Jeunes d'outre-mer : « Ce que nous vivons »

Publié le 16/03/2017
Paris
Jeunes d'outre-mer : « Ce que nous vivons »
 

Début mars, six jeunes du réseau Young Caritas, venus des Antilles, de la Réunion, de Nouvelle Calédonie et de Mayotte, ont fait le tour des QG de campagne des candidats à l'élection présidentielle. Ils voulaient témoigner de la réalité vécue par les jeunes dans les territoires d’outre-mer, discuter des problèmes qu'ils rencontrent et des solutions possibles.

C’est le moment des adieux, celui où on échange les adresses mails et où on prévoit de rester en contact. Maeva Maunier, Nadham Youssouf, Kathy Queue, Antony Corandi, Ségolène Lette et Séverine Simat rejoignent chacun leur bout de France, à quelques heures de vol de la métropole et à quelques milliers de kilomètres les uns des autres. 

Les six jeunes du réseau Young Caritas viennent de passer dix jours à Paris. Un séjour marathon durant lequel ils ont rencontré les équipes de la plupart des candidats à l’élection présidentielle, le cabinet du ministre des outre-mer et la présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), Christine Lazerges.

Le but : témoigner des problématiques rencontrées par les jeunes dans les territoires d’outre-mer et proposer des solutions.

Mille témoignages

Un plan gouvernemental Jeunesse outre-mer a bien été adopté en 2015. Mais sans consulter les premiers concernés. Le Secours Catholique a donc voulu donner la parole à ces jeunes à travers un questionnaire.

L’idée était de les interroger sur leurs rêves, leurs peurs, leurs difficultés. Mille d’entre eux ont répondu. Et ce sont ces paroles que Nadham, Maeva, Kathy et les autres sont venus porter devant les responsables politiques nationaux.
 

Sur des petits territoires comme les nôtres, les proportions ne sont pas les mêmes.

Séverine Simat

Parmi les sujets phares : l’éducation, la formation et l’emploi. Des thématiques qui ont particulièrement fait réagir leurs interlocuteurs, ont remarqué les six membres du réseau Young Caritas.

Même s’« ils n’avaient pas toujours l’air de se rendre compte des réalités qu'on vit, confie Séverine, venue de Guadeloupe. Souvent, ils nous disaient : "On a les mêmes problèmes en métropole." Mais sur des petits territoires comme les nôtres, les proportions ne sont pas les mêmes, l’impact est plus important. »

En outre-mer, la moitié de la population a moins de 30 ans. En 2012, le chômage y touchait plus de 40% des 15-29 ans, un taux deux fois supérieur à celui de la France métropolitaine (18% en 2012). La situation ne semble pas s’être améliorée ces dernières années si l’on regarde les derniers chiffres fournis par l’Insee concernant les Antilles et La Réunion.

Frustration

En cause, un marché du travail amorphe. « À la Réunion, il y a plus d’emplois publics que privés, et ces postes sont, pour beaucoup, occupés par des métropolitains, constate Maeva, 24 ans, elle-même en recherche d’emploi. Pourquoi ils n’embauchent pas localement ? »

Kathy, 33 ans, qui vit sur l’île de Lifou, en Nouvelle-Calédonie, souligne aussi l’absence de dynamisme économique : « Les jeunes partent étudier et lorsqu’ils reviennent avec un diplôme, on n’a rien à leur proposer. »

Elle-même s’est retrouvée dans cette situation après un BEP carrières sanitaire et sociale. Depuis, rentrée au village, la jeune femme travaille dans les champs avec ses parents. « Cela crée de la frustration », dit-elle.
 

On ne nous propose des aides que pour partir.

Maeva Maunier

Maeva a l’impression que rien n’est pensé pour retenir les jeunes dans les territoires d’outre-mer. Au contraire, « à la Réunion, on ne nous propose des aides que pour partir bosser en métropole. Les responsables politiques ne semblent pas concevoir qu’on ait envie de faire notre vie et travailler ici ».

Tous les six insistent sur les incohérences en matière de formation. « Il n’y a pas de suivi. Parfois on a l’impression qu’on nous propose des formations juste pour occuper le temps et non pas pour travailler ensuite », regrette Nadham, 25 ans, qui vit à Mayotte.

Pour le jeune homme, la plupart des formations ne sont pas adaptées aux centres d’intérêt des Mahorais, ni à la réalité locale du marché du travail.

Parfois le problème est plus en amont. La déscolarisation après le collège ou le lycée est bien plus importante dans certains territoires d’outre-mer qu’en métropole. Beaucoup de jeunes y sont non diplômés et pas qualifiés. Ce qui complique d’autant plus leur insertion professionnelle.

phénomène de gangs

Pour Antony, 17 ans, qui vit à Cayenne, l’inactivité des jeunes explique en partie « la violence à laquelle les Guyanais sont tous les jours exposés ».

Il évoque le phénomène de gangs qui se propage et touche un public de plus en plus jeune. « Pour les petits, il n’y a pas d’activités. On manque de centres de loisirs, d’associations sportives. Les Maisons de quartiers ont trop peu de moyens et n’ont pas un rayonnement assez grand pour pouvoir attirer ou retenir les jeunes afin d’éviter qu’ils traînent dans la rue. »
 

À propos de la violence, on ne parle que de Marseille.

Ségolène Lette

La Guyane est le département français le plus touché par la violence, avec plus de 23 crimes et délits pour 1 000 habitants. La Martinique et la Guadeloupe sont également très concernés par le problème.

« Et pourtant, on ne parle que de Marseille, qui n’est même pas dans le top 5 du classement », constate Ségolène, originaire de Martinique.

Sur cette question, les jeunes du réseau Young Caritas ont senti les responsables politiques moins à l’aise. « On voyait qu’ils voulaient en parler, mais sans trop savoir comment », commente Antony. La plupart du temps, les propositions ont été strictement sécuritaires, portant, par exemple, sur  l’envoi de policiers supplémentaires.

« Étonnement, ils n’ont rien dit sur les causes de cette violence, remarque Nadham. Comme s’ils ne faisaient pas le lien avec l’oisiveté des jeunes et le manque de perspectives. »
 

Ils nous ont écoutés, on verra s’ils nous ont entendus 

Séverine Simat

À l’heure de repartir, les impressions sont plutôt positives. Les jeunes ont le sentiment que le message est passé. Ils espèrent maintenant que cela aboutira à des mesures concrètes de la part du prochain gouvernement.

« Ils nous ont écoutés, on verra s’ils nous ont entendus », lance Séverine. La Guadeloupéenne estime que ce n’est que le début : « Si on veut que cela se concrétise, il faut suivre, continuer à être présents. » Tous les six se sont donnés rendez-vous dans un an.

 

Défi jeunes outre-mer

Ce rapport explique les problématiques auxquelles sont confrontés les jeunes des territoires d'outre-mer, et leurs préoccupations. Il propose aussi des solutions.
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Benjamin Sèze
Crédits photos : ©Élodie Perriot / Secours Catholique.
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