Une boutique (presque) comme les autres

Publié le 12/02/2016
Grenoble
Une vendeuse d'Episol conseille une personne en précarité
 

Au 45 rue du Général Ferrié, à Grenoble, le magasin « Proxi » est devenu « Episol », un commerce solidaire ouvert par le Secours Catholique et ses partenaires locaux. À première vue, la nouvelle boutique ne semble pas différer de la précédente... Mais la solidarité se cache dans les détails.

« Si proche et tellement complice. Bienvenue dans votre magasin “Chez Bill” », peut-on lire en discrètes lettres vertes sur la façade de la supérette grenobloise. « Il faut qu’on remplace cette toile de store », se rappelle Jean-Marc Lefebvre, coordinateur du lieu.

Car depuis six mois, “Bill” a pris sa retraite et le “Proxi” est devenu “Episol”, une épicerie associative. Ce projet de boutique solidaire est le fruit d’une réflexion commune du Diaconat protestant, du Secours Catholique, de l'association de réinsertion la Remise et du Centre communal d’action sociale (CCAS).

Le public visé : les “précaires intermédiaires” que l’on a vu apparaître ces dernières années, explique Jean-Marc. « Des personnes qui ne sont pas assez démunies pour venir aux distributions de colis alimentaires, qui souvent travaillent mais qui ont de plus en plus de mal à s’en sortir. »

À première vue, pas de grosse révolution. Mitoyen du bar-tabac Le Relax, au milieu des barres d’immeubles, Episol se fond dans le paysage. La porte du magasin s’ouvre, laissant s’échapper une ribambelle de gamins venus faire le plein de bonbons. « C’était aussi le but en rachetant un magasin qui existait avant, précise Jean-Marc. Poursuivre cette fonction de commerce de proximité. »

Les personnes même en précarité ont souvent la préoccupation d’une bonne alimentation

À l’intérieur, le rayonnage est soigné. Les décorations de Noël, joliment disposées, contribuent à la convivialité du lieu. Ici on trouve de tout, même des produits étiquetés “Commerce équitable”, via un partenariat avec Artisans du monde, et des fruits et légumes bio fournis par des agriculteurs locaux.

« Vendus à des prix plus abordables qu’ailleurs, les produits bio partent très bien alors qu’ils ne sont pas les moins chers du magasin, relève Jean-Marc. Lorsqu’elles le peuvent, les personnes même en précarité ont souvent la préoccupation d’une bonne alimentation. » Un classeur de fiches recettes est mis à la disposition des clients.

Code barre

À 27 ans, Laurianne a quitté son poste de CPE en collège pour se reconvertir dans le journalisme. Aujourd’hui étudiante, seule avec un enfant à charge, elle traverse une période très difficile financièrement. « Au début ça m’a fait un peu bizarre de venir ici, mais c’est vite passé, confie la jeune femme. L’esthétique du magasin et la qualité des produits jouent beaucoup. »

Ne pas créer un « entre soi de gens en précarité » : ce souci a été central dans la réflexion, insiste Jean-Marc. « Faire un lieu de rencontre où n’importe qui peut entrer, acheter ce dont il a besoin et repartir. »

La tarification est différenciée en fonction des revenus. Sur chaque étiquette, trois prix : le prix normal et deux niveaux de tarifs réduits. « Ces tarifs réduits, souvent à prix coûtant, sont possibles grâce aux dons financiers des associations et aux subventions des collectivités territoriales. Les frais de la structure sont ainsi en grande partie absorbés. »

Pour bénéficier des prix réduits, il faut adhérer à l’association Episol en justifiant de son quotient familial. Chaque adhérent reçoit une carte de fidélité. Et c’est le code barre de cette carte qui va déterminer le tarif applicable en fonction du client.

« Il n’y a qu’à la caisse qu’ils savent combien on paye, et ils sont discrets », murmure Aurélia, âgée d’une trentaine d’années et en recherche d’emploi, qui habite le quartier. « Le regard, ça compte. »

En venant ici, on fait travailler des gens

Quelques pas plus loin, Raoul attrape un sandwich au rayon frais. Il va le payer au prix fort. Ce fonctionnaire vient régulièrement à la pause déjeuner s’acheter un casse-croûte. Le reste du temps, il va au Super U « où c’est moins cher ».

Jean-Marc évalue à 30 % la part de la clientèle qui ne bénéficie pas des tarifs réduits. Ce sont des gens du quartier qui viennent par commodité, et d’autres, comme Raoul, par solidarité.

Aurélia estime être elle aussi dans une démarche solidaire. Elle souhaite animer quelques-uns des ateliers de cuisine que propose l’association. « Et puis, en venant ici, on fait travailler des gens », souligne-t-elle. La jeune femme fait référence à l’insertion par l’activité économique que pratique Episol. Au moment de sortir, elle ajoute : « J’espère pouvoir bientôt payer plein tarif. Je me le souhaite. » 

 

Episol

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Benjamin Sèze
Crédits photo : © Steven Wassenaar/Secours Catholique
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