Guyane : une précarité profonde

Publié le 08/05/2017
Guyane
Guyane : une précarité profonde
 

Du 20 mars au 21 avril 2017, un mouvement social sans précédent a secoué la Guyane. Les habitants de ce département d’Outre-Mer se sentent abandonnés par la métropole. La situation est alarmante. L’analyse du Secours Catholique.

« Vos fusées décollent mais notre Guyane reste au sol » : voici ce que scandaient les manifestants fin mars sur la base spatiale de Kourou. Le collectif en grève s’appelle d’ailleurs Pou Lagwiyann Dékolé : pour que la Guyane décolle, en créole.

« De fait », analyse Jean Coursimault, délégué interrégional d’Outre-Mer du Secours Catholique, « la Guyane est oubliée par la métropole. Il y a un grand paradoxe quand on regarde les moyens gigantesques investis dans Ariane, alors qu’il subsiste des taux inquiétants de précarité dans ce département ».

L’accès aux services de base est en effet défectueux : l’offre de soins est en dessous des besoins ; il manque clairement d’écoles et de formations alors que la population augmente ; l’État, propriétaire de 90 % des terres en Guyane,  tarde à vendre ses terrains pour libérer le foncier et favoriser la mise en place de logements par les collectivités ; les réseaux énergétique et numérique sont faibles ; et 15 à 20 % de la population ne bénéficie pas de structures élémentaires (eau potable, électricité, téléphone) **. 

« La Guyane est abandonnée, mais les populations autochtones sont, elles, doublement abandonnées », poursuit Jean Coursimault. Soumis à un tiraillement identitaire, les Amérindiens, éloignés de tout, sont particulièrement touchés par la déscolarisation et le désœuvrement. Le taux de suicide de cette population est d’ailleurs 10 à 20 fois supérieur à celui de la métropole !

« De manière générale, la pauvreté est sociale mais aussi morale », estime Maryse Gauthier, présidente du Secours Catholique en Guyane. « La population est désespérée, sans perspectives d’emploi notamment, et cela nourrit un sentiment  de lassitude et d’amertume, et pousse les jeunes à la délinquance ».

La Guyane est en effet le département le plus meurtrier de France avec 42 homicides en 2016. C’est d’ailleurs ce ras–le–bol de la violence qui a mis le feu aux poudres en mars dernier.

En cause : l’insuffisance du système sécuritaire et un phénomène migratoire mal contrôlé. Nombreux sont les clandestins mais aussi les trafics d’armes et de drogue qui passent les frontières avec le Brésil et le Suriname. « Nos infrastructures ne répondent plus ! », reconnaît  Eliane Ruster, déléguée.

« Officiellement, la population est de 250 000 habitants mais avec les personnes en situation irrégulière on avoisine les 400 000. Les services de base sont dépassés ». A titre d’exemple, la Guyane ne dispose même pas d’un CADA (Centre d’accueil pour demandeurs d’asile). Face à cette réalité, « c’est un tout qui a explosé », conclut Eliane Ruster.

** Rapport du Défenseur des droits de mars 2017

 

Témoignage : la désillusion de la jeunesse

 

En 2014, 47,9 % des jeunes étaient illettrés contre 7,9% en métropole. 39 % ont achevé leur scolarité sans obtenir aucun diplôme. ( Ministère des Outre-Mer)

 

 

Il n’y a pas de perspectives pour nous, les jeunes. Moi qui veux faire des études d’ingénieur, je vais devoir partir en métropole pour me former, et je suis quasi certain de ne pas trouver de poste, après, en Guyane.

 

Ça craint de sortir la nuit à Cayenne en raison de la délinquance, mais c’est parce que les jeunes ne savent pas quoi faire qu’ils tombent là- dedans ! Et l’école nous enseigne "l’Hexagone" mais on ne nous apprend plus nos cultures, nos contes, nos musiques… Nous perdons  nos traditions et notre histoire.

 

Antony Corandi-Chéleux, 17 ans, Young Caritas
 

Agir en Guyane auprès des plus fragiles

En vue de désenclaver des populations autochtones isolées, le Secours Catholique-Caritas France accompagne des projets de développement local, comme celui de tourisme solidaire de la tribu amérindienne Aloïké, ou encore celui de mise en commun d’un moulin à manioc à Grand Santi. En partenariat avec Apprentis d’Auteuil, la délégation de Guyane est membre  de l’association AGAPE pour faciliter l’intégration dans le système éducatif des jeunes venant des communes éloignées, notamment en mettant à leur disposition une « maison ressource » à Cayenne. Par ailleurs, les équipes locales du Secours Catholique accompagnent au quotidien des personnes en situation irrégulière et leur proposent des cours de français.
Cécile Leclerc-Laurent
Crédit Photo : © Louis Katia/FRANCE-GUYANE/MAXPPP/Secours Catholique
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