Une journée pour donner la parole aux sans-voix

Une journée pour donner la parole aux sans-voix

Publié le 17/01/2017
Var
 

Dans le Var, le Secours Catholique tente d’associer les personnes en précarité au fonctionnement de l’association. Une démarche qui vise à leur donner confiance en eux et à leur rendre la parole. Avec des succès et des échecs.

9h

 Dans les locaux du Secours Catholique du Var, à Toulon, on se presse autour d’un café dans la salle de réunion. En cette matinée d’octobre, le collectif la Parole des sans-voix se retrouve pour un point mensuel.

Cette équipe "hors norme" rassemble des groupes mobilisés autour de projets artistiques avec une intention : que chacun participe à l’élaboration des productions. Si Gonzague, du Secours Catholique, ouvre la discussion, c’est Pierre, une personne ayant connu "la galère" et actuellement bénévole, qui préside la séance.

« Notre objectif est de partager nos talents. Ça sonne peut-être “bisounours” mais c’est ce qui me porte », souligne Pierre, l’homme aux mille tatouages sur le visage. 

Pour Farah, réfugiée irakienne, cintrée dans un chemisier Arlequin, « faire le clown, libérer mon “autre moi”, m’a aidé à m’ouvrir, à créer du lien. J’ai pris confiance en moi ». Le collectif « apporte plus d’égalité », explique-t-elle.

 

Notre objectif est de partager nos talents. Ça sonne peut-être “bisounours” mais c’est ce qui me porte

Pierre, bénévole.

Pourtant, les difficultés existent, comme l’exprime Henri, ancien SDF et responsable officiel de ce collectif qui concerne une cinquantaine de personnes : « L’aspect gestion est compliqué… et je ne suis pas un administratif ! »

« La plus grande difficulté est d’accepter d’aller au rythme de chacun, confie Véronique. On a tous eu des expériences fortes dans nos vies, des temps où il a fallu se battre… ça donne un groupe vivant ! », répond Pierre.

Un danger guette cependant les membres du collectif : « Nos activités prennent du temps, j’ai laissé mes projets de recherche d’emploi de côté, avoue Christine. Mais grâce aux “sans-voix”, je vais mieux. » 

 

12h30

Dans la salle communale de Brignoles, au nord de Toulon, cinq femmes déambulent au milieu des stands d’association installés pour cette journée de sensibilisation sur le thème "Devenir acteur de son mieux-être".

D’habitude, elles se retrouvent à la paroisse de leur village pour l’atelier cuisine du Secours Catholique. Aujourd’hui, elles se sont offert cette sortie… et même plus : « Nous nous sommes inscrites pour aller visiter des personnes âgées, explique Valérie. Seules, on ne l’aurait pas fait, on est trop réservées… Mais ensemble, on se sent en confiance. »
 

14h

À quelques mètres de là, derrière un épais rideau de velours rouge, dans cette même salle de Brignoles, Véronique, Christine et Farah du collectif la Parole des sans-voix sont venues pour animer un atelier théâtre un peu particulier.

Il a été inventé par des personnes du Secours Catholique, ayant vécu la précarité ou non, qui ont créé ensemble une saynète sur le thème des préjugés que l’on peut avoir sur les pauvres et la jouent. Le public est invité à raconter ce qu’il a vu, à décrypter les intentions des acteurs ou à endosser un rôle pour rejouer la scène.

Devant une vingtaine de personnes, le "théâtre forum", de son nom complet, s’installe et la représentation débute : dans un bar, un habitué fait part de son intention de devenir bénévole pour aider les personnes en difficulté du village, mais les clients réagissent en stigmatisant ces dernières et en ridiculisant l’habitué.

Dans le public, Élisabeth découvre cet atelier : « C’est intéressant, cela nous renvoie l’image de notre comportement… Des attitudes “persécutantes”, j’en ai vu souvent et je n’ose jamais les affronter. La prochaine fois, j’essaierai de les contrer positivement, comme je viens de le voir. »

 

17h

Retour à Toulon, dans les locaux de la Tente d’Abraham, lieu de rencontre interculturel animé par le Secours Catholique. Une vingtaine de jeunes hommes et femmes essaient de synchroniser une danse traditionnelle rom.

Si le groupe de danse n’existe que depuis deux ans et demi, tous ses participants connaissent le Secours Catholique et Ionut, seul animateur rom de l’association, depuis longtemps.

« En 2009, des familles roms sont arrivées à Toulon. Le Secours Catholique leur a proposé d’être accompagnées pour s’installer en France ou d’être aidées pour se réinstaller en Roumanie. C’est la seule association qui leur a demandé leur avis », se souvient-il.

Sept ans après… toutes les familles sont revenues en France où elles travaillent et ont un logement. « C’est une insertion réussie car la confiance est là », déclare-t-il.

Grâce à cette activité, ils vont d’aventure en aventure : il y a deux ans, ils sont allés au siège de l’Onu à Genève pour porter la problématique des jeunes roms devant la commission droits de l’enfant ; cette année, ils ont tourné dans un film écrit à partir d’histoires de jeunes Roms en France (#INVISIBLES) et vont maintenant visiter les collèges et lycées pour sensibiliser les jeunes à leur réalité.

Cosmi et Fred sont enthousiastes : « C’était important pour nous de montrer que les Roms ne sont pas tous des voleurs : quand on le dit, on ne nous croit pas. Ce film peut vraiment changer le regard des gens. »

 

18h

À la Seyne-sur-Mer, on se prépare à fermer le local. Un beau lieu sur deux étages, réaménagé avec l’aide des personnes accueillies : elles ont posé des étagères, repeint les murs… Pourtant, au quotidien, leur participation n’est pas toujours facile : certains viennent quelques mois puis disparaissent.

Face à cette irrégularité, les équipes du Secours Catholique ont du mal à monter des projets. Pour Danielle, bénévole depuis 15 ans, l’ambition de la participation conduit à des succès, mais aussi à des échecs :

« Un homme qui avait été accueilli était devenu responsable d’équipe du centre-ville de Toulon. Mais au bout d’un an, il a laissé tomber, estimant que ça ne lui convenait pas. En revanche, une femme accueillie, qui était très introvertie au départ, est devenue responsable d’équipe et ça fonctionne bien. Quand on offre une possibilité, ça peut porter. »

Khalid Hosni, Sophie Lebrun
Crédits photos : Xavier Schwebel / Secours Catholique
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