Afrique : pas de démocratie sans justice fiscale!

Afrique : pas de démocratie sans justice fiscale!

Publié le 06/01/2017
Mali
 

Dans un rapport intitulé « En Afrique, comme ailleurs, pas de démocratie sans justice fiscale », rendu public ce 12 janvier, le collectif Tournons la page, réuni toute la semaine à Bamako en marge du sommet Afrique-France, pointe du doigt le rôle joué par les multinationales dans le maintien des dictatures au pouvoir.

Rien qu'en 2010, elles ont été responsables de 40 milliards de dollars de fuite illicite de capitaux en Afrique.

De fait, le continent africain est victime d'un détournement de ses recettes fiscales et seul un pacte fiscal au service de l'intérêt général permettrait d'obtenir une véritable alternance démocratique. Tournons la page prône dès lors un contrôle citoyen des questions fiscales, ainsi que plus de transparence et de régulation.

 

« En Afrique, comme ailleurs, pas de démocratie sans justice fiscale »

Dans ce deuxième rapport, Tournons la page dénonce la responsabilité partagée des entreprises, des États du Nord comme du Sud et des organisations internationales face à la confiscation économique et politique du pouvoir en Afrique. Seule une justice fiscale peut permettre l'avènement de la démocratie.
Télécharger le rapport
 

« L'accaparement du pouvoir par la famille Bongo est aussi économique »

Entretien avec Marc Ona, coordinateur de la campagne Tournons la page au Gabon.

 
Afrique : pas de démocratie sans justice fiscale!
Entretien
 

« La société civile africaine a aussi son mot à dire ! »

Du 8 au 14 janvier, à Bamako, le collectif Tournons la page réunit, pour la deuxième année consécutive, des acteurs associatifs de toute l'Afrique pour travailler sur le lien entre les multinationales et la démocratie sur le continent. C'est aussi l'occasion pour ce collectif de donner de la voix alors que le sommet Afrique-France doit se tenir les 13 et 14 janvier dans la capitale malienne. 

 

Entretien avec Laurent Duarte, coordinateur du collectif Tournons la page

 

Pourquoi est-il important de rassembler les acteurs de la société civile africaine qui se battent pour l'alternance démocratique dans leur pays ?

 

Avec notre premier séminaire en 2016 à Ouagadougou, nous avons perçu l'importance de rassembler les acteurs de la société civile africaine pour tisser des liens et intensifier notre réseau de Tournons la page.

Se réunir plusieurs jours nous permet de lancer une dynamique commune et de pointer du doigt les convergences entre des acteurs divers comme des artistes, des associations de jeunes ou encore des mouvements d'Eglise.

Ainsi, nous échangeons autour de nos modalités d'action : comment untel observe les élections ? Comment tel autre mobilise les citoyens dans les rues ? Et comment aussi influencer les décideurs politiques ?

Des liens se tissent particulièrement entre pays d'une même sous région, par exemple l’Afrique centrale. Enfin, à plusieurs, on fait plus de bruit ! Nous réunir permet d'attirer le regard sur la nécessité de la construction démocratique.

 

L'an dernier, en janvier 2016 à Ouagadougou, le thème était « mobilisation citoyenne et processus démocratique ». Cette année, vous avez choisi de travailler sur le lien entre les multinationales et la démocratie en Afrique. Pourquoi?

 

Ce thème a été choisi l'an dernier par les acteurs présents au séminaire de Ouagadougou. À l'origine, certains acteurs qui travaillent sur les questions de transparence économique (comme les coalitions Tournons la page Gabon et Congo Brazzaville) ont voulu montrer qu'ils voyaient un lien entre ces questions et celle de la construction démocratique.

À Tournons la page, nous constatons en effet une double emprise du pouvoir : sur le politique et sur l’économie. De nombreux pouvoirs en place en Afrique ont de fait la mainmise sur tout le système économique, comme par exemple la famille Kabila en RDC qui a plus de 70 entreprises et une centaine de contrats miniers à son nom.

Pour nous, une des manières d'assurer l'alternance politique en Afrique, c'est aussi de mettre fin à cette complaisance entre les gouvernements africains et les multinationales, issus souvent d'ailleurs des pays dits « du Nord ».

En effet, nous avons voulu cette année sortir du cadre électoral et constitutionnel abordé jusqu'ici : pour nous, une démocratie ne se réduit pas à des élections libres et transparentes. Il faut aussi une justice fiscale, un respect du droit, des contre-pouvoirs forts et une redevabilité du politique envers les citoyens (par exemple en redistribuant de manière transparente les richesses économiques dans le développement du pays).

À nos yeux, les multinationales - encore une fois souvent issues des pays du Nord - ont aussi leur rôle à jouer dans la construction démocratique des pays africains. Les responsabilités sont donc partagées.

 

Votre séminaire se tient en amont du sommet Afrique-France de Bamako. Pourquoi avez-vous choisi d'être présent dans la capitale malienne à ce moment-là et de participer à un contre sommet alternatif?

 

Évidemment, il est intéressant pour nous de profiter de l'engouement médiatique autour d'un événement international. Par ailleurs, en participant au contre sommet, on veut montrer que l'avenir de l'Afrique ne doit pas se décider uniquement en huis clos entre les dirigeants français et africains.

La société civile africaine a aussi son mot à dire ! On aimerait du coup que notre voix soit entendue et que le sommet Afrique-France parle d'autre chose que de la lutte contre le terrorisme et des contrats économiques.

La question démocratique devrait y être intégrée, surtout quand on regarde les violences qui ont eu lieu l'an dernier au Congo Brazzaville, en RDC, au Tchad et au Gabon lorsque leurs dirigeants ont tout fait pour se maintenir au pouvoir. La question est d'actualité !

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Élodie Perriot / Secours Catholique
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