Élections législatives : 15 propositions pour une société juste et fraternelle

Publié le 23/05/2017
France
 

En écoutant les personnes qui vivent la précarité, en dialoguant avec elles, et avec les bénévoles qui les accompagnent, le Secours Catholique a construit 15 propositions pour mieux lutter contre la pauvreté et renforcer la cohésion sociale. En vue des élections législatives des 11 et 18 juin, l'association les soumet aux futurs députés.

 

Élections 2017 : 15 propositions pour construire une société juste et fraternelle

En vue des élections législatives des 11 et 18 juin, le Secours Catholique-Caritas France porte auprès des candidats 15 propositions essentielles pour construire une société juste et fraternelle. Elles permettraient, selon l'association, de réellement diminuer les difficultés des plus pauvres, de mieux faire respecter leurs droits et d'envisager l’avenir avec plus d’espérance.
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Entretien avec laurent seux, directeur france-Europe action et plaidoyer du secours-catholique

 

Le Secours Catholique présente quinze propositions dans le cadre des élections législatives. Quel est le sens de cette démarche ?

 

Notre organisation souhaite contribuer à changer la société. Cette dimension sociétale, plus politique, est clairement affirmée dans nos orientations. D’une part, il s’agit d’éclairer les choix de nos concitoyens et de les aider à mieux comprendre les causes de la pauvreté. Ce n’est pas facile aujourd’hui, dans le fouillis des informations, parfois fausses, de se forger une opinion.

D’autre part, il est important de rencontrer les candidats et de débattre avec eux, car eux-mêmes n’ont pas forcément la bonne information sur ces réalités. Cela conduit à de fausses représentations véhiculées à tous les niveaux : de la commune jusqu’au plan national.

Nous avons donc un travail important à faire, un devoir citoyen de porter certaines questions auprès des futurs élus. Aujourd’hui,  il y a 9 millions de pauvres en France. Que comptez vous faire ? C’est notre cohésion sociale qui est en jeu. Poser cette question aux candidats, c’est essentiel.

 

Quels sont les sujets principaux sur lesquels vous interpellez les futurs élus ?

 

Il y a d’abord une entrée locale. Ces élections peuvent être l’occasion d’interpeller des candidats sur des réalités particulièrement saillantes sur un territoire, comme, en milieu rural, le problème de la mobilité. Ailleurs, ce peut être le logement, l’isolement ou bien la situation des migrants.

Les députés ont cet ancrage local, mais aussi un rôle de représentation nationale. Il est donc important de faire valoir au plan national les sujets sur lesquels le Secours Catholique est particulièrement attentif. Et pour être un peu plus politique, disons qu’il ne faudrait pas qu’une action de relance de l’économie se fasse sans diminution de la pauvreté, comme on a pu l’observer en Allemagne ou en Grande-Bretagne. De cela, nous ne voulons pas.

Comment arrive-t-on à se faire proche des personnes qui en ont le plus besoin ? Tout ce qui nous sépare est un désastre pour la fraternité.

 

Nous demandons donc à ce que les personnes en précarité soient placées au cœur des politiques publiques, que les préjugés à leur encontre soient dénoncés, que leurs droits soient respectés, que leur accompagnement soit renforcé et que leur parole et leur réflexion soient prises en compte.

Nous devons par exemple continuer de lutter contre le non-recours aux droits sociaux et pour un accès facilité aux minimas. Et parce que le besoin d’écoute des personnes est un sujet essentiel, nous demandons à ce que l’accès physique aux droits soit préservé.

Ce sont des aspects de base, qui reviennent à dire : comment arrive-t-on à se faire proche des personnes qui en ont le plus besoin ? Tout ce qui nous sépare est un désastre pour la fraternité.

Cette attention à la place des personnes en précarité et à la façon de faire cohésion ensemble renvoie à des sujets locaux et nationaux, et se comprend aussi dans un ensemble plus vaste, mondial. Ainsi, la lutte contre les inégalités en France doit s’articuler avec les enjeux de justice climatique et de souveraineté alimentaire. Nous essayons aussi de porter cette globalité.

 

Que vont devenir ces propositions une fois les élections passées ?

 

Effectivement, l’important, c’est de rencontrer les candidats mais surtout, par la suite, les élus. Nous incitons les acteurs du Secours Catholique à agir dans les territoires en faveur du changement social. Cette ambition d’arriver à se projeter, localement, vers une autre manière de vivre ensemble nécessite d’être en relation et en dialogue avec les élus.

Concrètement, l’expérimentation en cours « Territoire zéro chômeur de longue durée » suppose qu’un collectif se mobilise sur un territoire, rassemblant des personnes éloignées de l’emploi, des entreprises, des associations et des collectivités locales. Si des maires, des députés s'y intéressent, sont enthousiastes, alors beaucoup de choses peuvent se mettre en place.

Idem concernant l’accès digne à l’alimentation. Si l’on veut voir naître des projets, cela suppose une mobilisation, y compris des élus. Un député a un rôle important à jouer, localement pour aider à ce que le projet se concrétise, mais aussi à l’Assemblée nationale. Car s'il est sensibilisé, il portera l’expérience au plan national et, alors, nous pourrons faire avancer les choses.

Un Grenelle de l’alimentation a été annoncé. Qui va le porter ? Que vont défendre les députés dans ce cadre ? Ce qui est travaillé localement pourra se répercuter au plan national. C’est cela, au-delà de la simple représentation institutionnelle, qui se joue dans le dialogue à avoir avec les futurs élus à l'Assemblée nationale.

 

Le point de vue d'Antoine Aumonier, délégué du Secours Catholique de Franche-Comté

« Dans notre région, nous avons interpellé les candidats ou les représentants des partis en deux temps. Nous les avons d’abord invités à débattre en public à l’occasion de la venue en mars dernier du bus plaidoyer du Secours Catholique « Liberté, égalité, sans préjugés » à Belfort, Pontarlier, Sochaux, Besançon et Lons-le-Saunier. A chaque fois, nous avons choisi d’organiser un débat autour du même thème : l’accueil de l’étranger comme facteur de cohésion sociale.
Chaque discussion s’ouvrait par le témoignage de deux réfugiés, auquel les candidats étaient invités à réagir. L’objectif était de faire tomber les préjugés et d’éclairer l’opinion publique, en amont des élections, sur les propositions des différents candidats sur ce thème. Il est important que de tels lieux de débat vivent au niveau local, car ils sont assez rares.
Dans un deuxième temps, dans une démarche qui relève moins de la mobilisation citoyenne, nous allons à la rencontre des principaux candidats à la députation dans tous les départements, cette fois en plus petit comité et en partenariat avec CCFD - Terre solidaire, pour les interroger sur un socle de propositions et collecter leurs réponses.
Cette démarche nous apporte de la visibilité et accroît notre légitimité à aller les voir une fois qu’ils auront été élus. Car ce sera là le rendez-vous à ne pas rater. Nous avons créé un lien de proximité, établi un contact qui va nous permettre, ensuite, de solliciter les députés et de faire entendre nos positions. »
Clarisse Briot
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