Mont-Saint-Michel : un séjour pour changer d'horizon

Publié le 17/07/2017
Normandie
 

Les vacances sont un droit pour tous. Un groupe de personnes en grande précarité, qui fréquente régulièrement l'accueil de jour de la Voûte, à Paris, est parti quatre jours en escapade dans la baie du Mont-Saint-Michel. Une respiration dans un quotidien difficile et une expérience collective soutenue par l'Agence nationale pour les chèques vacances (ANCV).

 
Mont-Saint-Michel : un séjour pour changer d'horizon
« On est des touristes parisiens ! »
 

« C’est comme un rêve ! », sourit Ahmed, les pieds nus plantés dans le sable, le célèbre îlot en arrière plan. Avec quatre compagnons de l’accueil de jour parisien de la Voûte, ce Marocain traverse la baie du Mont-Saint-Michel à marée basse, sous un soleil radieux. Une marche de trois heures dans les pas d’un guide, entre bancs de sable et portions vaseuses ou dans l’eau.

Une première pour le trentenaire, arrivé en France il y a cinq ans, à la rue des mois durant et désormais hébergé en foyer. « On est des touristes parisiens ! », s’amuse-t-il. Pour lui comme pour Bilal, Jérôme et Régis, le dépaysement est total.

Le groupe, accompagné par Élisabeth, Jacques et Gérard – bénévoles à la Voûte -, a posé ses valises dans un centre de vacances à Saint-Jean-le-Thomas, à quelques kilomètres du rocher. Le séjour a été décidé collégialement, quelques mois plus tôt, lors d'un « conseil de maison » qui a lieu régulièrement à l'accueil de jour.

La veille au soir, une promenade sur la plage les a immergés dans l’ambiance iodée de la baie, avant une nuit réparatrice. Et demain, ils iront goûter la mer, la « vraie », à Cancale.

« C’est vraiment des vacances, souligne Elisabeth. L’objectif, c’est d’être ensemble, au contact de la nature, et que les participants reviennent avec de belles images en tête. »

 

D’habitude, quand je marche à Paris, j’ai mal aux jambes. Mais ici, je ne sens rien. C’est génial ! 

Jérôme, sans-abri

Curieux de tout, Ahmed pose mille questions sur le Mont-Saint-Michel et sa majestueuse abbaye. « Je souhaite rester en France, alors j’essaie d’apprendre la langue et la culture, témoigne-t-il. Il n’y a pas que la tour Eiffel et les Champs-Elysées ! ».

Bilal, 38 ans, gambade ici et là, ramasse crabes et coquillages. Lui qui n’a pas revu la mer depuis son arrivée du Maghreb, il y a dix ans, renoue avec les joies de son enfance.

« Je me requinque, constate pour sa part Jérôme, qui dort dehors depuis deux ans. D’habitude, quand je marche à Paris, j’ai mal aux jambes. Mais ici, je ne sens rien. C’est génial ! » Le quadra, dont la vie a basculé après une rupture sentimentale, apprécie ces quelques nuits de répit, où il n’a « pas besoin d’être sur ses gardes ».

« l'état d'esprit change »

Au sein de cette tribu qui se connait bien, les plaisanteries fusent : le deuxième Jérôme est promis à un sort funeste dans les sables mouvants.

« Les blagues changent, l’état d’esprit aussi, observe cet ancien serveur de 46 ans qui a connu des galères et vit à l’hôtel. On a des conversations que l’on n’a pas d’habitude. On essaie de dévoiler une autre facette de notre vie, de notre personne. »

Au moment de quitter le rocher, la mer, qui est remontée, l’encercle tout à fait. Un spectacle que chacun ne se lasse pas d’admirer.

Clarisse Briot
Crédits photos : ©Xavier Schwebel / Secours Catholique
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