Albanie : « Nous faisons en sorte que la dignité des personnes détenues soit respectée »

Publié le 21/11/2016
Albanie
 

Du 21 au 27 novembre se tiennent les Journées nationales prison. L'occasion pour le Secours Catholique de rappeler qu'en détention aussi on a des droits, en France comme dans le monde. Depuis quelques mois, les Caritas européennes travaillent ensemble en vue d'améliorer les conditions de vie des personnes détenues.
 

Entretien avec Enkelejda Qama, responsable du département Social de Caritas Albanie.

 

Comment Caritas Albanie accompagne les personnes détenues au quotidien ?


Nous sommes engagés auprès des personnes détenues depuis 2009. À l'origine, des bénévoles ont émis le souhait d'accompagner des aumôniers des prisons pour passer du temps avec des détenus et leur offrir des temps de loisirs.

Depuis, nous avons décidé de concentrer notre travail auprès de populations marginalisées : les femmes dans une prison de Tirana la capitale, et des mineurs prévenus (en attente de jugement) dont le quartier est situé dans une prison de haute sécurité à Leja.

Dans les deux cas, nous visons à changer la vie entre les murs et à faire en sorte que les personnes détenues soient actives au lieu d'être passives et isolées. Nous respectons leur dignité dans les conditions de limitation des libertés que sont celles des prisons.

Par exemple, nous proposons des activités manuelles ou sportives, des techniques d'animation pour améliorer la communication et réduire les conflits. Nous organisons aussi des jeux de rôle pour que les détenus s'entraînent à dialoguer avec les personnes qui leur rendent visite.

Dans la prison des femmes, nous mettons aussi en place des ateliers de réflexion. Ce sont elles qui choisissent les thèmes comme par exemple la violence ou la mode. Nous avons enfin organisé une fête des enfants avec à la fois les enfants des femmes détenues et les enfants du personnel. Cela favorise le vivre ensemble.
 

Quels liens entretenez-vous avec les familles et les proches des personnes détenues ?


Nous nous sommes inspirés de ce qui est fait au Secours Catholique. Nous avons visité les maisons d'accueil de Montauban, d'Albi et de Rodez. Nous avons à notre tour construit ou réhabilité un bâtiment pour avoir un lieu d'accueil pour les visiteurs.

Car les familles et les proches étaient auparavant stigmatisés du fait qu'ils attendaient dans la rue. Désormais, dans nos lieux d'accueil, nos bénévoles échangent avec les familles en attendant la visite.
 

Accordez-vous de l'importance à la préparation de la réinsertion des personnes détenues dans la société ?


Nous allons y venir dans les prochains mois et prochaines années. Après avoir amélioré la situation psychosociale des personnes détenues, nous aimerions préparer « l'après ».

Tout d'abord, nous souhaitons proposer une aide au développement personnel, à la rédaction de CVs et à la préparation d'entretiens. Puis nous souhaitons faire venir des experts pour préparer les détenus au marché du travail et mettre en place leur projet professionnel.

À terme, nous aimerions proposer des formations pour apprendre un métier à l'intérieur de la prison. Il faut noter qu'en Albanie les travailleurs sociaux ne font malheureusement pas ce travail de préparation à la réinsertion.
 

Quelle est justement la situation des personnes détenues en Albanie ? Leurs droits sont-ils respectés ?


Nous constatons de nombreux problèmes sur place, notamment le problème de surpopulation carcérale. Dans la prison pour femmes, elles vivent à quatre ou cinq dans une toute petite chambre.

Par ailleurs, les salles de visite sont froides et vides. Il n'y a même pas de jeux pour les enfants. Nous avons ainsi décidé de décorer avec des mosaïques une salle avec les prisonnières à Tirana.

Dans le quartier pour mineurs prévenus à Leja, il y a des cas d'abus entre détenus. Et comme ces mineurs côtoient des grands criminels dans cette prison de haute sécurité, ils sont facilement sous mauvaise influence.

À Caritas, nous dénonçons ces problèmes et défendons la dignité des personnes détenues. Il faut aussi noter le travail réalisé par le comité d’Helsinki de garantie des droits et par Ombudsmann (une autorité administrative indépendante) qui contrôlent tous deux les droits des prisonniers en Albanie.
 

Quel est l'objectif d'une coopération des Caritas européennes ?


Nous veillons avant tout à travailler en réseau afin de mieux nous battre tous ensemble pour l'obtention de nouveaux droits des personnes détenues et pour le respect de leurs conditions de vie.

Depuis le début de l'année 2016, nous avons élaboré un questionnaire adressé aux personnes détenues, mais aussi aux administrations pénitentiaires et aux associations qui œuvrent dans les prisons.

Ce questionnaire a été distribué en France, en Allemagne, en Albanie, en Lituanie, en Bulgarie mais aussi en Lettonie, au Kosovo, en Moldavie, en Autriche, en Belgique, en Irlande et en Suède.

L'objectif est de repérer à l'échelle européenne des actions autonomisantes des personnes détenues ou des actions qui vont dans le sens de la réinsertion. Ainsi, chaque Caritas pourra s'inspirer de ce qui est entrepris dans d'autres pays.

Mais ce questionnaire a aussi une visée politique. À terme, nous souhaitons faire entendre à nos gouvernements qu'il est possible de faire appliquer les Règles pénitentiaires européennes.

Ce texte non contraignant du Conseil de l'Europe prône le respect de la dignité, de la liberté d'expression et de l'accès aux soins des personnes détenues. La campagne des Caritas européennes se base sur ces Règles pénitentiaires européennes pour que la vie en détention se rapproche de la vie citoyenne à l'extérieur.


Pour aller plus loin, lire aussi :

Allemagne : « Il est nécessaire de rendre les personnes détenues plus responsables d’elles-mêmes »

 

Cécile Leclerc-Laurent
Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert
Plus d'informations
Prisons et personnes détenues
# sur le même thème