Un toit pour tous

Un toit pour tous

Publié le 30/01/2016
France
 

Insalubrité, sur-occupation, saturnisme : le mal-logement porte atteinte à la dignité humaine. Il est souvent la cause de problèmes de santé et parfois de difficultés financières. En France, on considère que 3,5 millions de personnes se trouvent dans des situations de non-logement ou de mal-logement. Pourtant, le droit au logement est inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Le Secours Catholique-Caritas France s’engage pour permettre l’accès à un habitat digne, que ce soit en ville ou dans les zones rurales.

 

Engagés contre le mal-logement

Vivre à l’hôtel, être hébergé chez un tiers, habiter dans un logement trop petit ou insalubre : nombreuses sont les personnes à connaître des situations de mal-logement. Le Secours Catholique s’engage par ses permanences Dalo, la mise en place de logements temporaires ou encore une mobilisation active auprès des autorités.

Hussain, d’origine bangladaise, a obtenu l’asile en France et pourtant, il vit toujours chez des amis : « Actuellement, nous sommes sept dans un studio au Bourget. Je suis fatigué de cette situation. Et il y a des cafards et des punaises de lit, ça me gratte. »

Bintou, elle, vit à Courbevoie dans un appartement de 60 m² avec son mari et leurs cinq enfants : « C’est difficile pour notre fille de 13 ans qui a besoin d’intimité vis-à-vis de son frère aîné, or ils dorment dans la même pièce. En plus, on a un problème d’humidité, les enfants sont souvent malades, la peinture tombe. »

 

On est serrés, on est comme dans une boîte de sardines.

Bintou, 5 enfants

Hussain et Bintou ont tous deux frappé à la porte d’une permanence Dalo du Secours Catholique. Dalo pour “droit au logement opposable”, une loi adoptée en 2007 qui permet à toute personne sans abri ou mal logée de réclamer à l’État un logement décent et stable en fonction de certains critères d’éligibilité.

« La loi oblige l’État à reloger ces personnes, et le Secours Catholique aide à mettre en œuvre ce droit », témoigne Matthieu Hoarau, chargé de projet “De la rue au logement” en Île-de-France. L’association dispose ainsi de 14 permanences Dalo en Île-de-France, mais aussi à Toulouse et à Angers.

Des bénévoles se mobilisent pour aider les personnes mal logées à effectuer une demande Dalo qui s’organise en deux étapes : un recours amiable devant une commission de médiation départementale pour être reconnu “prioritaire et urgent”, puis un recours contentieux devant le tribunal administratif, qui peut enjoindre au préfet de trouver un logement au demandeur.

 

Actuellement, en Île-de-France, 44 000 ménages reconnus prioritaires Dalo attendent d'être relogés.

 

Dans le cas où le préfet ne satisferait toujours pas à son obligation de proposer un logement – ce qui est très souvent le cas –, le requérant peut présenter un recours en indemnité. On constate que le processus Dalo peut durer jusqu’à quatre ans.

L’année dernière, Valentine, suivie par le Secours Catholique du Val-de-Marne et reconnue prioritaire Dalo depuis 2009, a enfin obtenu gain de cause : l’État a été condamné à lui verser 12 000 euros d’indemnités.

 

Des logements temporaires

L’association s’efforce également de proposer des logements intermédiaires aux ménages en attente de solution de relogement. C’est par exemple le cas en Auvergne, à Saint-Éloy-les-Mines, où le Secours Catholique loue un logement social, le met à la disposition d’une personne accueillie et paie le loyer.

« L’idée est d’offrir un toit pour une durée limitée, le temps que la personne retombe sur ses pieds », explique Christian Malardier, référent logement de la délégation.

L’Association des Cités du Secours Catholique (ACSC), créée en 1990 à l’initiative du Secours Catholique et dont la mission est d’héberger, loger et accompagner des personnes en situation d’exclusion sociale, fait quant à elle de l’intermédiation locative : elle propose à des bailleurs privés la location de leur logement au profit de personnes démunies. Ces dernières sont sous-locataires pendant une période maximum de dix-huit mois.

Autre action de l’ACSC : l’accompagnement vers et dans le logement. L’association accompagne ainsi des personnes qui viennent d’obtenir un logement stable – et notamment des personnes qui bénéficient du Dalo – et leur donne des conseils avant et après l’entrée dans le logement pour les maintenir dans les lieux.

 

Interpeller les autorités

Surtout, afin de lutter contre le mal-logement, le Secours Catholique interpelle les autorités. « Il faut à la fois une nouvelle offre de logement privé et social avec des loyers abordables, et une mobilisation des 2,6 millions de logements vacants dans le parc privé », alerte Armelle Guillembet, responsable du département “De la rue au logement”.

Le CAU, Collectif des associations unies pour une nouvelle politique publique du logement, dont le Secours Catholique est membre, a remporté une petite victoire avec la loi SRU qui oblige désormais les collectivités locales à proposer 25 % de logements sociaux.

Il faut dire que l’augmentation du coût des loyers pousse de plus en plus de familles à se rabattre sur le parc social. Cette mobilisation se fait également au niveau local : ainsi des groupes d’action citoyenne Dalo se sont mis en place pour faire entendre leur voix.

Par exemple à Courbevoie, où bénévoles et personnes reconnues prioritaires Dalo ont écrit au maire et au préfet pour dénoncer le retard du processus et demander la construction de logements sociaux.

 

« Il est primordial d’habiter un lieu pour avoir une vie intime et une vie sociale. »

Rédacteur en chef à La Croix et théologien, le père Dominique Greiner, religieux assomptionniste, s’intéresse aux questions de logement et de mal-logement. Il nous livre sa réflexion sur l’habitat digne et l’habitat indigne.
 

Entretien avec le père dominique greiner, rédacteur en chef à la croix et théologien
 
Qu'entend-on par habitat indigne ?
 
L'homme est toujours digne, ce sont les conditions extérieures qui blessent sa dignité : en l’occurrence, un habitat insalubre ou trop petit est certainement indigne puisque la personne vit dans des conditions anormales d’existence.

Je préfère le terme “mal-logement”, plus large que celui d'“habitat indigne”. Il englobe en effet le problème de l'accès aux transports, au travail, à la culture, au sport. Une personne peut vivre dans un habitat disposant des éléments de confort moderne (chauffage, électricité, eau chaude, surface) mais être pourtant mal logée.

Car on n'habite pas seulement un appartement ou une maison, on habite un quartier, une ville. Habiter, c'est aussi avoir des relations sociales.

 

Quelles sont les conséquences sociales, justement, de ce mal-logement ?

 

Les précarités vont se cumuler. Qui dit difficulté d'accès aux transports dit difficulté d'accès au travail, et du coup à un logement de qualité. C’est l’escalade ! Les relations sociales sont détériorées aussi.

La précarité du logement est de fait associée à d'autres formes de précarité. C'est pourquoi la politique du logement ne doit pas consister en la simple construction de HLM ou de pavillons de banlieue, mais elle doit aussi veiller à l’aménagement du territoire avec ses transports, ses zones d'activité.

 

En quoi le fait de disposer d’un habitat “digne” est-il si indispensable ?

 

Tout d'abord, avoir un habitat digne dispose à accueillir chez soi. Est-ce que quelqu'un est heureux d'ouvrir la porte lorsqu'on toque chez lui ? Car une porte est faite pour être franchie. Avoir un habitat digne permet de n'avoir ni honte, ni peur d'accueillir.

Ensuite, l’habitat est le lieu de l'intériorité. Il permet de se retirer chez soi au calme, de vivre un moment d'intimité, de laisser l'extérieur dehors ; ce qui n’est pas le cas avec un logement trop bruyant ou sur-occupé.

Enfin, c’est important d’avoir un espace privé, un intérieur que l’on aménage, décore, meuble. Habiter, c’est pouvoir marquer un lieu de sa présence et se sentir accueilli par ce lieu, s’y sentir bien, chez soi. Ceci n'est pas possible dans une chambre d’hôtel.

 

Où se situe la frontière entre habitat digne et habitat indigne ?

 

Il n’y a pas de frontière absolue, car l’idée d’un habitat digne est à apprécier au regard de l’évolution de la société dans laquelle on vit. L’exemple de l’accès à Internet dans le monde occidental en fournit un bon exemple.

 

En quoi la question de l'habitat est-elle centrale pour la société aujourd'hui ?

 

La question de l'habitat est constitutive de la réflexion éthique. La nature de l'homme, c'est d'habiter un lieu, et plus largement le monde.

Ceci est suggéré par l’encyclique Laudato si’ du pape « sur la sauvegarde de la maison commune ». Le texte s'adresse à « chaque personne qui habite cette planète ». La mission de l'humanité, c'est de rendre le monde plus habitable, et le logement participe de cette habitation.

Et c’est aussi permettre à chacun de disposer d’un lieu où il peut se retirer en sécurité pour se poser et se reposer, avant de se confronter à nouveau au monde extérieur.

Cela me semble essentiel : pour avoir une société qui marche, il faut des individus bien dans leur peau et qui n'aient pas peur du monde extérieur. Et cela passe aussi par le logement.

 

L’isolation contre la pauvreté

En aidant les propriétaires en difficulté à faire des économies d’énergie, le réseau Éco Habitat, soutenu par le Secours Catholique, fait reculer la pauvreté au cœur de la Picardie rurale.

« En matière d’économies d’énergie, les aides d’État, les dispositifs incitatifs, les réductions d’impôt s’empilent comme un millefeuille », estime Franck Billeau, directeur du réseau Éco Habitat. « Nous aidons les propriétaires en difficulté à trouver l’aide qui leur correspond pour rendre leurs habitations moins énergivores et donc moins coûteuses. »

Les délégations du Secours Catholique de Picardie, qui rencontrent chaque année de nombreux petits propriétaires ne pouvant plus payer leur chauffage, s’appuient sur Éco Habitat pour les aider. Elles les mettent en lien avec le réseau pour établir un diagnostic et rechercher les solutions les mieux adaptées à chacun.

Aides

Quels organismes apportent ces aides et à combien s’élèvent-elles ? Franck Billeau avoue qu’il est compliqué d’y voir clair.

En gros, il y a principalement les aides de l’Agence nationale de l’habitat (ANHA) qui peuvent financer jusqu’à 50 % des travaux en dessous d’un plafond de 25 000 euros. Et de façon secondaire, les aides des collectivités territoriales qui complètent les aides nationales par des montants allant de 1 000 à 5 000 euros.

L’un des derniers programmes en date, annoncé par le président de la République en mars 2014, s’intitule “Habiter mieux”.

Il a pour triple objectif d’améliorer le confort thermique tout en réduisant les charges des ménages, de lutter contre le dérèglement climatique et de renforcer la filière de rénovation énergétique en créant ou maintenant des milliers d’emplois. 45 % des propriétaires qui occupent leur logement peuvent y prétendre.

 

Réseau

Éco Habitat a constitué un réseau de structures professionnelles, de collectivités locales et de bénévoles principalement issus du Secours Catholique. Lorsque les propriétaires informés décident de solliciter les programmes publics existants, Éco Habitat monte un dossier et accompagne les candidats à la rénovation thermique jusqu’à l’obtention des aides.

« Une fois le dossier accepté, explique Franck Billeau, nous faisons intervenir des entreprises artisanales locales pour effectuer les travaux et nous proposons d’utiliser des matériaux locaux, durables et recyclables. Ils sont souvent un peu plus chers, mais nous parvenons à convaincre les propriétaires de l’intérêt qu’il y a à les utiliser. »

Un an et demi après sa création, le réseau Éco Habitat accompagne plus d’une centaine de familles dans leurs demandes d’aide. Une cinquantaine de dossiers ont été montés, une dizaine de logements sont en cours de rénovation thermique et les travaux de six logements sont terminés. Les travaux d’amélioration thermique dans ces six logements ont coûté 122 000 euros, soit une moyenne de 20 000 euros par logement.

Reconnu par l’ANHA pour son efficacité, le réseau Éco Habitat a été lauréat en décembre dernier du prix Ashoka – Ashoka étant le premier réseau mondial d’entrepreneurs sociaux. Il a été distingué par le dispositif d’État “La France s’engage”, une initiative qui met en valeur et encourage le développement d’initiatives socialement innovantes.

 

Caritas Habitat : la Foncière pour réaliser les projets sociaux

Il y a grand besoin de logements sociaux en France. Fort de son expérience et de son réseau, le Secours Catholique-Caritas France s’engage pour construire, en complément des actions de l’État et des collectivités territoriales, des logements sociaux, des maisons relais, des boutiques solidaires... Pour le faire, il a besoin de partenaires institutionnels, publics, para-publics et privés. Avec un acte fondateur fort : Caritas Habitat.
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Cécile Leclerc-Laurent, Jacques Duffaut
Crédits photos : ©Steven Wassenaar/Secours Catholique; ©Christophe Hargoues/Secours Catholique
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