Assos et pouvoirs publics : travailler ensemble

Publié le 13/09/2016
France
 

La lutte engagée contre la pauvreté est pareille à l’hydre légendaire dont les multiples têtes repoussent lorsqu’on les coupe : un inégal combat qui exige la réunion de toutes les bonnes volontés pour être gagné. Le Secours Catholique a depuis longtemps compris l’intérêt d’associer les politiques et les innovations capables d’alimenter son action en faveur des plus pauvres. Et d’apporter son soutien aux institutions, publiques ou privées, qui placent au cœur de leurs projets la dignité et la promotion humaines. Autant de partenariats « gagnant-gagnant ».

 
Assos et pouvoirs publics : travailler ensemble
Infographie : membres du Secours Catholique dans les CCAS
 

L'effet multiplicateur

Les partenariats que noue le Secours Catholique-Caritas France avec les forces vives de la société civile et les pouvoirs publics poursuivent deux objectifs : alléger le fardeau des personnes en situation de précarité et combattre les causes de la pauvreté.

Avec ses 67 500 bénévoles, ses 3 600 équipes locales, ses 76 délégations et ses centaines de milliers de donateurs, le Secours Catholique n’agit pas tout seul. Dans le combat engagé contre les pauvretés, le Secours Catholique aide et se fait aider. Cette coopération prend la forme de partenariats publics ou privés, nationaux ou locaux.

Pour l’État, le Secours Catholique est un partenaire privilégié qui dresse un état des lieux annuel de la pauvreté en France, et propose des solutions. Plusieurs ministères le consultent sur des sujets aussi sensibles que l’hébergement, les étrangers, la prison…

Dialoguer avec les pouvoirs publics donne lieu à des coopérations. Associé à leur politique sociale, le Secours Catholique travaille, par exemple, avec l’Agence nationale pour les Chèques-Vacances (ANCV) et les caisses d’allocations familiales (Caf). « Cette année, nous serons aidés à hauteur de 465 000 euros pour permettre à plus de 4 000 personnes de prendre une ou deux semaines de vacances », explique Franck Dubois, responsable adjoint des Solidarités familiales au Secours Catholique.

Pour les plus fragiles

Les Caf sont aussi partenaires de l’Association des cités du Secours Catholique (ACSC). Ces 19 cités « sont des prestataires de marché privé dont le service est subventionné », précise Dominique Manière, directeur général de l’ACSC. « L’État sous-traite ses obligations légales de prise en charge. » Ces subventions proviennent d’une vingtaine d’institutions publiques (agences régionales de santé, conseils régionaux et départementaux, mairies…), complétées par le soutien d’une douzaine de grandes entreprises et de fondations.

Tous les partenariats ne sont pas financiers. La plupart se situent sur le terrain de la participation. Pas moins de 2 000 bénévoles du Secours Catholique, par exemple, siègent dans des centres communaux d’action sociale (CCAS), cellules municipales en charge des affaires sociales. « C’est un partenariat légal », explique Marc Potelon, directeur régional du Secours Catholique en Île-de-France. « C’est la loi qui l’impose. Certaines mairies s’en passeraient, car nous sommes la mouche du coche. »

Le partenariat passé entre certaines équipes d’urgence du Secours Catholique et la sécurité civile fonctionne, lui, sans anicroche. Il coordonne les secours aux victimes de catastrophes en partageant les informations et en se complétant.

C’est aussi le cas dans le domaine très réglementé de la prison, où « une convention partenariale a été passée avec le ministère de la Justice », explique Jean Caël, responsable Prison au Secours Catholique. « Elle nous permet d’apporter de nombreuses aides aux personnes détenues à l’intérieur des établissements pénitentiaires. Et en dehors, de soutenir les familles en attente de parloir, d’accueillir des permissionnaires, des personnes en aménagement de peine ou placées sous main de justice, comme celles condamnées à un travail d’intérêt général (TIG). »

Pour l'emploi

Quant au chômage, source principale de précarité, le Secours Catholique tente toutes les expériences : depuis des structures telles que Tissons la solidarité, association d’insertion par la couture créée par le Secours Catholique et soutenue par une vingtaine d’entreprises et de fondations, jusqu’aux épiceries solidaires comme Épisol, ou aux garages solidaires comme Solidarauto. Ces structures créent des d’emplois et forment des centaines de personnes en insertion. De plus, elles offrent à une clientèle économiquement faible les moyens de se nourrir correctement ou de se déplacer librement. Même logique dans le partenariat signé dernièrement entre le Secours Catholique et les Jardins de Cocagne, jardins d’insertion où se cultivent fruits et légumes biologiques pour en faire profiter les personnes à faibles revenus.

Cette myriade de partenariats ne serait souvent pas possible sans une action préalable de plaidoyer. Or « le plaidoyer constructif est basé sur la réalité des personnes », précise Marc Potelon, qui rappelle l’expertise du Secours Catholique dans ce domaine et son rôle dans les grandes avancées sociales que furent le RMI, à la fin des années 1980, le droit au logement opposable (Dalo), et plus récemment « les tarifs spéciaux obtenus auprès d’EDF, applicables automatiquement aux familles bénéficiant des minima sociaux ».

Enfin, le Secours Catholique fait partie de nombreux collectifs d’associations (Fnars, Uniopss, Collectif des associations unies pour le logement, Alerte…), un partenariat de poids pour plaider auprès des pouvoirs publics la cause des plus précaires. 

 

« Les actions se sont coordonnées de manière simple »

Le point de vue de Gérard Vincent, conseiller municipal, vice-président du CCAS et délégué aux solidarités et à la vie associative de Biot (06).

 

« Biot, 10 000 habitants, située au nord d’Antibes, est traversée par la Brague, rivière dont la crue a submergé un quart de la ville durant la nuit du 3 octobre 2015.

Les jours qui ont suivi la catastrophe ont été consacrés à déblayer et à nettoyer les maisons. Dès que les habitants ont pu rentrer chez eux, le Secours Catholique a fait du porte-à-porte pour les rencontrer, les réconforter moralement et leur apporter éventuellement un soutien matériel.

Les actions se sont coordonnées de manière simple. La paroisse a prêté un local dans le presbytère. Tout a été fait pour faciliter la circulation et l’installation des bénévoles à qui des plans de la ville ont été remis afin de les aider à se repérer.

Pendant trois mois, ils ont circulé en binômes, effectuant au total plus de 300 visites et tenant informées les commissions d’attribution des aides mises sur pied par la mairie. Il s’agissait d’un travail difficile mené conjointement par les services sociaux et les organismes caritatifs. Il se poursuit encore, sept mois plus tard, la phase de réparation et de distribution n’étant pas terminée. La collaboration reste exemplaire. »

 

« L'État a besoin des associations »

Entretien avec Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports.

 

Vous êtes élu du Nord, département touché par le chômage et la pauvreté. Comment percevez-vous l’action des associations ?

 

Il y a aujourd’hui entre 43 000 et 45 000 associations dans mon département, animées par environ 450 000 bénévoles. Elles emploient 80 000 salariés. Des emplois précieux qui ne se délocalisent pas et qui représentent près de 12 % de l’emploi du secteur privé du département. Ces chiffres seuls suffisent à illustrer le dynamisme du tissu associatif dans le Nord et sa place déterminante dans la lutte contre le chômage.

 

L’État a-t-il besoin des associations ?


Oui, l’État a besoin des associations. Dans notre pays, il y a un besoin, mais aussi une envie de faire des choses ensemble, des activités qui ne soient pas strictement économiques mais qui contribuent à donner du sens à nos existences. C’est ce que promeut la Charte des engagements réciproques, signée le 14 février 2014.
 

Les associations ne sont-elles pas trop peu associées aux stratégies des politiques locales et nationales ?


C’est tout l’enjeu de la Charte des engagements réciproques et de ses déclinaisons. Partout, à tous les échelons territoriaux et dans tous les domaines de politiques publiques, des chartes adaptées au contexte et aux enjeux peuvent être signées, à l’initiative des acteurs concernés. Le secteur associatif ne doit pas hésiter à être moteur sur ce point.
 

Votre projet de loi « égalité et citoyenneté » encourage l’engagement citoyen et prévoit une meilleure reconnaissance du bénévolat. Comment ?


Notamment par la création d’une réserve citoyenne et d’un droit au congé pour engagement. La réserve citoyenne offre la possibilité d’effectuer des missions d’intérêt général lorsque des circonstances particulières ou des besoins exceptionnels surviennent. Ce congé non rémunéré sera ouvert à tout dirigeant bénévole d’une association d’intérêt général. Ainsi, le gouvernement ouvre un droit aux salariés : celui de consacrer du temps à leur engagement.

 

N’y a-t-il pas un risque que des bénévoles prennent la place de professionnels en recherche d’emploi ?


Bénévolat et salariat ne peuvent se confondre ou se substituer l’un à l’autre. J’y suis particulièrement vigilant.
 

Les collectivités publiques et l’État ne risquent-ils pas de se défausser sur les associations ?


Les associations sont des maillons indispensables pour tisser le lien social. Si elles peuvent le renforcer, en aucun cas elles ne peuvent se substituer à la puissance publique.
 

En quoi les partenariats pouvoirs publics/associations sont-ils un gage de bonne gouvernance ?


Les associations sont des vecteurs indéniables de citoyenneté et d’égalité. Leur développement et le renforcement de l’engagement citoyen sont donc fondamentaux. C’est dans ce contexte que le Premier ministre a annoncé un « new deal » avec le monde associatif lors du comité interministériel pour l’égalité et la citoyenneté du 6 mars 2015. Son objectif : transformer profondément les relations entre l’État et les associations, afin que la vitalité associative soit à la fois encouragée, facilitée et reconnue.

Jacques Duffaut - Clarisse Briot
Crédits photos : © H. Hamon/MVJS, © Xavier Schwebel/Secours Catholique, © Lisa Marcelja/Maxppp
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