Vivre ensemble : « Tout cela m’ouvre l’esprit. Ici, nous sommes décoincés ! »

Publié le 12/05/2017
Marne
Vivre ensemble : « Tout cela m’ouvre l’esprit. Ici, nous sommes décoincés ! »
 

À Châtillons, quartier populaire de Reims, le Secours Catholique met à la disposition des personnes isolées un lieu de vie où elles peuvent passer du temps ensemble, organiser des sorties à l'opéra ou au théâtre et participer à des ateliers créatifs.

14h15 ce lundi après-midi. Même si le local du Secours Catholique n’ouvre officiellement ses portes qu’à 14h30, une quinzaine de personnes se pressent déjà au 2 rue Albert-Camus à Châtillons. Elles connaissent bien les lieux : les salles colorées et joliment décorées avec leurs “œuvres d’art”, la bibliothèque, le bar et le patio de verdure. Très vite, on sort les jeux.

Jeannine, Pascal et Élisabeth se lancent dans un “rummikub”, tandis que Francis, bénévole, leur offre du café. « Je suis venue un jour boire une tasse de café, et depuis je reviens presque tous les jours », témoigne Élisabeth, 54 ans, au chômage. « Chez moi, c’est petit et je me sens enfermée, alors qu’ici je vois du monde. »

 

Ici, j’oublie mes soucis. On rencontre des gens d’âges et de cultures différents 

Pierrette, retraitée

À la table voisine s’est installée une activité de peinture. Pierrette, à la retraite, reproduit minutieusement un pêcheur dans une rivière, suivant un modèle. « Ça me détend d’être ici, j’oublie mes soucis et on peut rencontrer des gens d’âges et de cultures différents », dit-elle en montrant ses deux voisins : Sylvain, 31 ans, en situation de handicap, et Antoinette, d’origine indienne.

Accès à la culture

Le Secours Catholique s’est implanté il y a une douzaine d’années dans ce quartier populaire constitué de logements sociaux. Le local est ouvert les lundis, mardis, jeudis et vendredis après-midi et les mercredis matin. Les personnes qui viennent ont connu l’association à l’occasion de dossiers d’aides au financement.

Toutes disposent de peu de revenus et sont isolées. La plupart sont retraitées. « Avec les activités, dit Cathy, bénévole, on leur montre qu’elles sont capables de faire quelque chose. Le fait de s’exprimer, par exemple via le théâtre, leur fait un bien fou ! »

 

Car outre les activités classiques de jeux, tricot et peinture, le Secours Catholique fait venir régulièrement des professionnels pour animer des ateliers d’expression artistique : reliure, gravure, écriture de poèmes, art floral, dessin sur plexiglas… Jacky, 71 ans, en parle avec enthousiasme : « Tout cela m’ouvre l’esprit. Ici, on est décoincés ! »

Un partenariat avec les “Concerts de poche” permet par ailleurs aux personnes accueillies de rencontrer des musiciens professionnels, voire d’apprendre le chant avec eux. Et une autre association, “Cultures du cœur”, distribue des tickets de spectacle gratuits au Secours Catholique.

« Aller écouter du gospel, de l’opéra, visiter des musées… : tout ça, c’était nouveau pour moi, car trop cher ! » témoigne Béatrice, qui perçoit une retraite de 672 euros par mois. Quand le local est fermé pendant les vacances, les personnes se voient quand même, les unes chez les autres. « C’est simple : ça a changé ma vie, ici ! » conclut Béatrice.

 

« Offrir la possibilité de s’épanouir »

L'éclairage de Claude Richomme, responsable bénévole de l'équipe de Châtillons

 

Ce lieu d’accueil ouvert à tous permet de créer du lien entre des personnes isolées. Certains ont ainsi découvert qu’ils habitaient le même immeuble ! L’ambiance est conviviale et les personnes ont envie de partager avec les autres ; elles s’apportent parfois des gâteaux. La plupart ont un reste à vivre de moins de 150 euros par mois.

On ne peut pas faire grand-chose avec peu d’argent et on a encore plus tendance à se replier sur soi-même. Le lieu vise à permettre à chacun de trouver sa place, malgré tout, car chaque personne est unique ! On permet aux gens d’être à la fois spectateurs (en allant au théâtre ou à l’opéra, des lieux où ils n’étaient jamais allés) et acteurs, avec les ateliers créatifs.

 

Les personnes sont fières de ce qu’elles font ici !

 

Même s’ils n’ont pas accès à  la culture pour des raisons financières et d’éducation, on leur montre qu’ils sont capables d’écrire un conte ou encore de faire de la sculpture. On leur donne la possibilité de s’exprimer et de s’épanouir.

J’ai trouvé extraordinaire par exemple de voir Denis, qui ne sait ni lire ni écrire, chanter Carmen sur la scène de l’opéra de Reims en avant-première d’un spectacle ! Les personnes sont fières de ce qu’elles font ici.

Elles se rendent compte qu’elles peuvent dire et vivre des choses comme tout le monde. Et elles obtiennent une reconnaissance. Quelqu’un m’a confié un jour que cela faisait des années qu’on ne l’avait pas appelé par son prénom !

Cécile Leclerc-Laurent
Crédit Photos : © Steven Wassenaar/Secours Catholique
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