08/11/2011

« Croire en les jeunes, leur faire confiance »

Économiste à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), Anne Sonnet montre pourquoi les jeunes du Nord de l’Europe s’en sortent mieux que ceux du Sud.

Anne Sonnet

Pourquoi le taux d’emploi des 15-24 ans est-il bien meilleur aux Pays-Bas (63 %) qu’en France (30,8 %) ?

Cela tient au fonctionnement de la société néerlandaise où jusqu’à 65 % des 15-24 ans travaillent à temps partiel, afin d’acquérir des compétences professionnelles de base, contre seulement 18 % en France. Cela enrichit leur CV. En outre, dès 18 ans, ceux qui en ont besoin peuvent recevoir une aide sociale, en échange d’un travail rémunéré.

En quoi le système allemand de formation en alternance se distingue-t-il de l’apprentissage en France ?

Les apprentis allemands trouvent plus facilement un maître d’apprentissage que les jeunes Français, du fait des accords passés entre le patronat, les syndicats et l’État fédéral et les Länder (ndlr : États régionaux). Il y a plusieurs millions de places d’apprentissage en Allemagne, alors qu’en France le million reste l’objectif à atteindre.

Pourquoi le taux de chômage des jeunes Allemands a-t-il baissé entre 2008 et 2010, en pleine crise ?

Les jeunes ne sont pas la variable d’ajustement conjoncturelle des entreprises dans ce pays. Leur taux de chômage est à peine plus élevé que celui des adultes. La reprise économique a profité à toutes les classes d’âge. Par ailleurs, l’Allemagne anticipe la pénurie de travailleurs en embauchant des jeunes.

On reproche aux Français des “trous” dans leur CV…

Il faut faire en sorte que ces “trous” puissent être acceptables. Quand, par exemple, un jeune a fait le tour du monde, c’est un réel enrichissement, mais en France ce n’est pas une expérience appréciée.

La défiance du monde du travail vis-à-vis des jeunes existe-t-elle ailleurs en Europe ?

Globalement, dans les pays du Sud de l’Europe, les jeunes sont mal préparés à entrer sur le marché du travail. En France, les grandes écoles sont les seules à offrir des débouchés professionnels, favorisant l’élitisme. Il faudrait rendre obligatoire la pratique des stages en entreprise dès l’entrée à l’université.

Quels sont les pays d’Europe qui savent intégrer leurs jeunes ?

Le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande, où il existe des allocations d’études – de 340 à 690 euros au Danemark – permettant aux jeunes d’être autonomes financièrement, de louer un studio avec le complément financier provenant de leur travail à temps partiel. Dans ces pays, les études s’achèvent vers 28-30 ans après des changements d’orientation, des séjours à l’étranger... Les pays du Nord ne demandent pas de résultats rapides à leurs jeunes. La contrepartie, ce sont des impôts très élevés mais justifiés par un véritable investissement dans la jeunesse.

Qu’entendez-vous par investissement ? D’abord croire en eux, leur faire confiance. Sans oublier que le poids financier des laissés-pour-compte, sans qualification, est très lourd pour la société, surtout s’il dure longtemps.

Propos recueillis par François Tcherkessoff

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