrons pas que le résultat soit différent. Si jamais, dimanche, la majorité était en faveur des “chemises jaunes” [le jaune était la couleur utilisé pour la campagne du principal parti d'opposition), nous nous chargerions de les teindre d’une autre couleur, de cette couleur utilisée par l’insurrection et le libéralisme agenouillé sans aucun respect : le rouge sang ! » Les mêmes intimidations sont à l'œuvre dans les communautés de manière plus "musclées" puisque les "ex"-paramilitaires n'hésitent pas à passer de maisons en maisons pour rappeler le bon vote. Pas étonnant dès lors que l'abstention ait plus de 56 % ! Alors que la loi Justice et paix, censée démobiliser les milices paramilitaires responsables de la majorité des exactions dans le pays, a essentiellement servi à régulariser l'appropriation illégales des terres par ces groupes armées, la situation "sécuritaire" reste plus que précaire. Et si, selon les chiffres officiels publiés par le Gouvernement colombien, 30 431 combattants paramilitaires, se seraient démobilisés, seul 2 180 l'auraient fait dans le cadre de la loi « Justice et Paix ». En conséquence, 28 000 combattants se seraient démobilisés sans obligation de confesser leurs agissements devant une instance judiciaire, ni crainte de sanction pénale. La Cour constitutionnelle colombienne a déclaré inconstitutionnelles certaines dispositions de la loi portant ouvertement atteinte au droit des victimes à la vérité, justice et réparation. Ainsi, elle a affirmé l’obligation pour les combattants démobilisés de confesser leurs crimes, sous peine de sanctions pénales.
Par ailleurs, la guérilla poursuit ses agissements et demeure sourde à toutes négociations avec le gouvernement. Le sort de milliers d'otages reste donc en suspens. Pourtant comme le souligne Gloria Flores, directrice de l'association de défense des droits de l'homme Minga, soutenue par le Secours Catholique, « le meilleur moyen d’ouvrir le chemin vers la paix, c’est de construire la démocratie dans la garantie des droits des citoyens. La question de la redistribution des terres, de la nécessité de procéder à une réforme agraire intégrale, de récupérer ces terres volées aux paysans doit également être abordée.» Hélas, fort de ces 60 % il y a peu de chance qu'Alvaro Uribe se lance aujourd'hui dans une solution négociée. |