Accès à l’alimentation : le défi de la faim

Publié le 11/05/2014
Afrique du Sud, Bolivie, Inde, Mexique
Accès à l’alimentation : le défi de la faim
 

Notre planète est suffisamment généreuse pour nous nourrir tous. Pourtant le plus cruel des fléaux, la faim, continue de harceler près d’un milliard d’entre nous. Le réseau Caritas mise sur le changement.

 

Savoir qu’actuellement, dans le monde, 842 millions d’êtres humains n’ont rien à manger est insupportable. D’autant plus insupportable que « la planète est capable de nourrir 12 milliards d’humains », comme le révélait le rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) lors du lancement, en l’an 2000, des “Objectifs du millénaire pour le développement”, les fameux OMD. Le premier de ces objectifs visait à réduire de moitié, d’ici 2015, l’extrême pauvreté et le nombre de personnes souffrant de la faim.

Ce tout premier objectif ne sera pas atteint. La situation a même empiré puisqu’en 2000, on dénombrait 826 millions de personnes victimes de la faim. 96 % d’entre elles vivent dans les pays du Sud, essentiellement des pays en développement. Et paradoxalement, 70 % des personnes souffrant de la faim sont des paysans.

La raison de cette insécurité alimentaire ? Tantôt le climat, tantôt des guerres fratricides pour un peu d’eau ou pour des mines de diamants. Mais de plus en plus, ces guerres économiques portent sur des denrées vitales dont elles font des instruments de profit. Les spéculateurs mettent en danger les moyens traditionnels qui assurent l’alimentation des populations. Selon l’ONG Oxfam, « 90 % du commerce mondial des céréales est entre les mains de quatre multinationales ».

L’agriculture paysanne familiale nourrit 70 % de la population mondiale et 3 milliards de personnes vivent et dépendent de ce modèle de production. C’est cette agriculture-là que Caritas privilégie et défend. Ces petits paysans, fragilisés par les aléas climatiques et les maladies qui s’attaquent aux cultures, sont incapables de concurrencer les agricultures industrialisées et subventionnées.

La mobilisation du réseau Caritas

Pour peser dans cet inégal rapport de force, le réseau Caritas lance cette année, pour deux ans, une campagne de lutte contre la faim. Principal argument : la terre doit nourrir tous les hommes. Nous appartenons à la même famille humaine (One Human Family), et chacun d’entre nous doit pouvoir manger sainement et suffisamment (Food for All). Le principal levier de cette campagne One Human Family-Food for All est d’œuvrer à la réalisation du droit à l’alimentation.

La Déclaration universelle des droits de l’homme, en effet, déclare que « toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation ». La nourriture (comme l’eau) doit être un bien universel, disponible, abordable, adapté à nos besoins et équitablement partagé.

Comment faire appliquer ce droit ? Pour Jean Vettraino, chargé de plaidoyer droit à l’alimentation et sécurité alimentaire au Secours Catholique, « le droit à l’alimentation n’est pas un droit flou, indéfini. Au contraire, il est concrètement défini. Certains pays comme la Bolivie (2009), l’Afrique du Sud (1994) et le Mexique (2011) l’ont introduit dans leurs constitutions. Celle de l’Inde inclut le droit à la vie, qui est très proche du droit à l’alimentation. Vivre une vie digne, ce n’est pas seulement pouvoir manger, c’est aussi pouvoir se nourrir par ses propres moyens ».

Lutte contre le gaspillage

Caritas Internationalis et son réseau mondial tenteront de rendre effectif ce noyau de droit en l’inscrivant dans une loi ou dans les politiques publiques, par exemple. La lutte contre le gaspillage est un autre enjeu majeur. Jean Vettraino souligne que tous les ans, « 30 % de la production agricole mondiale est perdue – dans les pays du Sud, une grande partie des récoltes est gâchée par un manque de stockage adéquat, et dans les pays du Nord, le gaspillage est dû aux invendus ou aux produits jetés sans être consommés ». Le journal Le Monde révélait en octobre 2013 que chaque année le citoyen français jette 20 kilos d’aliments, dont 7 encore dans leur emballage.

Dans les lieux du globe où la faim est chronique, les Caritas poursuivent leur accompagnement. À l’instar du Secours Catholique, elles soutiennent de très nombreux programmes de sécurité alimentaire, qu’elles accompagnent souvent de dispositifs visant à assurer les revenus et le bien-être des populations paysannes.

La campagne mondiale Caritas Food for All s’achèvera l’an prochain, au moment où les Nations unies définiront leurs nouveaux objectifs. Mais les actions sur le terrain, les programmes et les réflexions stratégiques se poursuivront.

Jacques Duffaut
Crédit photo : © Elodie Perriot/Secours Catholique-Caritas France
La Délégation de Lille revendique les droits des plus fragiles
Plus d'informations
Prises de position et expertises
# sur le même thème