En Inde, améliorer la condition des femmes

Publié le 02/03/2017
Bhubaneshwar - Odisha
En Inde, améliorer la condition des femmes
 

Souvent victimes d’une société patriarcale difficile à réformer, les femmes indiennes font l’objet de toutes les violences. Le Secours Catholique soutient une ONG locale, l’Institut de développement social, qui protège les femmes et promeut l’égalité des sexes.

« Quand mon mari boit de l’alcool, il devient violent et il me bat », témoigne une femme d’une quarantaine d’années en sari, debout dans une salle où sont réunies des femmes d’un quartier de Cuttak (État d’Odisha) en Inde. Elle ajoute : « Il boit tous les soirs. » Une femme plus jeune, en sari rose, prend à son tour la parole. Elle explique que son mari l’a quittée et qu’il refuse de verser une pension alimentaire. « Il prétend que notre fils n’est pas de lui », conclut-elle en baissant les yeux.
 

Les violences conjugales sont illégales et ne doivent plus être tolérées.

Femme policière

La réunion a été organisée par l’Institut de développement social (ISD), partenaire du Secours Catholique. Les femmes du quartier soumettent leurs problèmes aux trois policiers invités à les écouter : deux femmes et le chef de la police, tous trois en uniforme beige. Les policières invitent les femmes à venir porter plainte au commissariat. « Les violences conjugales sont illégales et ne doivent plus être tolérées », déclarent-elles.

« Le pouvoir masculin dans les relations de couple réduit les femmes à la dépendance », déplore Bina Mallick, coordinatrice des programmes de l’ISD. Malgré une législation récente qui réprime ces violences faites aux femmes, les mœurs ont du mal à changer.

« Les violences subies en ville diffèrent de celles des campagnes », précise Subhashree Das, directrice de l’ISD. « En ville, ce sont généralement des coups et blessures et des violences psychologiques. À la campagne, nous avons affaire à de la traite d’êtres humains : esclavage domestique, abus sexuels, mariages forcés. »

Pour autant, les femmes indiennes ne divorcent pas. Seuls 2 à 3 % des mariages se terminent par une séparation. Mais si la loi interdit les mariages avant 18 ans, nombreuses sont celles qu’on marie à 15 ans et parfois dès l’âge de 11 ans.

L’ONG reçoit environ 250 femmes chaque mois, souvent cruellement battues

Le siège de l’ISD est stratégiquement installé au commissariat principal de Bhubaneshwar, capitale d’Odisha. L’ONG reçoit environ 250 femmes chaque mois, souvent cruellement battues. Il faut alors les accompagner à l’hôpital, puis lors de leur déposition. Elles devront enfin prendre la décision de quitter le foyer et accepter d’aller chez des parents ou dans un des 54 centres pour femmes victimes de violences que compte l’État d’Odisha.

Porter plainte contre leurs maris n’est pas facile. « S’ils sont riches, ils échappent à la police, ils peuvent corrompre les juges et sortir acquittés », observe Bhawani Nayak, seul employé masculin de l’ISD. « Malgré les menaces de mort que nous recevons en permanence, nous ne nous laissons pas intimider. »

 

Des adolescentes sensibilisées aux risques de la migration

Prévenir les jeunes filles indiennes des dangers de la migration contribue à l’amélioration de la condition féminine, explique Armelle Rolland, chargées de projets Inde au Secours Catholique.

Le Secours Catholique soutient l’Institut de développement social (ISD) par le biais du Réseau mondial contre la traite des femmes (GAATW). Cette ONG internationale créée en 1994 est spécialisée dans le plaidoyer contre la traite des femmes. Des ONG locales, comme l’ISD, relaient les recommandations du GAATW auprès des jeunes filles pauvres tentées de migrer sans connaître leurs droits.

Si une femme ne peut pas défendre ses droits et améliorer son estime de soi dans le contexte familial, elle ne pourra pas davantage le faire dans le cadre d’une migration de travail. Il faut donc la rendre plus forte avant même qu’elle ait l’idée de partir. Après, il sera plus difficile de lui venir en aide.

L’ISD s’adresse aux jeunes filles de 15 à 17 ans issues des zones rurales, les plus à même de migrer vers les grandes villes du pays où l’expansion de la classe moyenne s’accompagne d’un besoin croissant de domestiques. Dans ce grand pays où existent plus de 15 langues officielles, les migrantes courent le risque de perdre leurs repères et d’être vulnérables face aux exploiteurs.

L’ONG intervient dans sept pensionnats (publics et privés) de l’État. Elle explique aux adolescentes les dangers auxquels elles risquent d’être exposées et les informe de leurs droits.

 
En Inde, améliorer la condition des femmes
©Elodie Perriot/Secours Catholique
Jacques Duffaut
©Élodie Perriot/Secours Catholique
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