Prison : solidarités d’avant-parloir

Publié le 08/05/2017
Nord
Prison : solidarités d’avant-parloir
 

Depuis cinq ans, des bénévoles du Secours Catholique assurent l’accueil des familles en attente de parloir à l’établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Quiévrechain, dans le Nord. Un temps de réconfort précieux pour des parents fragilisés.

Il est 13h30, un samedi d’avril. Philippe et Anne-Marie, bénévoles au Secours Catholique, viennent d’ouvrir la porte du bâtiment préfabriqué installé dans l’enceinte de l’établissement pénitentiaire pour mineurs de Quiévrechain, où une quarantaine de jeunes de 13 à 18 ans purgent une peine de trois mois en moyenne.

À l’intérieur, une kitchenette, une grande table, un coin jeux et livres pour les enfants, des toilettes et des casiers. Égayant les murs, des tableaux peints par de jeunes détenus. Philippe prépare la première cafetière, Anne-Marie sort les tasses, ouvre la boîte à biscuits. Des parloirs sont prévus toutes les heures, jusqu’à 18 h. Plusieurs mères de famille sont déjà là.

Marie-José, qui vient rendre visite à son fils de 16 ans, a quitté le Pas-de-Calais et Béthune, où elle habite, à 7 heures du matin. Elle a pris toute une série de transports en commun. Après les 45 minutes de visite à son enfant, elle refera le parcours en sens inverse. Elle ne sera pas chez elle avant 21 heures.

 

Une mère m’a dit un jour : “Avoir un fils en prison, c’est pire qu’un deuil.”

Anne-Marie, infirmière à la retraite, bénévole

« La journée est longue, murmure-t-elle. Se poser, prendre un café, ça fait du bien. » L’accueil du Secours Catholique, ouvert les mercredis et samedis, est d’abord un lieu où patienter, à l’abri quand la météo n’est pas bonne. « L’EPM reçoit des mineurs de tout le Nord de la France. Les parents – souvent des mères – viennent d’assez loin, confirme Philippe. Nous essayons de les accueillir de façon simple et cordiale. »

Une mère termine son sandwich, un bébé dans les bras. Laurence vient, espère-t-elle, pour la dernière fois. Son fils doit sortir le mardi suivant. Pour cet ultime parloir, elle a emmené sa belle-fille de 15 ans – la compagne de son fils – ainsi que leur enfant, âgé de quelques mois.

« J’ai peur que mon fils fugue, confie-t-elle à Philippe. Ils vont le placer dans un foyer dans le Sud… il va faire une bêtise. » Le bénévole lui dit quelques mots apaisants. « L’accueil est un moment où les parents posent leurs valises. Ils ont surtout besoin d’une écoute compréhensive, commente-t-il.

Alors, même si certaines situations nous interpellent et que l’on brûle de donner notre avis, il faut rester à notre place. C’est la condition de la confiance. » Anne-Marie, infirmière à la retraite, recueille elle aussi des confidences. « Une mère m’a dit un jour : “Avoir un fils en prison, c’est pire qu’un deuil.” Elle avait besoin de partager sa détresse. »
 

 

Ouria a dû laisser ses dix enfants à Lille pour venir voir le onzième, détenu à Quiévrechain. « C’est difficile avec les jeunes, aujourd’hui, soupire-t-elle. Ils se font influencer par des bandes… » Elle aussi trouve du réconfort auprès des bénévoles. « Moralement, ça fait du bien et on se décontracte avant le parloir. »

Il arrive que la visite tant attendue se déroule mal. « Je me souviens d’une maman qui redoutait de revoir son fils, car la précédente visite avait tourné court à cause d’une paire de baskets qu’elle lui avait refusée, raconte Philippe. On l’a rassurée. À son retour du parloir, elle était radieuse et nous a embrassés. »

Il arrive aussi que le personnel pénitentiaire surprenne des parents en train de faire passer des objets illicites au parloir et qu’ils soient arrêtés. « Cela jette un froid, commente Philippe. Mais nous sommes un sas de décompression, pas un portique de contrôle. »

 

Grâce à ce lieu d’accueil, des liens de solidarité se créent

Philippe, bénévole

Le bénévole souhaiterait avoir davantage de contacts avec l’administration. « Nous ne savons pas grand-chose de l’établissement et du projet éducatif mis en place. Si nos échanges étaient plus développés, nous pourrions accompagner davantage les familles et réfléchir à un prolongement de notre action auprès des jeunes. »

Retour des parloirs. Les mères affichent un sourire un peu forcé. « À lui, ça lui fait du bien de me voir, dit Ouria. Mais moi, quand je repars, je me sens triste. » Elle rentre chez elle en covoiturage, avec la mère d’un autre ado. « Grâce à ce lieu d’accueil, des liens de solidarité se créent, témoigne Philippe. Dans ce cas, on s’efface et on se contente de jouer les garçons de café. Cet espace, c’est le leur. »

Clarisse Briot
Crédit Photos : © Christophe Hargoues/Secours-Catholique Caritas France
Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert
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